“La psychologie des révolutions” (extrait 1).

Extrait de la préface de Chaulveron sur les gilets jaunes et le moment révolutionnaire (préface de 62 pages).

La police et la justice sont là pour veiller au bon respect de la loi. Une loi perçut comme une arme politique oppressive. Elle est le résultat de la volonté de la bourgeoisie. Elle est là pour maintenir le prolétariat, ou plutôt les « barbares », dans un état d’infériorité, pour l’empêcher de prendre le pouvoir.

Evoquons dès maintenant quelques éléments de la législation qui montre que celle-ci n’est pas là pour aider le peuple, mais pour protéger les bourgeois contre les velléités du prolétariat.

Imaginons le cas de figure fort probable, où la foule prolétarienne viendrait à prendre d’assaut le Palais de l’Elysée, l’Assemblée nationale ou Matignon. L’hypothèse est régie par l’article 16 de la Constitution de 1958.

« Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel. Il en informe la Nation par un message. Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet. (…) Après trente jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d’examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. »

Avec une Assemblée nationale en feu ou l’Elysée pillé, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics serait interrompu. C’est l’instauration immédiate et pour trente jours d’une « dictature » légale. Tous les moyens sont bons pour maintenir le prolétariat dans une soumission éternelle.

Ne rêvez pas, le Conseil constitutionnel ne viendra pas au secours du petit peuple. Ses membres sont tous nommés par les plus hautes instances de l’Etat. Ils n’iront pas se tirer une balle dans le pied. Rappelez-vous les propos de Noelle Lenoir, ancienne membre de la haute juridiction. Pour eux, nous sommes des « barbares » et la justice doit rétablir l’ordre.

Un décret de 2011[1] cité par Youssef Hindi dans son livre sur les gilets jaunes montre que le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy avait prévu l’hypothèse d’une ouverture du feu sur la foule en cas de nécessité[2]. Avant 2011, cela n’était possible qu’en cas d’intrusion dans une zone de défense hautement sensible. Dans le texte, nous retrouvons toutes les armes qui ont été utilisées lors de la répression des gilets jaunes et qui ont posés de grave problème : « article 1 : Grenade GLI F4 Grenade lacrymogène instantanée, Grenade à main de désencerclement » ; « article 2 : Lanceurs de grenades et de balles de défense de 40 × 46 mm et Lanceurs de balles de défense de 44 mm » et « article 3 : Fusil à répétition de précision de calibre 7,62 × 51 mm ».

La convention européenne des droits de l’Homme de 1948 dans son article 2 vient confirmer cette hypothèse :

« Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d’une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. »

Mais accrochez-vous bien, des exceptions sont prévus au respect de la vie :

« La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire : (…) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. »

Donc il est possible de tuer des opposants politiques dans le cadre d’une insurrection révolutionnaire. C’est conforme à la définition des droits de l’Homme selon nos instances européennes.

Je vais m’arrêter-là, je pourrais rédiger un livre entier sur les institutions politiques de la Cinquième République à travers le prisme de la lutte des classes.

[1] Décret n°2011-795 du 30 juin 2011 relatif aux armes à feu susceptibles d’être utilisées pour le maintien de l’ordre public.

[2] Youssef Hindi, Du brexit aux gilets jaunes, Sigest, 2019, p. 36.