IX-36 : assassinat d’Henri IV (1610).

 

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Un grand roi sera pris entre les mains d’un jeune homme, non loin de la Pâque : quelle confusion et quel coup de couteau : l’Attentat sera commis (« perpetratio ») au temps où la foudre sera suspendue sur le toit (« en la husne ») des captifs, et alors le dernier des trois drères, frappé par un assassin (« murtre »), mourra de sa blessure.

Le roi de France (« un grand roy ») Henri III, à Saint-Cloud, dans son camp, sera pris entre les mains d’un jeune religieux jacobin (Jacques Clément, âgé de vingt-cinq ans) qui, sortant de recevoir la sainte hostie (« non loin de Pasque ») et considérant à tort son crime comme un acte agréable à Dieu (« confusion »), le frappera au bas-ventre d’un coup de couteau (« coup cultre »). Cet attentat sera commis (« perpet ») au temps où les Parisiens, cernés par Henri III (« captifs »), verront la vengeance de ce prince prête à fondre sur leurs remparts (« foudre en la husne ») ; et ce meurtre fera perdre la vie au dernier des trois frères, fils de Henri II et de Catherine de Médicis, qui auront successivement porté la couronne de France.

 

Pour Anatole Le Pelletier ce quatrain concerne la mort d’Henri III.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Henri-le-Grand, à l’âge de 57 ans, sera entre les mains de Ravaillac, âgé de 34 ans, le 14 mai, 33 jours après Pâques, par suite de la confusion des voitures. Un coup de couteau achèvera l’œuvre commencée par plusieurs assassins que la justice saisira.

Ce coup de foudre, en ce qu’il y a de plus élevé, et ce qui veille aux destinées de la France, arrivera lorsque trois frères auront régné au milieu des troubles en perdant l’affection de leurs sujets et que le dernier aura été assassiné.

 

Pour Henri Torné-Chavigny, il s’agirait plutôt de la mort d’Henri IV.

 

L’assassinat de Henri IV, rue de la Ferronnerie à Paris.

 

Article Wikipédia Henri IV.

 

La fin du règne d’Henri IV est marquée par des tensions avec les Habsbourg et la reprise des hostilités contre l’Espagne. Henri IV intervient dans le conflit de succession qui oppose l’empereur de confession catholique aux princes allemands protestants qu’il soutient, dans la succession de Clèves et de Juliers. La fuite du prince de Condé en 1609 à la cour de l’infante Isabelle ravive les tensions entre Paris et Bruxelles. Henri IV estime son armée prête à reprendre le conflit qui s’était arrêté dix ans plus tôt. Le 25 avril 1610, François de Bonne de Lesdiguières, représentant d’Henri IV de France dans le château de Bruzolo en Val de Suse, signe le traité de Bruzolo, avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie.

Le déclenchement d’une guerre européenne ne plaît ni au pape, soucieux de la paix entre princes chrétiens, ni aux sujets français, inquiets de leur tranquillité. Ne pouvant accepter une alliance avec des princes protestants contre un souverain catholique, des prêtres ravivent par leurs sermons les esprits échauffés des anciens Ligueurs. Le roi voit également un parti qui s’oppose à sa politique au sein même de l’entourage de la reine. Le roi est dans une position fragile qui n’est pas seulement le fait des catholiques, puisque les protestants cherchent à maintenir grâce à l’édit de Nantes leurs privilèges politiques.

Tout en préparant la guerre, on s’apprête au couronnement officiel de la reine à Saint-Denis qui se déroule le . Le lendemain, Henri IV meurt poignardé (“confusion coup cultre“) par François Ravaillac, catholique fanatique, dans la rue de la Ferronnerie à Paris (“Un grand Roy prins entre les mains d’un Joyne“). L’enquête conclut à l’action isolée d’un fou. Un examen des archives au XXIe siècle suggère pourtant l’idée d’un possible complot.

Après autopsie et embaumement (son cœur placé dans une urne de plomb contenue dans un reliquaire d’argent est envoyé à l’église Saint-Louis de La Flèche, le roi ayant promis sa relique royale au collège des jésuites de La Flèche), le corps est exposé dans une chambre de parade du Louvre puis son effigie dans la salle des Cariatides[58].

Henri IV est enterré à la basilique Saint-Denis le , à l’issue de plusieurs semaines de cérémonies funèbres qui commencent déjà à faire naître la légende du bon roi Henri[59]. Au cours du lit de justice tenu le 15 mai, son fils aîné âgé de neuf ans, le roi Louis

 

Article Wikipédia François Ravaillac.

 

Quelques semaines avant le crime, Ravaillac vole un couteau dans une auberge dans le but de tuer le roi. Il change d’avis plusieurs fois et, décidé à retourner dans ses terres natales, abîme volontairement l’arme à Étampes. Convaincu de nouveau de la nécessité de son acte, il répare le couteau et fait demi-tour vers Paris. Le 14 mai 1610, il suit le carrosse du roi dès sa sortie du Louvre. Rue de la Ferronnerie (un axe étroit de quatre mètres de largeur), dans l’actuel quartier des Halles, il rattrape le carrosse royal, en route vers l’Arsenal où le roi va rendre visite à son ministre Sully cloué au lit par une grippe. Henri IV est alors accompagné dans son vaste carrosse de quatre de ses officiers, notamment du duc d’Épernon et du duc de Montbazon. Le domicile de son ministre et confident étant proche, le roi juge inutile de se faire escorter par la Garde à cheval, aussi est-il protégé par une faible escorte de fantassins. Voulant voir les préparatifs prévus pour l’entrée solennelle à Paris de Marie de Medicis, sacrée reine la veille, le roi fait lever les rideaux de cuir de sa voiture.

Vers 16 h 15, le convoi est cependant bloqué par un encombrement (une charrette de foin et un haquet chargé de tonneaux de vin manœuvrent avec difficulté) juste devant l’auberge « Au cœur couronné transpercé d’une flèche », nom prémonitoire. Certains valets de pied se tenant sur le marchepied s’éloignent pour disperser la foule qui reconnaît le carrosse royal dont les mantelets de cuir relevés montrent le roi qui salue les badauds en dodelinant la tête, d’autres gardes traversent le cimetière des Innocents pour devancer le carrosse : Ravaillac profite alors de l’aubaine, pose un pied sur l’essieu du carrosse (“Perpet, captifs temps que foudre en la husne“) et l’autre pied sur un montoir puis se jette sur le roi (selon d’autres versions, il monte un pied sur un rayon d’une roue du carrosse, l’autre sur une borne qui flanque une porte cochère). Il porte trois coups de couteau : un premier touche le roi sans dommage majeur près de l’aisselle, Henri IV hurle « Je suis blessé », un second l’atteint au poumon droit, sectionnant veine cave et aorte, le roi murmure « Ce n’est rien, ce n’est rien » et le dernier perce la manche du duc de Montbazon. Bien qu’il soit ramené à grand train au Louvre où accourent l’archevêque d’Embrun et son premier médecin Petit, Henri IV meurt avant alors que divers témoignages de l’époque évoquent pourtant son agonie sur un lit dans le petit cabinet de la reine : le « Dragon roux de l’Apocalypse » (surnom d’Henri de Navarre donné par les ultra-catholiques) est tué par un rouquin au manteau vert.

Selon le récit de l’historiographe Pierre Matthieu, un des officiers d’Henri IV, le baron de Courtomer, aperçoit dans la rue un commando de huit à 10 hommes à pied et deux à cheval qui se précipitent sur Ravaillac en criant « Il faut qu’il meure ! » mais le baron parvient à les faire fuir.

Ravaillac ne cherche pas à s’enfuir, le duc d’Épernon s’écrie « Ne le tuez pas ! Pas une main sur lui, il y va de votre vie ! ». Il est ramené à l’Hôtel de Retz par le duc afin de lui éviter un lynchage, ce qui a fait naître dès 1611 la thèse selon laquelle le duc et la marquise de Verneuil étaient les instigateurs d’un complot contre le roi ; le procès de Ravaillac permettant de détourner les soupçons. Il reste 48 heures dans cet hôtel particulier rue Charlot où étrangement on le laisse voir et parler à de nombreuses personnes puis est conduit une journée à l’hôtel du duc d’Épernon puis enfin transféré légalement à la Conciergerie.