X-26 : la Bretagne et les guerres de religion (1589-1598).

 

Le duc de Mercœur.

 

Scholie Jean-Charles de Fontbrune.

 

Le successeur vengera son beau-frère et tiendra le pouvoir sans la moindre idée de vengeance. Celui qui faisait obstacle (au pouvoir) ayant été tué, mauvais présage pour son sang, la Bretagne sera unie à la France pour longtemps.

Article Wikipédia histoire de la Bretagne.

À la suite de son union avec la France en 1532, la Bretagne cesse d’avoir des relations politiques directes avec des pays étrangers (“Long temps Bretaigne tiendra avec la France“), mais profite de la conjoncture économique favorable pour développer le commerce maritime en exportant ses produits agricoles et manufacturés, ce qui fait d’elle « le premier peuple naviguant de l’Europe du XVIe siècle » ; l’économie bretonne devient tributaire des choix royaux. La province dispose cependant de certaines libertés prévues par l’Édit d’Union et de certaines administrations propres. Les États de Bretagne, états généraux possédant certaines attributions politiques et administratives, ont alors à leur tête un gouverneur choisi par le pouvoir royal et sont composés de représentants des trois ordres globalement dominés par la noblesse. Ils se basent juridiquement sur la coutume de Bretagne qui leur garantit trois libertés fondamentales : l’absence de levée d’impôt sans accord préalable de la part des États, les charges ecclésiastiques ne peuvent échoir qu’à des Bretons et les Bretons ne sont justiciables que devant les tribunaux bretons et selon la coutume. À cette première institution s’ajoute le Parlement de Bretagne, cour de justice créée en 1554 et siégeant à partir de 1561 à Rennes. Il est constitué de seize Bretons et de seize non-Bretons auxquels s’ajoute un président non Breton. Le Parlement et les États s’opposent régulièrement au pouvoir royal, et ce dernier est souvent amené à jouer sur la rivalité entre ces deux institutions pour affirmer son autorité.

Les premières oppositions entre le pouvoir royal et la Bretagne sont dans un premier temps masquées par des tensions religieuses, prenant pour fond les guerres de religion qui voient l’opposition des Catholiques et des Huguenots. La Réforme a alors peu de prise dans la province en raison de son éloignement, et se concentre principalement en Haute-Bretagne dans les grands centres urbains, concernant presque exclusivement la noblesse. L’opposition au pouvoir royal d’Henri III commence lorsque celui-ci veut imposer la levée de 40 000 hommes aux villes closes en 1574, puis à créer des offices qui grèvent le budget provincial les années suivantes.. L’assassinat du duc de Guise, chef de la Ligue catholique, par Henri III en 1588 cristallise cette résistance. Le duc de Mercœur, beau-frère du roi et gouverneur de Bretagne, profite de la situation pour tenter de se tailler un pouvoir propre en Bretagne en tirant profit de l’opposition locale au pouvoir royal (“Occis ostacle son sang mort vitupere“). L’assassinat d’Henri III en 1589 déclenche le début d’une guerre de succession, l’héritier désigné, le duc de Navarre, étant protestant (“Le successeur vengera son beau frere“). En Bretagne, chaque camp fait appel à des alliés étrangers, espagnols pour les Catholiques qui s’installent à Brest, ou anglais pour les Protestants qui s’installent à Paimpol. La région est divisée. Les brigands et les jacqueries font des ravages et le duc de Mercœur ne parvient pas à asseoir son pouvoir sur la Bretagne. La conversion d’Henri IV au catholicisme, puis la signature de l’Édit de Nantes en 1598, permettent de rasseoir le pouvoir royal sur la province (“Occuper regne souz ombre de vengeance“).

Le premier quart du XVIIe siècle est marqué par les intrigues du gouverneur suivant, le duc de Vendôme, qui complote contre la régente Marie de Médicis puis contre son beau-frère le roi Louis XIII. Le duc de Vendôme ne parvient cependant pas à obtenir le soutien des notables locaux ou de la population. À la demande des États, il est démis de sa charge et son remplacement est demandé[245]. Richelieu en profite pour se faire nommer à cette fonction, ce qui lui permet les années suivantes de saper le pouvoir provincial, d’obtenir la création de diverses charges et d’augmenter à plusieurs reprises les dons gratuits. Ce processus de centralisation s’accentue encore sous la régence d’Anne d’Autriche.