X-43 : Le destin de Louis XVI (1774-1793).

Le trop bon temps trop de bonté royale,

Fais et deffois prompt subit negligence.

Legier croira faux despouse loyalle,

Luy mis a mort par benevolence.

 

Louis XVI en habit de sacre, Joseph-Siffrein Duplessis, 1777, musée Carnavalet.

Louis XVI en habit de sacre.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Louis XVI sera mis à mort à cause de son peu d’application (suite de son défaut d’aptitude) aux affaires de l’Etat (« trop de bonté royale »), de ses irrésolutions (« fais et deffais »), de l’irascibilité intempestive de son caractère (« prompt, subit »), de sa négligence, de la légèreté avec laquelle il aura ajouté foi à des rapports calomnieux contre l’honneur de la Reine (« espouse loyale »), et surtout à cause de sa trop grande bonté (« sa benevolence ») qui le livrera sans défense à ses ennemis.

 

Scholie Vlaicu Ionescu.

 

Nous devons observer avant tout, comment, par un petit jeu cabalistique, le nom du roi Louis XVI est donné dans ce quatrain. Le mot « luy » du quatrième vers est, en effet, le pronom « lui », ainsi que le nom propre Louis.

 

Louis XVI (« luy ») sera executé (« mis à mort »), à cause de sa bonté (« sa bénévolence »). Son manque de maturité (« trop de bon temps ») dans les affaires de l’Etat, sa faiblesse, son amabilité (« trop de bonté royale »), son caractère irrésolu (« fais et deffais »), avec des sauts d’humeur (« prompt, subit »), sa négligence et la légèreté avec laquelle il aura ajouté foi à des rapports calomnieux sur l’honneure la Reine (« espouse loyale »), et surtout sa trop grande bonté et même sa naiveté (« sa bénévolence »), le livreront sans défense à ses ennemis.

Tous les mémoires qui ont été écrits sur Louis XVI sont d’accord pour mettre en évidence son caractère pacifique, son souci de ne pas provoquer de conflits sanglants, son amour pour son peuple, à l’égard duquel il sentait qu’il devait être comme un père. Ses dernières paroles sur l’échafaud ont été pour pardonner ceux qui l’ont condamné à mort injustement.

Article Wikipédia Louis XVI.

Louis XVI, né à Versailles le et mort à Paris le , est le dernier roi de France de la période dite de l’Ancien Régime et le dernier d’entre eux à avoir habité le château de Versailles.

Il est roi de France et de Navarre de 1774 à 1791 puis roi des Français de 1791 à 1792.

Louis XVI est le fils du Dauphin Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe. Il succède à son grand-père Louis XV en 1774. Il est le frère aîné des futurs rois Louis XVIII et Charles X.

Dauphin de France à la mort de son père, marié à Marie-Antoinette d’Autriche, il monte sur le trône à dix-neuf ans. Il y est confronté, en particulier après l’intervention française aux côtés des colons américains, à des difficultés financières importantes accompagnées de spéculations boursières. Réformateur prudent, parfois hésitant, il tente de conduire avec ses ministres successifs des réformes à la monarchie. Il rétablit les parlements, réforme le droit des personnes (abolition de la torture en 1781 et 1788, abolition du servage dans le domaine royal en 1779, abolition du péage corporel des juifs d’Alsace en 1784, édit de tolérance des protestants en 1787) mais butte sur les réformes de la fiscalité et les finances du Royaume (réformes en 1774-1776, 1781, 1787 par deux fois). Son projet d’instaurer un impôt direct égalitaire (en remplacement de la taille inégalitaire) contrôlé par des assemblées provinciales élues, bute sur l’hostilité des privilégiés, en particulier celle de la noblesse de robe, celle du Parlement de Paris et celle de la Cour de Versailles. Louis XVI essaie alors de passer outre leur opposition en présentant ses réformes devant une assemblée des notables (1787) puis devant les états généraux (1789).

Les exigences du tiers état et la révolte du peuple provoquent la Révolution française qui transforme le rôle politique du roi et le système de gouvernement de la France en mettant fin à la monarchie absolue de droit divin. Dans un premier temps, le roi Louis XVI accepte de devenir un monarque constitutionnel, mais en butte à une opposition de plus en plus hostile et après avoir tenté de quitter Paris où il avait été conduit sous la contrainte populaire, il contribue au déclenchement d’une guerre entre les monarchies absolues et les révolutionnaires. La progression des armées étrangères et monarchistes vers Paris provoque son renversement, le 10 août 1792, par les sections républicaines : la monarchie est abolie le 21 septembre. Dès lors, emprisonné, surnommé « Louis le Dernier » ou « Louis Capet » par les révolutionnaires, Louis XVI est inculpé pour trahison sur l’accusation de ne pas avoir respecté son rôle constitutionnel, d’avoir manœuvré secrètement contre la Révolution et d’avoir tenté de fuir la France en juin 1791. Jugé coupable par la Convention nationale, il est condamné à mort et guillotiné le sur la place de la Révolution à Paris (“Luy mis a mort par benevolence“), quelques mois avant Marie-Antoinette. Les monarchistes reconnaissent alors son fils, emprisonné à Paris, comme roi de France sous le nom de Louis XVII, mais l’enfant meurt en détention deux ans plus tard. Ce n’est qu’en 1814, lors de la chute de Napoléon, que la famille royale peut revenir en France : le frère de Louis XVI règne alors sous le nom de Louis XVIII.

Après l’avoir considéré d’abord soit comme un traître à la patrie soit comme un martyr, les historiens français ont fini par globalement adopter une vue nuancée de la personnalité et du rôle de Louis XVI, décrit comme un honnête homme mû par de bonnes intentions, mais qui n’était pas doté du caractère nécessaire pour mener à terme une profonde réforme de la monarchie (“Le trop bon temps trop de bonté royale“).

Enfant, le futur roi se montre « taciturne », « austère » et « sérieux ». Sa tante Madame Adélaïde l’encourage ainsi : « Parle à ton aise, Berry, crie, gronde, fais du tintamarre comme ton frère d’Artois, casse et brise mes porcelaines, fais parler de toi. »

Depuis Louis XIV, la noblesse est en grande partie « domestiquée » par le système de cour. L’étiquette régit la vie de la cour en faisant du roi le centre d’un cérémonial très strict et complexe. Cette construction de Louis XIV vise à donner un rôle à une noblesse qui avait été jusque là souvent rebelle et toujours menaçante pour le pouvoir royal.

Au sein de la cour, la noblesse voit sa participation à la vie de la nation organisée en vase clos dans un subtil système de dépendances, de hiérarchie et de récompenses, et ses velléités d’autonomie vis-à-vis de l’autorité royale nettement réduites. Louis XVI hérite de ce système. La noblesse est au service du roi et en attend des récompenses et des honneurs. Même si l’écrasante majorité de la noblesse n’a pas les moyens de vivre à la cour, les textes montrent bien l’attachement des nobles de province au rôle de la cour, et l’importance que pouvait prendre la « présentation » au roi.

Comme son grand-père Louis XV, Louis XVI a les plus grandes peines à entrer dans ce système qui avait été construit un siècle auparavant par son quadrisaïeul pour répondre à des problèmes qui ne sont plus d’actualité. Ce n’est pas par manque d’éducation : il est le premier monarque français à parler couramment anglais ; nourri des philosophes des Lumières, il aspire à trancher avec l’image « louis-quatorzienne » du roi en constante représentation. Cette image du roi simple rejoint celle des « despotes éclairés » de l’Europe, comme Frédéric II de Prusse.

Bien qu’ayant conservé les longues cérémonies du lever et du coucher royaux, Louis XVI tente de réduire les fastes de la cour. Alors que Marie-Antoinette passe beaucoup de temps dans les bals, les fêtes et les jeux d’argent (“Legier croira faux despouse loyalle“), le roi s’adonne à des loisirs plus modestes tels que la chasse, la lecture et les sciences.

Le refus d’entrer dans le grand jeu de l’étiquette explique la très mauvaise réputation que lui fera la noblesse de cour. En la privant du cérémonial, le roi la prive de son rôle social. Ce faisant, il se protège également. Si à l’origine la cour sert à contrôler la noblesse, la situation se renverse très vite : le roi se trouve à son tour prisonnier du système.

La mauvaise gestion par Louis XV puis par Louis XVI de cette cour, le refus par les Parlements (lieu d’expression politique de la noblesse et d’une partie de la haute bourgeoisie judiciaire) de toute réforme politique, ainsi que l’image apparente – souvent désastreuse – de capricieuse véhiculée par la reine, dégraderont peu à peu son image : beaucoup de pamphlets le ridiculisant et des clichés encore actuellement en vigueur proviennent d’une partie de la noblesse d’alors, qui supporte mal le risque de perdre sa place particulière, le décrivant non pas comme le roi simple qu’il était, mais comme un roi simplet.

Il arrive enfin parfois au roi de réagir étrangement avec son entourage, en se livrant parfois à des farces enfantines, comme chatouiller son valet de chambre ou pousser un courtisan sous une lance d’arrosage.

La faiblesse que ses contemporains lui attribuaient fera dire au roi : « Je sais qu’on me taxe de faiblesse et d’irrésolution, mais personne ne s’est jamais trouvé dans ma position » (“Fais et deffois prompt subit negligence“), signifiant ainsi que sa personnalité n’est pas une cause exclusive des événements de la Révolution.

Louis XVI a été longtemps caricaturé comme un roi un peu simplet, manipulé par ses conseillers, peu au fait des questions de pouvoir, avec des marottes comme la serrurerie et une passion pour la chasse.

Cette image est en partie due à son attitude envers la cour, et surtout en raison des calomnies du parti lorrain et en premier M. de Choiseul, le comte de Mercy, l’Abbé de Vermond et enfin Marie-Thérèse d’Autriche.

Grand chasseur, Louis XVI est aussi un prince studieux et érudit, qui aime autant la serrurerie et la menuiserie que la lecture. Il est féru d’histoire, de géographie, de marine et de sciences. Il fait de la marine une priorité de sa politique étrangère, et en a une connaissance théorique si pointue, qu’il se plaît, quand il visite le nouveau port militaire de Cherbourg (et voit pour la première fois la mer), à faire des remarques dont la pertinence stupéfie ses interlocuteurs.