Nostradamus et la fin des temps.

Sortie en librairie, le 12 janvier 2016, c’est le premier livre de Chaulveron.

 

 

Publié  à compte d’auteur chez BoD (Book on Demand).

Il est vendu à la FNAC et sur Amazon au prix de 21, 99 euros (version papier) et de 11, 99 euros (version électronique).

 

Je vous présente trois extraits du livre pour vous mettre l’eau à la bouche.

 

Extrait 1.

 

Introduction.

 

Nostradamus est le Français le plus connu dans le monde. Souvent admiré, parfois déconsidéré par ses détracteurs, cette œuvre déchaîne les passions depuis des siècles.

Pourquoi tant d’attention autour d’un auteur, mort il y a quatre cent cinquante ans ? Pour quelle raison fascine-t-il autant les hommes du XXIe siècle ?

Il annonce la mort d’Henri II (1559) avec une telle précision, qu’elles lui ont valu une gloire immédiate auprès de ses contemporains. Il prédit avec moult détails la fuite de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Varennes (1791), les troubles révolutionnaires en France où le destin hors du commun de Napoléon. Deux cent trente-six ans avant leur réalisation.

Pour notre avenir, il n’est pas avare d’indication circonstanciée. Il semblerait prévoir un conflit apocalyptique entre l’Occident chrétien et le monde musulman. Des forces islamistes intégristes occuperont la majeure partie du Moyen-Orient, de l’Afrique, et même d’une Europe affaibli par des troubles révolutionnaire et la guerre civile. Une alliance franco-russe libérera le vieux continent, restaurera la monarchie en France et détruira l’Islam. L’Église catholique et la papauté subiront de graves troubles jusqu’à l’avènement du dernier pape, le légendaire Pierre le Romain.

Avant d’expliquer plus en détails l’objet de mon livre et de ma méthode de travail, nous devons nous interroger sur le sens du mot prophétie.

Une prophétie est selon moi un signe que Dieu octroie à l’intelligence humaine afin que les hommes puissent discerner les desseins de la providence durant les époques de confusion et de troubles. Les avertissements divins ne sont jamais donnés trop clairement, pour ne point aller à l’encontre de la loi fondamentale du libre-arbitre, mais avec assez de transparence pour que les gens attentifs ne s’égarent point à suivre les mauvais bergers en ces temps de troubles[1].

Les prophéties de Nostradamus sont nées durant les guerres de religion du XVIe siècle. A une époque où la France connaissait des affrontements religieux meurtriers. Les haines étaient tenaces entre catholiques et protestants. C’est, dans ces moments de fractures sociales que des esprits éclairés, ouverts aux forces spirituelles, se trouvent aptes à recevoir les signes du ciel. Leurs visions servent de phares dans les ténèbres afin de guider le peuple vers la lumière.

En quelques décennies, émergent deux prophéties essentielles pour la compréhension de notre avenir. Le Moyen Âge laisse sa place à la Renaissance, l’Amérique est découverte et la chute de Constantinople marque un tournant intellectuel et artistique majeur. C’est à ce moment-là que le ciel décide de donner aux hommes deux chefs œuvres absolus. Clairvoyance essentielle pour le destin de l’Occident. Les centuries de Nostradamus et la prophétie des papes de Saint-Malachie.

Les prophéties de Nostradamus se composent, pour l’essentiel, de dix centuries et de deux lettres introductives.

Elles contiennent chacune cent quatrains[2]. La septième en comptant quarante-deux. Il y a donc un total de neuf cent quarante-deux textes. Ces poésies ont pour objectif d’annoncer un certain nombre d’événements avant leur réalisation sur une période allant de 1555 à 2242. Leur caractère désordonné a dérouté les lecteurs. Personne à ce jour n’a trouvé la clef de classement chronologique.

Pourtant, Nostradamus nous a laissé des indices de datation : la lettre à son fils César et l’épître à Henri Second roi de France. Elles doivent nous permettre de comprendre ses quatrains.

La lettre à son fils César fut éditée pour la première fois en 1555 chez l’éditeur Macé-Bonhomme à Lyon[3]. Il s’agit d’un texte en prose de quatorze pages. Elle fut divisée en cinquante-neuf passages par Anatole Le Pelletier au XIXe siècle. Elle est datée par Nostradamus du 1er mars 1555.

L’épître à Henri, Roi de France Second, est une deuxième préface aux centuries. Elle fut éditée pour la première fois, en 1568 par l’éditeur Benoist Rigaud[4] (soit deux ans après la mort de Michel de Nostradamus). Il s’agit également d’un texte en prose de vingt et unes pages et divisé par Anatole Le Pelletier en cent seize passages.

Pour ma part dans cette étude, je m’en suis tenu aux deux épîtres à César et à Henri Second, ainsi qu’aux neuf cent quarante-deux quatrains des centuries[5]. Pour faciliter l’analyse et rendre un hommage, bien mérité, au plus grand spécialiste de Nostradamus de tous les temps, je conserverais le découpage adopté par Le Pelletier. Je reproduirai le fac-similé de l’édition originale d’Anatole Le Pelletier avant chaque passage étudié, accompagné de ma traduction en français moderne.

Vous devez, dès à présent savoir que l’épître à Henri est l’œuvre clef pour éclairer les prophéties du sage salonnais. Dans sa lettre à César, il nous dit avoir rédigé une œuvre en prose décrivant l’ensemble des événements devant survenir en Occident.

« Je l’ai rédigé par écrit en toute honnêteté, dans mes autres prophéties qui sont composées tout au long en prose, limitant les lieux, les temps et le terme fixé d’avance, que les humains venus après connaîtront en vérifiant les aventures déjà advenues infailliblement. » (lettre à César, passage 56).

Or, ce texte en prose, c’est précisément l’épître à Henri.

Elle permet de connaître chronologiquement l’histoire du futur depuis la Révolution française jusqu’à la fin de temps. Elle dépeint de manière sanglante l’épopée de l’Europe. « C’est sur ces événements que sa verve se montre intarissable. C’est le point auquel il revient sans cesse, dont il cisèle minutieusement les détails, où convergent toutes les forces vives de sa pensée, tout le rayonnement de son intelligence, toute la lucidité du génie mystérieux qui l’inspirait », nous dit Anatole Le Pelletier.

Certes, il s’est intéressé indéniablement au destin antérieur à la Révolution dans ces quatrains. Quelques textes sont consacrés au Roi Henri II, au règne d’Henri III puis à la vie trépidante d’Henri IV. Il évoque succinctement le grand Louis XIV, le moins grand Louis XV. Quelques prédictions ont fortement attiré l’attention sous l’Ancien Régime, sans pour autant subir l’impact et la puissance de celles postérieures à 1792.

Tous se passent comme si Michel Nostradamus ne voulait pas disparaître dans l’anonymat avant l’avènement du peuple sur la scène politique française en 1789. Distillant de ci, de là quelques dates, quelques prédictions stupéfiantes pour maintenir un intérêt suffisant et survivre jusqu’à nos jours.

L’épître à Henri ne parle presque pas des évènements antérieurs à 1792, à une seule exception (mais quelle exception) : Henri IV et les guerres de religion. Le destin exceptionnel du grand roi l’intéresse au plus haut point. Il pense y voir un parallèle avec notre époque marquée par l’émergence d’un conflit religieux fratricide entre chrétien et musulman.

De nombreuses exégèses ont tenté d’étudier le texte à Henri, sans toutefois comprendre son caractère profondément chronologique. Estimant à tort, que la description était désordonnée, à l’image des centuries. Attribuant, pêle-mêle un passage à chaque période de l’histoire, au grès de leur inspiration.

Dans la lettre à César, cité précédemment, le prophète nous dit que l’épître constitue la clef chronologique pour comprendre et analyser ces quatrains. En « limitant les lieux, les temps et le terme fixé d’avance, que les humains venus après connaîtront en vérifiant les aventures déjà advenues infailliblement ».

La lettre à Henri doit servir de canevas aux quatrains. Elle permettra de limiter, les lieux, le temps et le terme de sa prophétie. Tout se passe comme si, chaque quatrain devrait être raccordé à un passage de l’épître afin d’en éclairer le sens. Adoptons une image facile à comprendre. Les centuries sont comme les pièces d’un puzzle de neuf cent quarante-deux fragments. L’unique moyen de reconstituer l’image est de se référer aux indications chronologiques du texte dédié à Henri.

A mesure que les évènements se dérouleront, nous éliminerons les quatrains déjà réalisés en fonction de l’épître. Nous pouvons ainsi vérifier « les aventures déjà advenues infailliblement ». Plus nous nous rapprocherons du terme de la prophétie et moins il restera de poésie à appliquer. La compréhension de son œuvre en deviendra grandement facilitée.

En 2013, au moment où je rédige cette introduction, nous devrions être en mesure de reconstituer les deux tiers du puzzle. En effet, sur les cent seize passages de l’épître, il en resterait trente-quatre applicable à des événements futurs[6]. Cinq sont en cours de réalisation.

L’immense génie prophétique de Nostradamus a laissé à la perspicacité de ses lecteurs des indices temporels, pour dater ces prédictions. L’épître en elle-même ne compte que trois dates : 1585, 1606 et surtout 1792. Elle nous donne également des précisions temporelles indirectes sur les faits historiques, telle que sa durée, son mois de réalisation, le siècle où il se déroulera.

L’élément essentiel de datation de l’œuvre nostradamienne, ce sont les « quatrains de datation ». Ils indiquent une configuration astrologique ou une date plus ou moins claire. Ces « quatrains de datation » sont là pour servir de marqueur temporel dans l’épître. C’est selon moi leur seule fonction, en « limitant les lieux, les temps et le terme fixé d’avance ».

Il suffit donc de les rattacher à chaque passage de la lettre à Henri lui correspondant, pour connaître le déroulement du futur.

Pour continuer dans l’image du puzzle, les « quatrains de datation », sont les coins et les bords d’un puzzle. Leurs identifications permettent de reconstituer les contours de l’image pour faciliter la restitution progressive de l’intérieur.

Ainsi, le puzzle prophétique peut être analysé en deux étapes :

Une première consistant à rechercher les « quatrains temporels » se rattachant à chaque passage de l’épître.

Une deuxième à regrouper les « quatrains ordinaires » autour du « quatrain temporel » et du passage de l’épître concernés.

En apparence, la tâche semble simple. En réalité, il s’agit d’un travail très complexe. Son auteur s’était amusé à tendre des pièges, afin de brouiller les pistes et d’éviter qu’un étudiant mal intentionné ne découvre la vérité trop facilement. La compréhension de son œuvre pourrait être une arme dangereuse entre de mauvaises mains.

La lettre à Henri se compose de trois chronologies distinctes. Chaque partie commence par un texte introductif. Elle décrit les événements devant survenir dans leur ordre d’apparition. Elles sont indépendantes l’une de l’autre. Un même fait historique pouvant être cité dans chacune des parties. La tâche est donc ardue pour dévider le fil de l’histoire selon Nostradamus.

La première partie concerne les années 1770 à 2027. Elle met en exergue les évènements les plus importants.

La deuxième partie, reprend les éléments historiques de la première, pour mettre en évidence des faits ayant eu une grande influence sur l’histoire du continent européen. Elle concerne des dates allant de 1789 à 2020.

La troisième Partie se situe dans la continuité de la seconde. Elle se concentre sur les dernières tribulations de l’Occident durant la fin des temps, de 2013 à 2242.

Muni de cette trame, nous pouvons nous lancer dans l’étude du contenu des textes nostradamiens.

Selon le sage salonnais pour comprendre son texte, nous devrons utiliser trois sources : les sacrées écritures, l’astrologie et les évènements du passé.

Reprenons chacune de ces sources.

Les « Sacrées Ecritures » ou plutôt les écritures sacrées, ce sont les textes bibliques et selon moi le Coran. Je me référerai donc abondamment à ces Saintes Ecritures pour éclairer de manière particulière mon analyse.

Il semble s’inspirer des annonciations d’Ezéchiel[7], de Zacharie[8] et de Daniel[9]. Il utilise subtilement l’Evangile de Saint-Mathieu[10] et l’Apocalypse de Saint-Jean[11].

En revanche, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir l’influence de l’islam sur ces prophéties, alors qu’il dit de cette religion qu’elle est « une séduction détestable » (passage 26 de l’épître à Henri).

L’astrologie est une source d’inspiration importante. Nostradamus dit que « la plupart ont été composées et accordées aux calculs Astronomiques, correspondant aux ans, mois et semaines ». Il nous donne un certain nombre de configurations astrologique devant servir de guide à travers les limbes du futur pour dater ses prédictions. J’utiliserai donc de manière abondante mes connaissances en astrologie. Cependant, j’aimerais apporter une précision élémentaire. Il s’agit d’une forme d’astrologie particulière en usage au XVIe siècle. Elle utilise des cycles planétaires aujourd’hui oubliés. Elle analyse les éclipses, les conjonctions[12] formées par Jupiter, Saturne et Mars ou les amas planétaires en Cancer ou en Verseau.

Enfin, l’auteur nous indique avoir lié les « aventures du temps à venir » par rapport aux « âges passés, y compris le temps présent ». Nous trouvons une profusion de référence à l’histoire de l’Antiquité gréco-romaine. Hitler est comparé à l’Empereur Hadrien, les leaders de la révolution française à Néron, les deux papes Benoît XVI et François à Castor et Pollux. Pour comprendre le sens de sa prophétie, nous devons faire un parallèle entre ces différents personnages historiques et leurs illustres prédécesseurs.

Tous ces outils en main nous poussent à commencer l’analyse méthodique de l’épître pour décoder le destin du monde. L’étude des événements déjà réalisés est la plus simple. Il s’agit de faire coller les éléments historiques tels qu’ils se sont déroulés, avec la description du prophète.

En revanche, la tache se complexifie singulièrement pour les faits non encore réalisés. L’exégèse devient périlleuse pour comprendre le sens des mots. C’est pour ce motif que je vous invite à la plus grande indulgence concernant mon travail. Il ne s’agira que de simple hypothèse de plus en plus prudente à mesure que nous nous éloignerons dans le temps.

Désormais, je vous présente le résultat de mon travail. Le fruit d’une vingtaine d’années de labeur et d’analyse.

Bonne lecture.

Nord de la France, an de grâce 2013.

 

Chaulveron

 

[1] Raoul Auclair, La prophétie des papes, Nouvelles éditions latines, 1969, p.91-92.

[2] Un quatrain est une poésie en vers de douze pieds et de quatre vers avec rime alternée.

[3] Elle introduit les centuries I, II, III de chacune cent quatrains, alors que la IV en incluant cinquante-trois. Le site Internet Nostradamica de Patrice Guinard indique l’existence de trois exemplaires de cette édition. Je suis moi-même en possession d’une version électrique scanné de la bibliothèque d’Albi.

[4] L’édition 1568 comprend neuf centuries de cent quatrains, seul la septième en incluant quarante-deux. Vous pourrez consulter un fac-similé de cette édition sur le site internet Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

[5] J’ai décidé de ne pas m’intéresser, pour l’instant, aux nombreux autres textes de Nostradamus, Sixains, présages et divers quatrains hors centuries. Leur publication posthume donne une origine incertaine aux documents.

[6] Il reste 29 % de l’épître à appliquer à des événements futurs.

[7] Rédigé entre 593 et 571 avant Jésus-Christ. Présent dans l’ancien testament, il contient un certain nombre de prévisions pour la fin des temps concernant la création de l’Etat d’Israël, l’invasion de Jérusalem par Gog et Magog et la résurrection des morts lors du jugement dernier

[8] Rédigé au VIe siècle avant J.C. Il est attribué à Zacharie qui vécut durant le règne de Darius Ier. Son texte concerne surtout l’arrivée d’un messie lors de la fin des temps.

[9] Ecrit probablement entre 175 et 163 avant Jésus-Christ. Il constitue une sorte d’autobiographie de son auteur durant le règne de Nabuchodonosor II, roi de Babylone. Nous prenons connaissance de plusieurs songes prophétiques sur l’avenir du monde. Ce sont surtout des visions allégoriques assez proches des images contenues dans l’apocalypse de Saint-Jean.

[10] Rédigé par l’apôtre Mathieu, ancien collecteur d’impôts à Capharnaüm. C’est le premier des quatre évangiles du Nouveau Testament, datant de 70 après Jésus-Christ. Les deux derniers chapitres (le XXIV et XXV) relatent un discours prophétique de Jésus expliquant le retour du christ sur la terre au moment de la fin des temps.

[11] Le dernier livre du Nouveau Testament. Elle a été composée au Ier siècle de l’ère chrétienne par un certain Jean de Patmos qui n’est pas l’apôtre Jean (le lien entre l’apôtre Jean et l’apocalypse a été contesté dès le IIe siècle). C’est la prophétie, la plus connue de la bible. Elle est rédigée sous forme allégorique et relate le destin du monde depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu’à l’avènement du millénium à la fin des temps.

[12] Une conjonction concerne deux ou plusieurs planètes occupantes des degrés voisins dans un même signe astrologique.

 

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Extrait 2.

 

Chapitre 1 : la Révolution française (1770-1800).

 

L’épître à Henri commence sa description par la Révolution française. Elle est qualifiée d’« advenement du commun » dans la lettre à César. C’est « l’avènement au règne des gens commun », comme l’interprète Anatole Le Pelletier[1], l’émergence des « gens populaires », pour chasser du pouvoir les « gens de qualité », c’est-à-dire la noblesse et le clergé.

Cette simple expression, anodine en apparence, annonce la chute de la monarchie et la prise de contrôle par le tiers Etat. C’est, pour lui, l’émergence du peuple sur la scène politique. Domination populaire qui perdurera jusqu’à la fin des temps.

Un quatrain résume sa manière de percevoir notre époque. Un texte fulgurant de vérité.

 

I-14

De gent esclave chansons, chants & requestes,

Captifs par princes & seigneur aux prisons :

A l’avenir par idiots sans teste

Seront receus par divins oraisons.

 

Dès le premier vers nous comprenons que l’objet de la poésie concerne l’émergence de la « gente esclave »[2]. Il brosse à grands traits toute la Révolution française dans son ampleur. Il parle des cahiers de doléances (« requestes ») et des chants révolutionnaires (« chansons et chants »). Sans doute, a-t-il entendu à travers les siècles retentir les bruits des foules de sans-culotte entonnant « la Carmagnole » ou « la Marseillaise ».

Il évoque ensuite l’emprisonnement des nobles par le peuple dans les anciennes prisons royales (« captifs par princes et seigneurs en prisons »).

Enfin, il compare, les leaders de la Révolution française à des « idiots sans teste » dont les paroles seront reçues comme des oraisons divines par les foules révolutionnaires (Robespierre, Danton ou Marat).

On pourrait également l’appliquer au régime communiste de 1917, aux dictatures fascistes italienne ou allemande.

Reprenons notre lecture minutieuse de la préface à Henri.

« La Grande Dame qu’on croira longtemps stérile, qui après concevra deux principaux enfants : mais elle périclitera et celle qui la remplacera sera un âge de la mort. Elle périclitera dedans le 18e et ne pourra passer le 36e qu’en laissant trois hommes et une femme. »

 

« La Grande Dame » est Marie-Antoinette. Il  explique qu’on la croira stérile pendant une longue période, laissant planer une incertitude sur sa capacité à assurer la continuité de l’Etat et à diriger le pays (« qu’on croira longtemps stérile »). Mais, nous dit-il, elle mettra au monde deux enfants qui resteront en vie : Louis XVII et madame Royale (« qui après concevra deux principaux enfants »).

La description des événements est en tout point semblable à la réalité historique. Les contemporains de la reine ont longtemps cru qu’elle était stérile. Marié très jeune avec Louis, le 16 mai 1770 (elle avait quatorze ans). Il faudra attendre huit longues années d’inquiétude et d’angoisse, avant qu’elle ne donne naissance à une fille (madame Royale), puis à un héritier mâle pour le trône (Louis XVII).

La Reine sera remplacée par un autre régime, la République, à partir de 1792. Régime qu’il surnomme « l’âge de mort » en raison des très nombreuses victimes de la terreur ou des guerres révolutionnaires.

Cet extrait est admirable. Il indique le siècle durant lequel cet événement considérable se déroulera : le XVIIIe (« elle périclitera dedans le 18e »). Il va même jusqu’à préciser que la Monarchie française ne dépassera pas le trente-sixième Roi de France (Louis-Philippe a été le trente-sixième et dernier roi de France à partir de Hugues Capet). Le chiffre trente-six est également l’âge de Marie-Antoinette lors de son exécution.

Enfin, il nous dit que Marie-Antoinette laissera après sa mort, trois hommes (Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe) et une femme (madame Royal, la duchesse d’Angoulême).

Nostradamus attribue un grand rôle à la reine dans le déroulement des troubles de 1789, en raison du nombre important de quatrains qu’il lui consacre. Elle est surnommée la « Grande dame » ou « la Grande Reyne », pour lui montrer son estime. Il fut très touché par les accusations injustes dont elle a fait l’objet. Tout se passe comme si Louis XVI s’effaçait derrière Marie-Antoinette.

 

1. Louis XIV (« l’aemathien ») et Louis XV (« l’enfant »).

Avant même de considérer la vie et le destin hors du commun du couple royal, je me permets une petite digression aux origines lointaines de la Révolution. Le mage provençal porte un regard très particulier sur le règne de Louis XIV et de Louis XV, auquel chacun pourra adhérer tellement les vers son limpides et criant de vérité.

Il tord le cou à une contre-vérité historique encore répandue de nos jours, selon laquelle Louis XIV serait à l’origine de la chute de son arrière-arrière-petit-fils. Louis XVI ayant payé les errements de son illustre prédécesseur.

 

III-15

Cœur, vigueur, gloire le règne changera

De tous points contre ayant son adversaire.

Lors France enfance par mort subjuguera.

Le grand régent sera lors plus contraire.

 

Dès la première ligne, il nous rappel le règne exceptionnel de Louis XIV (« cœur, vigueur, gloire »), lui donnant le surnom « l’aemathien[3] ». Ces qualités seront perdues à la mort du plus grand roi que la France a eu (« le règne changera »).

Son successeur Louis XV sera en tout point son contraire, n’ayant aucune des qualités de son arrière-grand-père (« de tous points, contre ayant son adversaire »).

A la mort du Roi-Soleil, la France sera gouvernée par un enfant-roi (« Lors la France enfance par mort subjuguera »). Louis XV n’était âgé que de cinq ans lors de son accession au trône. Le pays sera dirigé par la régence du duc d’Orléans qu’il qualifie de « grand régent ». Doté de qualités indéniables, le Régent prendra cependant des décisions contraires aux intérêts de la France en raison de sa frivolité et de sa licence (« le grand régent sera lors plus contraire »).

Dans un autre quatrain très célèbre, il porte un jugement encore plus impitoyable à l’encontre de Louis XV l’accusant d’être le responsable de la disparition de la monarchie en France.

 

V-38

Ce grand monarque qu’au mort succedera,

Donnera vie illicite & lubrique,

Par nonchalance à tous concedera,

Qu’à la parfin faudra la loy Salique.

 

Dès le début, il rappelle le grand règne de Louis XIV (« ce grand monarque »). Alors que son successeur, Louis XV, aura une vie illicite et dissolue (« au mort succèdera, donnera vie illicite et lubrique »). Il collectionnera les favorites à qui il cédera beaucoup de ses prérogatives royales (« par sa nonchalance à tous concédera »). Madame de Pompadour, la plus célèbre d’entre elles sera accusée de diriger le Royaume de France à la place du Roi et de ses ministres.

Il serait le responsable du déclenchement de la Révolution qui emportera dans les tourments de l’histoire son fils Louis XVI (« qu’à la parfin faudra la loy salique[4] »).

 

2. Louis XVI ou « capet esleu ».

 

Nostradamus souligne en quelques lignes lumineuses, les points essentiels des dix-huit années de règne de l’héritier d’Hugues Capet.

 

X-43

Le trop bon temps[5] trop de bonté royale,

Fais & deffaits, prompt, subit, negligence.

Legier croira faux d’espouse loyalle,

Luy mis à mort par sa benevolence.

 

Il nous parle du caractère bon et gentil du Roi. Sans doute, était-il trop bon et trop gentil (« le trop bon temps trop de bonté royale »), mais également trop indolent dans l’exercice du pouvoir (« trop de bon temps »).

Louis XVI changeait souvent d’avis. Hésitant et revenant sur ses décisions (« Fais et déffaits, prompt, subit négligence »). Ce trait de caractère a constitué sa plus grave erreur (« négligence ») qui a entraîné sa perte (« luy mis à mort par sa bénévolence »).

Le souverain avait des doutes sur la moralité de Marie-Antoinette (« Légier croira faux d’espouse loyale »). Doute portant sur ses relations avec de jeunes favoris comme le Suédois Axel Fersen. Doute également sur sa « frivolité » et son caractère dépensier, comme le démontre l’affaire du collier (« légier »).

Il conclut sur sa fin tragique et son exécution en 1793 (« luy mis à mort par sa bénévolence ») en raison de son côté débonnaire (« par sa bénévolence »). Il semble sous-entendre que si Louis XVI avait eu une personnalité plus forte, il n’aurait jamais été condamné à mort.

Le prophète Salonnais a glissé subtilement le prénom du roi dans le premier mot de la quatrième ligne : « luy » qui se prononce comme le prénom Louis. Ce point avait été découvert par Vlaicu Ionescu.

 

A. La fuite de Varennes (1791).

 

Le cataclysme politique qui bouleversa le continent européen prend sa source dans l’affaire de l’armoire de fer puis dans la fuite de Varennes.

 

VIII-23

Lettres trouvées de la Royne les coffres,

Point de subscrit sans aucun nom d’hauteur :

Par la police seront cachez les offre,

Qu’on ne sçaura qui sera l’amateur.

 

L’armoire de fer était une pièce où était stockée la correspondance du Roi et de la Reine (« lettres trouvées de la Royne les coffres »). Elle se trouvait au palais des Tuilerie.

Nostradamus affirme que les lettres seront rédigées de telles manières que l’on ne trouvera pas le nom de son auteur (« point de subscrit sans aucun nom d’auteur »). En effet, les titres des destinataires étaient indiqués, mais pas celle du rédacteur.

Il nous dit que les lettres ont été modifiées ou détruites par la police (« par la police seront cachés les offre ») afin de ne pas mettre en cause la personne de la reine (« qu’on ne saura qui sera l’amateur »). Nous savons qu’une partie des documents ont été détruits, le 10 août 1792 avant que les sans-culottes ne pénètrent au palais des Tuileries.

L’affaire fut exploitée par les adversaires de la monarchie afin de provoquer la chute du souverain.

 

IX-20.

De nuict viendra par la forest de Reines,

Deux pars[6] vaultorte[7] Herne[8] la pierre blanche.

Le moyne[9] noir[10] en gris dedans Varennes,

Esleu cap. cause tempeste, feu, sang, tranche.

 

Il s’agit de l’un des quatrains les plus incroyables de l’histoire des prophéties. L’indication de la ville de Varennes suffit à associer ce quatrain à l’année 1791. Elle ne fut connue dans l’histoire, uniquement pour avoir accueilli le Roi et la Reine lors de leur fuite.

Il contient une multitude de petits détails.

La fuite se passa de nuit (« de nuict »). Les fuyards passèrent par la forêt de Reims (« viendra par la forest de Reines »).

Le voyage a été réalisé par deux époux (« deux pars ») délaissés (« moyne ») composé d’un roi (« noir ») vêtu comme un moine en gris (« le moyne noir en gris ») et d’une reine (« herne ») parée de blanc, les cheveux blanchis par les difficultés[11] (« blanche »), dont la réputation aura été salie par l’affaire du collier (« pierre »). Nous savons aujourd’hui que Louis XVI était habillé en gris alors que la reine était en blanc lors de la fuite.

Pour leur expédition, ils prendront des chemins détournés (« vaultorte ») avant d’entrer dans Varennes (« dedans varennes »).

L’arrestation du roi qui aura instauré un système politique représentatif fondé sur l’élection (« esleu cap ») provoquera une tempête politique en France (« tempeste »), avec des luttes fratricides (« feu, sang ») et entraînera sa mort par décapitation (« tranche »).

 

IX-34.

Le part soluz[12] mary[13] sera mitré,

Retour conflict passera sur le thuille[14] :

Par cinq cens un trahyr sera tiltré

Narbon & Saulce par coutaux[15] avus[16] d’huille.

 

L’époux seul (« le part soluz »), c’est-à-dire le roi, sera très triste et affligé (« mary »). On l’obligera à porter le bonnet phrygien (« mitré »). En effet, après la fuite de Varennes (« retour »), la foule envahira le palais des Tuileries (« sur le thuille ») et obligea le Roi à porter le bonnet rouge symbole de la Révolution française. L’utilisation du terme « soluz » (seul) est une information très importante, car elle indique que seul Louis XVI fut contraint de porter le bonnet phrygien, le 20 juin 1792. Ni Marie-Antoinette, ni ces enfants ne l’ont porté.

Ensuite, le palais des Tuileries sera attaqué (« conflict passera sur la thuile ») par cinq cent hommes (« par cinq cent »), ce qui provoquera la chute du roi Louis XVI.

Cela aura commencé par son arrestation (« un trahyr sera ») lors de sa fuite à Varennes. Il sera arrêté par un dénommé Sauce (« Saulce »), un fils et petit-fils de chandeliers, marchand d’huile (« avus d’huile »). Il le fera mettre sous bonne garde (« coutaux ») avant de le faire reconduire à Paris.

Il sera trahi également par un noble, Louis-Marie de Narbonne (« tiltré Narbon ») qui choisira le camp des ennemis de la monarchie.

 

B. L’exécution de Louis XVI et Marie-Antoinette (1793).

 

Après Varennes et la prise des Tuileries, le Roi Louis XVI et la Reine seront condamnés à mort puis exécutés sur la place de la Concorde.

 

I-57.

Par grand discord la trombe[17] tremblera.

Accord rompu dressant la teste au ciel :

Bouche sanglante dans le sang nagera :

Au sol sa face ointe de laict & miel.

 

En raison des événements de la Révolution française qu’il appelle « grand discord » (« par grand discord »), l’Europe entière sera bouleversée et le principe monarchique tremblera sur ses fondements (« la trombe tremblera »).

Le contrat social établis entre le Roi et son peuple sera rompu (« accord rompu ») par la mort de Louis XVI qui sera guillotiné, puis sa tête brandis devant la foule amassée sur la place de la Concorde (« dressant la teste au ciel »).

Le bourreau jettera sa tête au sol. Elle baignera dans le sang (« bouche sanglante dans le sang nagera »), alors qu’il s’agit d’un souverain de droit divin (« au sol sa face ointe de laict et miel »).

Le quatrain X-17, nous relate la réaction bouleversante de Marie-Antoinette.

 

X-17.

La Royne Ergaste[18] voyant sa fille blesme,

Par un regret dans l’estomach enclos :

Cris lamentables seront lors d’Angolesme,

Et au germain mariage forclos.

 

Marie-Antoinette (« la Royne ») lors de son incarcération (« ergaste ») verra (« voyant ») sa fille, Madame Royal (« sa fille ») le visage blême (« blesme »). Elle aura l’estomac noué par l’angoisse et la peur (« par un regret dans l’estomach enclos ») lorsqu’elle apprendra la mort de son père. On entendra (« seront lors ») des cris et des lamentations (« cris lamentables ») de la jeune princesse d’Angoulême (« d’Angolesme »).

Madame royale était mariée avec le duc d’Angoulême depuis 1787, alors qu’elle était âgée de seulement neuf ans, ce qui explique l’utilisation du terme Angoulême par Nostradamus. Le duc était son cousin germain (« et au germain ») et le mariage ne fut jamais consommé (« mariage forclos »).

Puis ce fut le tour de Marie-Antoinette de subir l’outrage de la guillotine.

 

IX-77.

Le regne prins[19] le Roy conjurera

La dame prinse à mort jurez à sort[20],

La vie à Royne fils on desniera,

Et la pellix[21] au fort de la consort.

 

La monarchie ayant été abolie en France (« le regne prins ») par la mort de son Roi (« roi »), il sera usurpé par des révolutionnaires (« conjurera »). La Reine Marie-Antoinette, prisonnière (« la dame prinse ») au Temple (« au fort ») sera également condamnée à mort par des jurés tirés au sort (« à mort jurez à sort »). En effet, si Louis XVI fut jugé par les députés de la Convention nationale, Marie-Antoinette comparu devant un tribunal ordinaire.

On refusera de la laisser revoir son fils (« la vie à Royne fils on desniera »). On le poussera à accuser sa mère d’attouchement sexuel (« et la pellix »). Cette mise en cause faillie entraîner son acquittement, mais elle subira le même sort que son conjoint (« de la consort »).

Le quatrain I-58 complète et précise le passage de l’épître sur la succession de Louis XVI (« en laissant trois hommes et une femme »).

 

I-58

Trenché le ventre, naistra avec deux testes,

Et quatre bras : quelques ans entier vivra :

Jour qui Alquilloye[22] celebrera ses festes

Foussan[23], Turin, chief Ferrare suivra.

 

La branche aînée des Bourbon sera interrompue par la mort de Marie-Antoinette (« le ventre tranchée »)[24], mais renaîtra durant quelques années, entre 1814 et 1830 (« quelques ans entier vivra »). Cette renaissance se produira par l’intermédiaire de deux rois qu’il appelle « deux têtes », c’est-à-dire Louis XVIII et Charles X.

Ensuite, il y aura quatre princes qui ne régneront jamais (« quatre bras »). Selon Anatole Le Pelletier, il s’agit des quatre Bourbons de la branche aînée non couronnée de 1793 à 1830 : le jeune Louis XVII mort dans la prison du temple en 1795 (un quatrain semble évoquer sa survit), le duc de Berry, assassiné en 1820, le duc d’Angoulême et le duc de Bordeaux exilés en 1830 à la suite de la prise du pouvoir par Louis-Philippe.

Le rétablissement de la monarchie interviendra après l’Empire (« jour qui l’alquiloye célébrera ces festes ») de Napoléon Ier en 1814. Cette restauration sera imminente lorsque le Piémont (« Fossen, Turin ») et les Etats pontificaux (« Ferrare ») seront conquis par l’Empereur. Le Piémont a été rattaché à la France le 11 septembre 1802 alors que les Etats pontificaux l’ont été le 17 mai 1809.

[1] Anatole Le Pelletier, Les oracles de Michel de Nostredame, Tome premier, 1867, p. 3.

[2] Un homme du XVIe siècle aurait put également dire « la populace servile ».

[3] Aemathion était le fils de Céphale et de l’Aurore qui ouvrait au soleil les portes du matin. Allusion a son surnom de « Roi-Soleil ».

[4] Règle de succession à la couronne de France.

[5] « Trop bon temps » est une construction qui signifie « trop de bon temps ».

[6] Pars : vieux mot qui signifie conjoint, époux.

[7] Roman vaultorte, mot composé de « vaulx » : vallée et « torte » : tortueux, courbe ; donc il s’agit d’un chemin détourné.

[8] Anagramme : reine.

[9] Moyne : du grec, qui signifie abandonner, seul.

[10] Anagramme : roi.

[11] Tous les témoins de l’époque racontent que malgré ses 33 ans, lors de la fuite à Varennes, les cheveux de la Reine avaient blanchi en raison des difficultés personnelles qu’elle a traversées depuis 1789.Voir, le Marie Antoinette de Stefan Sweig.

[12] Du latin solus : seul, délaissé.

[13] Vieux mot marri : chagrin, affligé.

[14] Le terme thuille évoque sans aucun doute le palais des tuileries qui fut construit en 1564 sur ordre de Catherine de Médicis, sur l’ancien emplacement d’un ancien four à tuiles, et achevé sous le règne de Louis XVI. Ce palais n’existait donc pas du vivant de Nostradamus et n’est devenu la résidence des rois que sous le règne de Louis XV.

[15] Latin custos-odis : garde, gardien.

[16] Latin avus : aïeul, grand père.

[17] Trombe : la terre.

[18] Ergaster : ouvrier ; ergastulum : prison où l’on enferme les esclaves.

[19] Prins, du roman : pris, prise, captif, captive.

[20] Du latin a sorte : au sort.

[21] Pellix : prostituée.

[22] Alquilloye vient d’aquilae lex : la loi de l’Aigle, l’Empire.

[23] Fossano : ville des Etats Sardes.

[24] Métaphore : « le ventre », c’est-à-dire, la matrice ou la souche dynastique de Louis XVI, tranchée par la mort de la reine, son épouse.

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Extrait 3.

Chapitre 4 : Montée en puissance de l’Islam.

 

Je vais étudier dans cette partie du livre, l’un des moments les plus importants de l’œuvre nostradamienne.

Emergence de plusieurs « potentats » musulmans dirigeants des forces militaires nombreuses. Union de ces puissances pour former le terrible Gog et Magog.

« Et étant proche d’une autre désolation, qui atteindra son apogée lorsque se dresseront des potentats[1] et des puissances militaires, alors que lui seront ôtez les deux glaives, et ne lui demeurera que des enseignes[2],

Desquelles par moyen de la curvature[3] attirera les peuples le faisant aller droit et ne voulant se condescendre à eux par le bout opposite de la main aigue, touchant terre, voudront stimuler jusqu’à ce que naisse d’un rameau de la stérile de long temps, qui délivrera le peuple de l’univers de cette servilité bénignes et volontaires, soit remettant à la protection de Mars spoliant Jupiter de tous ses honneurs et dignités, pour cité libre, constituée et assise dans un autre exiguë Mésopotamie, »

 

1. Les « potentats ».

 

A. Affaiblissements des deux glaives.

Lorsque surviendront le « grand chien » et le « gros mastin », nous serons proche d’une guerre (« Et étant proche d’une autre désolation, qui atteindra son apogée »). Il y aura l’émergence de nouveaux dictateurs et de puissances militaires (« lorsque se dresseront les potentats et puissances militaires »).

Les dictatures militaires pourront s’établir en raison de l’affaiblissement politique et spirituel de l’occident (« lui seront ôtez les deux glaives »). « Les deux glaives » font référence à une théorie politique du Moyen-Age.

A l’époque, il y avait deux glaives ou deux pouvoirs : le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Le pouvoir temporel, c’est le roi ou l’empereur qui dispose de la compétence politique sur la vie quotidienne des gens. Le pouvoir spirituel, c’est le Pape qui détenait le magistère sur la vie intérieure des croyants.

Dans cette théorie, le glaive spirituel est supérieur au glaive temporel. Il y a l’idée que le spirituel délègue son pouvoir au glaive temporel. C’est la prééminence de l’Eglise sur le reste de la société.

Nostradamus nous dit, que les pouvoirs spirituel et temporel seront retiré aux pays occidentaux. C’est bien sûr, l’affaiblissement de la papauté auquel nous assistons depuis le XIXe siècle. C’est également, semble-t-il, le renversement des pouvoirs politiques par des troubles révolutionnaires (nous verrons ce point au chapitre suivant).

Quoi qu’il en soit, il ne nous restera que le souvenir de notre prestige passé, de notre gloire et de nos médailles à opposer à nos adversaires lorsque ceux-ci, nous attaquerons (« et ne lui demeurera que des enseignes »).

 

Dans un autre passage de l’épître :

 

« La Plèbe se soulèvera soutenant, chassera les adhérents des législateurs et semblera que les règnes affaiblis par les Orientaux que Dieu le créateur ait délié Satan des prisons infernales, pour faire naitre le grand Dog et Dogam[4] » (Epître Henri, passage 60).

 

C’est lorsque surviendront des troubles révolutionnaires en Europe (« La Plèbe se soulèvera soutenant, chassera les adhérents des législateurs »), qu’émergera la puissance de Gog et Magog (« et semblera que les règnes affaiblis par les Orientaux que Dieu le créateur ait délié Satan des prisons infernales, pour faire naitre le grand Dog et Dogam »).

Les révolutions seront possibles en raison de l’affaiblissement des pouvoirs politiques par le travail de sape des forces orientales de Gog et Magog (« Les règnes affaiblis par les Orientaux »).

 

B. La cinquième trompette de l’Apocalypse.

Dans l’Apocalypse de Saint-Jean, nous trouvons une description très détaillée des « potentats » et des « puissances militaires ».

 

« Là-dessus, le cinquième ange sonna de la trompette. J’aperçus alors une étoile déchue du ciel vers la terre ; on lui remit la clef du puits de l’abîme, elle l’ouvrit, et il s’éleva du puits une fumée comme celle d’une grande fournaise, au point que le soleil et l’air furent assombris. De cette fumée, des sauterelles s’échappèrent sur la terre. Elles étaient dotées d’un moyen d’action analogue à celui des scorpions terrestres ; seulement, on leur enjoignit de ne s’en prendre ni à l’herbe, ni à la verdure, ni aux arbres, mais uniquement aux hommes qui ne portent pas au front le sceau divin. Elles n’avaient du reste pas l’autorisation de les tuer, mais seulement de les tourmenter, cinq mois durant, d’un tourment pareil à celui d’une piqûre de scorpion. En ces jours, les hommes chercheront la mort sans la trouver, ils désireront mourir et la mort les fuira.

Ces espèces de sauterelles avaient l’air de chevaux harnachés pour la bataille, une sorte de couronne à reflets dorés leur casquait la tête, leur face était presque humaine, leur chevelure ressemblait à celle des femmes, leurs dents à celles des lions : leur thorax paraissait bardé de fer et le fruit de leurs ailes évoquait le fracas de la charge guerrière d’un nombreux escadron de chars. Elles ont, comme les scorpions, la queue armée d’un aiguillon : c’est par là qu’elles peuvent nuire aux hommes, cinq mois durant. Elles ont comme roi l’ange de l’abîme : il se nomme en hébreu Abbadon[5], et en grec Appollyôn[6]. » (Apocalypse, IX : 1-11).

 

Le « puit de l’abîme » de l’Apocalypse, c’est la prison infernale où est enfermé Satan, l’Antéchrist (épître Henri, passage 60). Après la défaite du fascisme, en 1945, Nostradamus nous dit que le mal fut réintroduit au plus profond baratre (épître Henri, passage 50 et 97). Il sera à nouveau libéré lors de l’arrivée de Gog et Magog pendant la cinquième trompette de l’Apocalypse.

 

La source d’inspiration de Jean de Patmos, ce sont deux prophètes de l’Ancien Testament, Joël et Amos :

 

« Ecoutez ceci, vieillards ! Prêtez l’oreille, vous tous, habitants du pays ! Rien de pareil est-il arrivé de votre temps, ou du temps de vos pères ? Racontez-le à vos enfants, et que vos enfants le racontent à leurs enfants, et leurs enfants à la génération qui suivra ! Ce qu’a laissé le gazam, la sauterelle l’a dévorée ; ce qu’a laissé la sauterelle, le jélek l’a dévoré ; Ce qu’a laissé le jélek, le hasil l’a dévoré.

Réveillez-vous, ivrognes, et pleurez ! Vous tous, buveurs de vin, gémissez, Parce que le moût vous est enlevé de la bouche ! Car un peuple est venu fondre sur mon pays, Puissant et innombrable. Il a les dents d’un lion, les mâchoires d’une lionne. Il a dévasté ma vigne ; il a mis en morceaux mon figuier, il l’a dépouillé, abattu ; les rameaux de la vigne ont blanchi.

Lamente-toi, comme la vierge qui se revêt d’un sac pour pleurer l’ami de sa jeunesse ! Offrandes et libations disparaissent de la maison de l’Eternel ; les sacrificateurs, serviteurs de l’Eternel, sont dans le deuil. Les champs sont ravagés, la terre est attristée ; car les blés sont détruits, le moût est tari, l’huile est desséchée. Les laboureurs sont consternés, les vignerons gémissent, a cause du froment et de l’orge, Parce que la moisson des champs est perdue. La vigne est confuse, le figuier languissant ; le grenadier, le palmier, le pommier, tous les arbres des champs sont flétris… La joie a cessé parmi les fils de l’homme ! » (Joël, II : 2-12).

 

« Le Seigneur, l’Eternel, m’envoya cette vision. Voici, il formait des sauterelles, au moment où le regain commençait à croître ; c’était le regain après la coupe du roi. Et comme elles dévoraient entièrement l’herbe de la terre, je dis : Seigneur Eternel, pardonne donc ! Comment Jacob subsistera-t-il ? Car il est si faible ! L’Eternel se repentit de cela. Cela n’arrivera pas, dit l’Eternel » (Amos, VII : 1-3).

 

C. La sixième trompette de l’Apocalypse.

Puis sonna la sixième trompette :

 

« Le sixième ange sonna de la trompette. J’entendis alors une voix, issue des quatre coins de l’autel d’or situé devant Dieu, dire au sixième ange qui tenait la trompette : “Détache les quatre anges enchaînés au bord du grand fleuve Euphrate“. On délia donc les quatre anges tenus en réserve pour l’heure, jour, le mois et l’année du carnage du tiers de l’humanité… L’effectif de cette cavalerie se montait à deux cent millions : j’ai entendu ce nombre. Voici comment m’apparurent chevaux et cavaliers : ces derniers étaient cuirassés d’une flamme sulfureuse bleue ; les chevaux portaient crinière léonine et leurs naseaux crachaient du feu, fumé et souffre.

Le tiers de l’humanité fut massacré par les trois fléaux en question (feu, fumée, soufre) crachés par leurs naseaux. De fait, le pouvoir nocif des chevaux résidait aussi dans la queue : comme des serpents, elles avaient une tête dont ils se servaient pour nuire. Quant aux survivants de ces fléaux, ils ne renoncèrent même pas à leur façon d’agir, ils ne cessèrent d’adorer les démons et les idoles d’or, d’argent, de bronze, de pierre et de bois, bien incapables de regarder, d’écouter ou de marcher ; ils ne regrettèrent pas non plus leurs meurtres, leurs maléfices, leurs débauches ni leurs vols. » (Apocalypse, IX : 13-21)

 

Dans un premier temps, les sauterelles et leur Roi, tourmenteront les humains sans les tuer durant cinq mois. Il faudra attendre la libération des quatre anges de l’Euphrate pour que le massacre commence. Et quel génocide ! Le tiers de l’humanité trépassera.

Pour l’Apocalypse, les forces de Satan commenceront leur méfait en Irak sur les rives de l’Euphrate. Nostradamus, lui, parle d’Orientaux ou d’une « autre exiguë Mésopotamie ».

 

L’Euphrate traverse, l’Irak, la Syrie et la Turquie.

Ces puissances militaires tueront le tiers de l’humanité avec une armée de deux cents millions de soldats. Elle sera accompagnée de chevaux à tête de lion crachant du feu par la bouche, doté d’une cuirasse couleur de feu. La description des « chevaux de feu » fait curieusement penser à nos chars d’assauts modernes.

 

D. Le message de l’Eglise de Pergame.

Dans le message aux sept Eglises de l’Apocalypse, Jean de Patmos donne de précieuses indications sur la situation géographique de ces « potentats ».

 

Le message à l’Eglise de Pergame dit :

 

« Note encore pour l’ange de l’Eglise de Pergame : Voici ce que dit Celui qui tient le glaive acéré à deux tranchants : Je sais où tu habites : là se trouve le trône de Satan ; malgré cela, tu es attaché à mon nom et tu n’as point renié ma foi, même aux jours où Antipas, mon témoin fidèle, a été tué chez vous, où habite Satan. Mais j’ai contre toi un léger grief : tu as des sectateurs de la doctrine de Balaam qui apprit à Balak à faire trébucher les fils d’Israël pour les amener à manger des viandes sacrifiées aux idoles et à se débaucher. Ainsi, tu as, toi aussi, des partisans de la doctrine des nicolaïtes. Repends-toi donc, sans quoi je vais venir à toi bien vite batailler avec eux par l’épée de ma bouche. A bon entendeur d’écouter ce que l’Esprit dit aux Eglises : Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée, et je lui remettrai un caillou blanc sur lequel est écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sauf celui qui le reçoit. » (Apocalypse II-12-17).

 

Le trône de Satan aurait son siège dans la ville de Pergame. C’était une cité antique située en Asie Mineure. Elle était célèbre pour sa bibliothèque grande rivale d’Alexandrie.

Aujourd’hui, la commune existe toujours sous le nom de Bergama. A la fin du IIe siècle, elle se convertit au christianisme. En 716, elle est conquise par les forces militaires musulmanes, puis reprise par les Byzantins, avant de sombrer définitivement sous le joug musulman, au XIVe siècle.

 

Les forces de Satan, selon Saint-Jean, seraient des partisans de Balaam.

Qui est Balaam ?

Un personnage biblique dont l’histoire est relatée dans le livre des nombres.

Le peuple juif libéré d’Egypte par Moïse traverse le pays de Moab afin de se rendre en Palestine.

 

« Les enfants d’Israël partirent, et ils campèrent dans les plaines de Moab[7], au-delà du Jourdain, vis-à-vis de Jéricho. Balak, fils de Tsippor, vit tout ce qu’Israël avait fait aux Amoréens. Et Moab fut très effrayé en face d’un peuple aussi nombreux, il fut saisi de terreur en face des enfants d’Israël. Moab dit aux anciens de Madian : cette multitude va dévorer tout ce qui nous entoure, comme le boeuf broute la verdure des champs. Balak, fils de Tsippor, était alors roi de Moab. » (Nombres XXII, 1-4).

 

Balak, roi de Moab, envoye plusieurs ambassadeurs auprès de Balaam pour obtenir la malédiction du peuple juif. Balaam vint vers Balak sur le dos d’une ânesse :

 

« La colère de Dieu s’enflamma, parce qu’il était parti ; et l’ange de l’Eternel se plaça sur le chemin, pour lui résister. Balaam était monté sur son ânesse, et ses deux serviteurs étaient avec lui. L’ânesse vit l’ange de l’Eternel qui se tenait sur le chemin, son épée nue dans la main ; elle se détourna du chemin et alla dans les champs. Balaam frappa l’ânesse pour la ramener dans le chemin. L’ange de l’Eternel se plaça dans un sentier entre les vignes ; il y avait un mur de chaque côté. L’ânesse vit l’ange de l’Eternel ; elle se serra contre le mur, et pressa le pied de Balaam contre le mur. Balaam la frappa de nouveau. L’ange de l’Eternel passa plus loin, et se plaça dans un lieu où il n’y avait point d’espace pour se détourner à droite ou à gauche. L’ânesse vit l’ange de l’Eternel, et elle s’abattit sous Balaam. La colère de Balaam s’enflamma, et il frappa l’ânesse avec un bâton.

L’Eternel ouvrit la bouche de l’ânesse, et elle dit à Balaam : Que t’ai-je fait, pour que tu m’aies frappée déjà trois fois ? Balaam répondit à l’ânesse : C’est parce que tu t’es moquée de moi ; si j’avais une épée dans la main, je te tuerais à l’instant. L’ânesse dit à Balaam : Ne suis-je pas ton ânesse, que tu as de tout temps montée jusqu’à ce jour ? Ai-je l’habitude de te faire ainsi ? Et il répondit : Non. » (Nombres XXII, 22-30).

 

Dieu apparut à Baalam :

 

« L’Eternel ouvrit les yeux de Balaam, et Balaam vit l’ange de l’Eternel qui se tenait sur le chemin, son épée nue dans la main ; et il s’inclina, et se prosterna sur son visage. L’ange de l’Eternel lui dit : Pourquoi as-tu frappé ton ânesse déjà trois fois ? Voici, je suis sorti pour te résister, car c’est un chemin de perdition qui est devant moi. L’ânesse m’a vu, et elle s’est détournée devant moi déjà trois fois ; si elle ne se fut pas détournée de moi, je t’aurais même tué, et je lui aurais laissé la vie. Balaam dit à l’ange de l’Eternel : J’ai péché, car je ne savais pas que tu te fusses placé au-devant de moi sur le chemin ; et maintenant, si tu me désapprouves, je m’en retournerai. L’ange de l’Eternel dit à Balaam : Va avec ces hommes ; mais tu ne feras que répéter les paroles que je te dirai. Et Balaam alla avec les chefs de Balak. » (Nombres XXII, 31-35).

 

Baalam se rendit auprès de Balak :

 

« Balaam dit à Balak : Bâtis-moi ici sept autels, et prépare-moi ici sept taureaux et sept béliers. Balak fit ce que Balaam avait dit ; et Balak et Balaam offrirent un taureau et un bélier sur chaque autel. Balaam dit à Balak : Tiens-toi près de ton holocauste, et je m’éloignerai ; peut-être que l’Eternel viendra à ma rencontre, et je te dirai ce qu’il me révélera.

Et il alla sur un lieu élevé. Dieu vint au-devant de Balaam, et Balaam lui dit : J’ai dressé sept autels, et j’ai offert un taureau et un bélier sur chaque autel. L’Eternel mit des paroles dans la bouche de Balaam, et dit : Retourne vers Balak, et tu parleras ainsi.

Il retourna vers lui ; et voici, Balak se tenait près de son holocauste, lui et tous les chefs de Moab.

Balaam prononça son oracle, et dit : Balak m’a fait descendre d’Aram, Le roi de Moab m’a fait descendre des montagnes de l’Orient. -Viens, maudis-moi Jacob ! Viens, sois irrité contre Israël ! Comment maudirais-je celui que Dieu n’a point maudit ? Comment serais-je irrité quand l’Eternel n’est point irrité ? Je le vois du sommet des rochers, Je le contemple du haut des collines : C’est un peuple qui a sa demeure à part, Et qui ne fait point partie des nations. Qui peut compter la poussière de Jacob, Et dire le nombre du quart d’Israël ? Que je meure de la mort des justes, Et que ma fin soit semblable à la leur ! » (Nombres XXIII, 1-12).

 

Baalam bénit à trois reprises le peuple d’Israël. Lors de la troisième bénédiction, la colère de Balak éclata :

 

« La colère de Balak s’enflamma contre Balaam ; il frappa des mains, et dit à Balaam : C’est pour maudire mes ennemis que je t’ai appelé, et voici, tu les as bénis déjà trois fois. Fuis maintenant, va-t’en chez-toi ! J’avais dit que je te rendrais des honneurs, mais l’Eternel t’empêche de les recevoir. Balaam répondit à Balak : Eh ! n’ai-je pas dit aux messagers que tu m’as envoyés : Quand Balak me donnerait sa maison pleine d’argent et d’or, je ne pourrais faire de moi-même ni bien ni mal contre l’ordre de l’Eternel ; je répéterai ce que dira l’Eternel ? Et maintenant voici, je m’en vais vers mon peuple. Viens, je t’annoncerai ce que ce peuple fera à ton peuple dans la suite des temps.

Balaam prononça son oracle, et dit : Parole de Balaam, fils de Beor, parole de l’homme qui a l’œil ouvert, parole de celui qui entend les paroles de Dieu, de celui qui connaît les desseins du Très-Haut, de celui qui voit la vision du Tout-Puissant, de celui qui se prosterne et dont les yeux s’ouvrent.

Je le vois, mais non maintenant, Je le contemple, mais non de près. Un astre sort de Jacob, Un sceptre s’élève d’Israël. Il perce les flancs de Moab, et il abat tous les enfants de Seth. » (Nombres XXIV, 10-17).

 

Cependant, l’histoire ne s’arrête pas là. Sauvé de la malédiction, le peuple juif s’arrête dans le pays de Moab.

 

« Israël demeurait à Sittim ; et le peuple commença à se livrer à la débauche avec les filles de Moab. Elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux ; et le peuple mangea, et se prosterna devant leurs dieux. Israël s’attacha à Baal-Peor, et la colère de l’Eternel s’enflamma contre Israël. L’Eternel dit à Moïse : Assemble tous les chefs du peuple, et fais pendre les coupables devant l’Eternel en face du soleil, afin que la colère ardente de l’Eternel se détourne d’Israël. Moïse dit aux juges d’Israël : Que chacun de vous tue ceux de ses gens qui se sont attachés à Baal-Peor. » (Nombres XXV, 1-5)

 

Balaam est accusé d’avoir poussé le peuple d’Israël dans les bras des prostitués de Moab et Madian. Pour ce motif, il est mis à mort.

 

« Ils tuèrent les rois de Madian avec tous les autres, Evi, Rékem, Tsur, Hur et Réba, cinq rois de Madian ; ils tuèrent aussi par l’épée Balaam, fils de Beor. Les enfants d’Israël firent prisonnières les femmes des Madianites avec leurs petits enfants, et ils pillèrent tout leur bétail, tous leurs troupeaux et toutes leurs richesses. Ils incendièrent toutes les villes qu’ils habitaient et tous leurs enclos. Ils prirent toutes les dépouilles et tout le butin, personnes et bestiaux ; et ils amenèrent les captifs, le butin et les dépouilles, à Moïse, au sacrificateur Eléazar, et à l’assemblée des enfants d’Israël, campés dans les plaines de Moab, près du Jourdain, vis-à-vis de Jéricho.

Moïse, le sacrificateur Eléazar, et tous les princes de l’assemblée, sortirent au-devant d’eux, hors du camp. Et Moïse s’irrita contre les commandants de l’armée, les chefs de milliers et les chefs de centaines, qui revenaient de l’expédition. Il leur dit : Avez-vous laissé la vie à toutes les femmes ? Voici, ce sont elles qui, sur la parole de Balaam, ont entraîné les enfants d’Israël à l’infidélité envers l’Eternel, dans l’affaire de Peor » (Nombres XXV, 8-16)

 

Dans l’Apocalypse, Balaam est l’incarnation de Satan sauveur d’Israël pour mieux le précipiter dans le péché de la luxure.

Balaam était originaire de Péhor, ville de l’ancien Empire Assyrien, correspondant au territoire actuel de l’Irak et de la Syrie, sur les rives de l’Euphrate et du Tibre, au cœur de la Mésopotamie.

 

2. Gog et Magog.

Gog et Magog est cités dans la Bible et dans le Coran.

Elle concerne la venue d’une force diabolique lors de la fin des temps.

 

Commençons par Ezéchiel :

 

« La parole de l’Eternel me fut adressée, en ces mots : Fils de l’homme, tourne ta face vers Gog[8], au pays de Magog, Vers le prince de Rosch, de Méschec et de Tubal[9], Et prophétise contre lui ! Tu diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : Voici, j’en veux à toi, Gog, Prince de Rosch, de Méschec et de Tubal !

Je t’entraînerai, et je mettrai une boucle à tes mâchoires ; je te ferai sortir, toi et toute ton armée, chevaux et cavaliers, tous vêtus magnifiquement, troupe nombreuse portant le grand et le petit bouclier, tous maniant l’épée ; et avec eux ceux de Perse, d’Ethiopie et de Puth[10], tous portant le bouclier et le casque ; Gomer[11] et toutes ses troupes, la maison de Togarma[12], a l’extrémité du septentrion, et toutes ses troupes, peuples nombreux qui sont avec toi. » (Ezéchiel, XXXVIII : 1-6).

 

Gog serait un chef militaire qui viendrait du pays de Magog, situé dans le Caucase russe à la frontière de l’actuelle Turquie. Il sera le leader d’une coalition composé d’une multitude de pays issue de deux blocs : l’un comprenant l’Iran, l’Ethiopie et la Libye et l’autre la Crimée et les rives de la mer noire (Turquie, Russie) ainsi que l’Arménie.

 

Le quatrain V-54 reprend mot pour mot les idées d’Ezéchiel. Il parle de l’Arménie (Beth-Togarma), des Alanes (Toubal et Meschec) et du Pont-Euxin (Gomer).

Nous avions vu que la Russie avait pris le contrôle partiel de ces régions en 2008 (Abkhazie et Ossétie du Sud), puis en 2014 (Crimée).

 

Abordons maintenant l’eschatologie musulmane sur « Yajoul et Majoul » (Gog et Magog en arabe).

Pour le Coran, il y a une barrière de protection indestructible et infranchissable qui fut construite par Dieu pour séparer Gog et Magog des hommes.

 

« Il suivit donc une voie. Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse, et, auprès d’elle il trouva une peuplade [impie]. Nous dîmes : « Ô Dûl-Qarnayn ! ou tu les châties, ou tu uses de bienveillance à leur égard ».

Il dit : « Quant à celui qui est injuste, nous le châtierons ; ensuite, il sera ramené vers son Seigneur qui le punira d’un châtiment terrible. Et quant à celui qui croit et fait bon œuvre, il aura, en retour, la plus belle récompense. Et nous lui donnerons des ordres faciles à exécuter ».

Puis, il suivit (une autre) voie. Et quand il eut atteint le Levant, il trouva que le soleil se levait sur une peuplade à laquelle nous n’avions pas donné de voile pour s’en protéger. Il en fut ainsi et nous embrassons de Notre Science ce qu’il détenait.

Puis, il suivit (une autre) voie. Et quand il eut atteint un endroit situé entre les Deux Barrières (montagnes), il trouva derrière elles une peuplade qui ne comprenait presque aucun langage. Ils dirent : « Ô Dûl-Qarnayn, Gog et Magog commettent du désordre sur terre. Est-ce que nous pourrons t’accorder un tribut pour construire une barrière entre eux et nous ? »

Il dit : « Ce que Mon Seigneur m’a conféré vaut mieux (que vos dons). Aidez-moi donc avec votre force et je construirai un remblai entre vous et eux. Apportez-moi des blocs de fer ». Puis, lorsqu’il en eut comblé l’espace entre les deux montagnes, il dit : « Soufflez ! » Puis, lorsqu’il l’eut rendu une fournaise, il dit : « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus ». Ainsi, ils ne purent guère l’escalader ni l’ébrécher non plus.

Il dit : « C’est une miséricorde de la part de mon Seigneur. Mais, lorsque la promesse de mon Seigneur viendra, il le nivellera. Et la promesse de mon Seigneur est vérité » (Coran, Sourate XVIII, 83-98).

 

Cependant, à la fin des temps la barrière de Dhu al Quarnayn sera détruite et les forces maléfiques de Gog et Magog se répandront parmi les hommes pour les persécuter.

 

« Gog et Magog creusent chaque jour la muraille Dhu al Quarnayn, mais quand ils sont sur le point de voir le jour, leur chef leur enjoint de cesser pour revenir le lendemain. Pendant la journée, Dieu restaure la muraille qui redevient plus solide que jamais. Quand l’heure sonnera et que Dieu aura décidé de les envoyer contre les hommes, ils creuseront la muraille et comme a l’accoutumée, leur chef leur ordonnera de cesser leur travail au lever du jour. Mais le lendemain, ils la retrouveront telle qu’ils l’avaient laissé la veille. Alors ils la perceront et fonderont sur les hommes : ils assécheront les eaux et les gens se protégeront d’eux en s’abritant derrière des forteresses » (Abu Hurayra)[13].

 

Le prophète provençal, lui, dit que Gog et Magog seront libérés des prisons de l’enfer (« Dieu le créateur ait délié Satan des prisons infernales, pour faire naitre le grand Dog et Dogam »). Etrange similitude entre la barrière de Dûl al Qarnayn qui cédera à la fin des temps et la libération « des prisons infernales ».

 

3. Le rôle de l’islam intégriste.

 

A mon avis, ces puissances militaires seront issues de la culture musulmane.

L’épître décrit ce qui semble être le processus de la prière chez les musulmans, à genoux, les mains qui touchent le sol (« Desquelles par moyen de la curvature[14] (…) par le bout opposite de la main aiguë, touchant terre, voudront stimuler »).

Il y aura des conversions volontaires massives au dogme de l’Islam intégriste (« attirera les peuples le faisant aller droit »). Ce n’est pas une pratique religieuse modérée dont il s’agit, mais d’une ferveur religieuse extrémiste (« voudront stimuler »).

 

Depuis les années 2000, des mouvances sectaires utilisent le terrorisme et la guérilla militaire pour augmenter leur influence et acquérir de nouveaux territoires face à l’Occident.

 

 Le quatrain I-74 utilise l’expression « Le noir poil crespe », le II-79 parle de « La barbe crespe & noire » alors que le VIII-9 déclare « Barbe horrible crie ». Ces phrases font toutes penser à des musulmans intégristes.

 

Les prophéties musulmanes[15] nous disent qu’à la fin des temps, surgira au sein de la communauté islamique une frange intégriste qui prendra le dessus sur les croyants modérés.

« Ma communauté périra par la main de petits jeunes gens de Quraysh » (Said b. Amr)[16]. Les quraysh, en arabe, ce sont les « petits requins ». Ce sont des populations arabes du Nord qui se disait descendant d’Ismaël. Ils contrôlaient du temps de Mahomet, la ville de La Mecque et la Kaaba. En 622, ils ont contraint Mahomet à fuir la Mecque pour aller se réfugier à Médine. Le clan des Quraych est vaincu deux ans plus tard à la bataille de Badr. La tradition musulmane semble nous dire que ce clan aura sa revanche plusieurs siècles après et dominera l’Islam temporairement.

Une « secte, dont les membres auront la tête rasée, dénaturera l’Islam, déformera les mots du Coran :

 

« Ma communauté connaîtra des dissensions nombreuses. Au nombre de ces dissensions, il y aura une secte s’exprimant avec élégance et œuvrant pour le mal. Ils liront le Coran, mais celui-ci ne dépassera pas leur gosier. Ils s’éloigneront de la religion à la vitesse de la flèche qui se dirige vers sa cible et n’y reviendront pas avant qu’elle ne soit revenue dans son carquois. Ils sont les pires des créatures de Dieu. (…). – Et quel est leur signe distinctif ? fut-il demandé au Prophète. – Ils se rasent la tête » (Abu Dharr)[17].

 

Ils apparaîtront à la fin des temps. Ils commettront l’adultère et le blasphème. Ils seront issus des pires éléments de la communauté musulmane :

 

« La communauté verra sa loi appliquée d’une manière acceptable tant que ces trois signes ne seront pas apparus : la science sera ôtée de la communauté, les enfants d’adultère se répandront et les blasphémateurs apparaîtront en son sein. – Et qui sont ces blasphémateurs ? demandèrent-ils au prophète. – Une génération qui apparaîtra à la fin des temps » (Ahmad, al-Tabarani, al-Hakim d’après Muadh b. Anas)[18].

 

« des prédicateurs mensongers feront leur apparition, en donnant raison aux pires éléments de ma communauté » (Ibn abî al-Dunya, al-Tabrâni, al-Sijzi)[19].

 

Le mot « potentat » pourrait concerner des chefs militaires à la tête de puissante armée qui contrôleront de vastes territoires. Plusieurs quatrains parlent de « sectes » et de « bandes ».

 

Nostradamus dans un autre endroit de l’épître explique qu’il y aura « trois sectes » qui prendront de l’importance lorsque commenceront les troubles révolutionnaires.

 

« et des trois sectes, celle du milieu, par les culteurs d’ici, sera un peu mis en décadence. La première s’étendra totalement par l’Europe, tandis qu’en Afrique la plupart exterminées par la troisième, moyennant les pauvres d’esprit, les insensés qui luxurieux qui commettrons l’adultère en raison de leur vie libidineuse. » (Epître Henri, passage 59).

 

L’une des sectes s’étendra sur la totalité de l’Europe, une autre fera de même en Afrique, alors que la troisième régressera.

 

Le II-95 indique que les pays européens seront livrés aux « grands frères ».

 

L’état islamique en Irak et au Levant semble correspondre en tout point à l’un des trois sectes. Il est cependant encore trop tôt pour en être totalement certain, la plus grande prudence est de mise.

C’est une organisation musulmane créée le 13 octobre 2006 par la fusion de plusieurs groupes djihadiste irakienne dont Al Qaïda en Irak.

Le 9 avril 2013, elle augmente sa zone d’influence en Syrie.

Le 29 juin 2014, elle proclame le rétablissement du califat, disparu, en 1924, lors du démantèlement de l’Empire ottoman. Abou Bakr Al Baghdadi devient calife avec le titre d’Ibrahim (nom arabe d’Abraham).

Elle reçoit le soutien d’un certain nombre de formations combattantes dans le monde musulman en Algérie, au Nigeria, au Soudan, en Libye, en Egypte, au Liban, au Yémen, aux Philippines, en Indonésie, en Inde, au Pakistan en Afghanistan.

 

Dans le domaine astrologique, l’avènement du Califat semble promis à un bel avenir.

La carte du ciel de la naissance de l’Islam le 19 juillet 622 (An I de l’hégire) montre un amas planétaire dans le signe du Lion. C’est le signe de la puissance, de l’éclat, de la gloire, de l’idéal et du rayonnement.

 

Comparons cette configuration avec la carte du ciel de la proclamation du Califat par l’Etat Islamique, le 29 juin 2014 au début du ramadan.

Nous trouvons trois points importants :

–     Jupiter accompagné de la Lune (de 2014) transit le Soleil (de 622) :  Jupiter revenant sur la position du Soleil natale indique l’aboutissement des ambitions et un succès social. La présence de la Lune renforce ce côté spectaculaire et chanceux de la réussite ; elle est rapide et violente (carré avec Uranus). Il y a un risque de ne connaître aucune limite (carré avec Mars).

–     Jupiter et la Lune (2014) transit Saturne (622) : En ce qui concerne la rencontre de Jupiter et de Saturne, elle marque des bouleversements politiques et des conflits religieux.

–     Neptune (2014) transit le Jupiter de l’An I de l’hégire : Cela concerne la naissance d’une ferveur religieuse très intense. La proclamation du califat par l’Etat islamique risque donc de recevoir un écho très favorable auprès des populations musulmanes. Cette ferveur ne se fera pas sans difficulté, en raison de l’opposition de Neptune avec sa position natale.

 

A titre de synthèse reprenons les idées essentielles.

Gog et Magog prendront la forme de forces militaires armées dirigées par des potentats. Elles commenceront leurs actions sur les rives de l’Euphrate en Irak, en Syrie et en Turquie. Elles agrégeront des groupes armés venant de plusieurs pays de cultures musulmanes : Caucase et Crimée.

[1] Du latin potentatus, puissance, souverain. C’est celui qui a une puissance souveraine dans un grand Etat. Personnage qui dispose d’un pouvoir excessif, en matière économique, hiérarchique et sociale.

[2] Du latin insignia : parure, décoration.

[3] Courbure.

[4] L’édition originale de l’Epître à Henri, utilise l’expression « Dog et Dogam » (édition de 1568). Par une erreur typographique, introduite dans l’édition d’Amsterdam de 1668, elle se transformera en « Dog et Doham ». Cette coquille aura pour conséquence d’introduire en erreur la plupart des exégèses. Aucun ne sera en mesure de comprendre l’allusion à « Gog et Magog ».

[5] Signifie destruction.

[6] Signifie destructeur.

[7] Le pays de Moab était situé sur la rive orientale du Jourdain, au nord de la mer morte, dans l’actuelle Jordanie.

[8] Gog semble être un chef d’Etat et Magog son pays.

[9] Méschec et Tubal, déjà cités dans Ezechiel 27.13, sont des pays situés aux environs du Caucase, sur les bords de la mer Noire, en Asie mineure.

[10] Pouth correspond à l’actuelle Libye.

[11] Gomer est en Asie mineure et en Crimée.

[12] Beth-Togarma est actuellement en Arménie.

[13] « Les signes de la fin des temps dans la tradition islamique », Les sources de la tradition islamique, Alif Edition, Lyon 1996, p.161-162.

[14] Courbure.

[15] Discours théologique sur la fin des temps.

[16] « Les signes de la fin des temps dans la tradition islamique », Les sources de la tradition islamique, Alif Edition, Lyoin 1996, p.20.

[17] « Les signes de la fin des temps dans la tradition islamique », Les sources de la tradition islamique, Alif Edition, Lyoin 1996, p.27-28.

[18] « Les signes de la fin des temps dans la tradition islamique », Les sources de la tradition islamique, Alif Edition, Lyoin 1996, p.40-41.

[19] « Les signes de la fin des temps dans la tradition islamique », Les sources de la tradition islamique, Alif Edition, Lyoin 1996, p.42.

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