VIII-17 : abolition des privilèges et guerre civile (1789).

Les biens aisez subit seront desmis,

Par les trois freres le monde mis en trouble.

Cité marine saisiront ennemis,

Faim, feu, sang, peste, & de tous maux le double.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Ceux qui étaient à leur aise (« les bien aisés ») seront subitement destitués (« desmis ») de leurs privilèges ; le monde sera troublé à cause des trois Frères ; les ennemis s’empareront de la Cité marine ; la famine, la guerre (« feu »), le sang versé, l’irréligion (« peste ») et tous ses maux s’accroîtront du double.

Le Clergé et la Noblesse seront, en une seule nuit (« subito »), dépossédés de leurs titres et de leurs biens ; le monde sera bouleversé à cause des attaques dirigées contre le principe monarchique, représenté alors par trois frères royaux : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X ; les Anglais (« les ennemis ») se saisiront de Toulon (« cité marine ») ; la famine, la révolte, les massacres, l’impiété, iront toujours croissant.

Enigme : la cité marine, Toulon, désigne plus clairement par ce même nom au quatrain 13 de la cent. VII.

L’abolition de tous les privilèges féodaux fut décrétée d’un seul coup (subito) par l’Assemblée Nationale, en la nuit du 4 août 1789.

Les ennemis de la France, les Anglais.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

La Nobless et la Clergé se démettront subitement de leurs droits et de leurs biens. Les trois frères, le comte d’Artois, en ne voulant aucune réforme, le comte de Provence en les réclamant toutes, louis XVI en agissant d’après les vues tantôt de l’autre de ses deux frères, causeront eux-même cette Révolution qui bouleversera le monde. Les ennemis de la France s’empareront de Toulon, et alors la famine, la guerre civile, l’échafaud, l’oubli des lois divines feront naître des maux plus grands qu’à aucune autre époque.

 

Article Wikipédia Révolution française.

 

En province, à partir du 15 juillet 1789 jusqu’au 6 août 1789, les campagnes bruissent de rumeurs confuses appelées « Grande Peur ». Les paysans craignent que les récoltes ne soient pillées par des brigands. À l’annonce de l’arrivée de brigands, le tocsin sonne dans les villages. Les paysans s’arment de fourches, de faux et autres outils. Quand ils s’aperçoivent qu’il n’y a aucun danger, au lieu de retourner vaquer à leurs occupations, ils se dirigent vers le château du seigneur. Ils exigent les titres seigneuriaux qui établissaient la domination économique et sociale de leurs propriétaires et les brûlent. Si le seigneur ou ses gens résistent, ils sont molestés. On compte de très rares cas de seigneurs assassinés, ainsi que des châteaux pillés ou brûlés (“Faim, feu, sang, peste, & de tous maux le double“).

Face à ces violences, l’Assemblée réagit en abolissant les privilèges, les droits féodaux, la vénalité des offices et les inégalités fiscales dans la nuit du 4 août 1789 (“Les biens aisez subit seront desmis“). C’est la fin de la société d’Ancien Régime. Toutefois les députés, presque tous propriétaires fonciers, qu’ils soient nobles ou bourgeois, se ravisent en partie pendant la rédaction des décrets du 5 au 11 août 1789. Les droits personnels (corvées, servage…) et le monopole de la chasse noble (à courre et au vol) et de la chasse à tir (à terre ou au vol) pour les seigneurs, gentilshommes et nobles, derrière le Roi qui se réservait un droit de chasse presque absolu, non lié à des règles précises ou immuables (droits qui avaient été renforcés par le titre XXX de l’Ordonnance de 1669 de Colbert) sont simplement supprimés. La loi du 11 août 1789 accorde à tout propriétaire le droit de détruire et faire détruire toute espèce de gibier sur ses possessions, mettant fin au caractère régalien du droit de chasse.

Les droits réels portant sur la rente de la terre (cens, champart) doivent être rachetés. L’Assemblée Constituante précisera son intention plus tard :

« Ni la nation française, ni ses représentants, n’ont eu la pensée d’enfreindre par là les droits sacrés et inviolables de la propriété. Aussi, en même temps qu’elle a reconnu avec le plus grand éclat qu’un homme n’avait jamais pu devenir propriétaire d’un autre homme, et qu’en conséquence, les droits que l’un s’était arrogé sur la personne de l’autre n’avaient jamais pu devenir une propriété pour le premier, l’Assemblée nationale a maintenu, de la manière la plus précise, tous les droits et devoirs utiles auxquels des concessions de fonds avaient donné l’être, et elle a seulement permis de les racheter. »

— Instruction votée par l’Assemblée Constituante le 15 juin 1791

Seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. Les propriétaires d’offices reçoivent une indemnité qu’ils investissent en partie dans l’achat de biens nationaux. Ainsi les possédants ont pu sauvegarder leurs intérêts économiques tout en mettant fin aux révoltes paysannes.

« Quant aux droits féodaux, il demandait que tous ces droits fussent rachetés par les vassaux, « s’ils le désirent », le remboursement devant être « au denier 30 », c’est-à-dire trente fois la redevance annuelle payée à cette époque ! C’était rendre le rachat illusoire, car, pour les rentes foncières, il était déjà très lourd au denier 25, et dans le commerce, une rente foncière s’estime généralement au denier 20 ou même 17. »

— Pierre Kropotkine, La Grande Révolution, XVII

Le 27 août 1789, l’Assemblée constituante suspend la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, décidant de la terminer quand la constitution serait achevée (ce qui, en août 1791, s’avérera impossible du fait de la célébrité acquise par le texte). S’inspirant des principes des Lumières, elle est une condamnation sans appel de la monarchie absolue et de la société d’ordres. Elle est aussi le reflet des aspirations de la bourgeoisie de l’époque : la garantie de libertés individuelles, la sacralisation de la propriété privée, le partage du pouvoir avec le roi et l’accès à tous les emplois publics. La déclaration définit la loi comme l’expression de la volonté générale (art. 6). désormais la loi n’est plus définie en fonction de sa finalité (la justice) mais en fonction de son origine (la volonté générale). Le législateur, affranchi du respect d’un ordre juridique supérieur échappant à sa volonté (droit naturel), acquiert un pouvoir sans limite dont il va se servir, dans les années suivantes, pour procéder à la régénératon de la société et de l’homme. En Angleterre, Edmund Burke critiquera, dans les Réflexions sur la Révolution en France, le conflit potentiel entre liberté abstraite et libertés concrètes. Conflit qui apparaît très vite: ainsi, alors que la Déclaration affirme que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », la même assemblée décidera quelques semaines plus tard de distinguer entre citoyens passifs, citoyens actifs et citoyens actifs éligibles, selon un critère censitaire : plus de 40 % des hommes furent ainsi exclus du droit de vote et plus de 75 % se virent refuser l’éligibilité (aux conseils municipaux et aux assemblées primaires d’électeurs). De même, le 15 mai 1791, la même Assemblée constituante refusera de changer le statut des personnes “non libres” employées sous les tropiques.

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La politique volontariste impulsée par le Comité de salut public permet de faire face et de redresser la situation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; les premières mesures – favorisées par la mésentente des coalisés – sauvent la République et la Révolution. Dès le 8 septembre 1793, les armées républicaines remportent leurs premiers succès à Hondschoote puis le 16 octobre suivant à Wattignies : succès qui, sans être décisifs, permettent de ralentir l’invasion, et justifient le redressement militaire français.

Les victoires de décembre (Wissembourg le 26 et Landau le 28) contre les Austro-prussiens et les Saxons, et ceci malgré l’échec à Collioure et Port-Vendre contre les Espagnols, (décembre) mettent les coalisés, contenus sur l’ensemble des fronts, sur la défensive ; ainsi l’entrée en guerre des Anglais, des Hanovriens et des Hollandais n’est pas parvenue à modifier les rapports de force en Europe. Mais sur le fond, pour la République, la situation militaire ne changera pas avant que les grandes mesures et l’effort de guerre décidés lors de la levée en masse ne se fassent pleinement sentir avec la grande offensive et les victoires du printemps 1794 qui rejetteront l’ennemi au-delà des frontières et permettront à la France de se retrouver dans une situation proche de celle qui était la sienne à la fin de l’année 1792.

Sur le plan intérieur, la révolte « fédéralistes » s’essouffle ; par chance pour la Convention, les départements frontaliers lui étaient restés fidèles et, comme le soulèvement est plus développé en surface qu’en profondeur, le pouvoir parisien ne tarde pas à recommencer de s’imposer dans les grandes villes : Marseille est reprise le 25 août 1793, Bordeaux le 18 septembre, Lyon le 9 octobre, alors que Toulon livrée aux Anglais le 27 août ne sera reconquise que le 19 décembre (“Cité marine saisiront ennemis“). Dans la plupart des villes reconquises, une répression brutale s’organise. Toutefois la Corse, soulevée par Paoli dès le mois de mai, est perdue ; les Français, hormis quelques ports, n’y possèdent plus que Bastia. Le 19 janvier 1794, appelés par Paoli, les Anglais commencent à occuper l’île.