IX-34 : la fuite de Varennes (1791) et la prise des Tuileries (1792).

Le part solus mary sera mitré,

Retour conflict passera sur le thuille :

Par cinq cens un trahyr sera tiltré,

Narbon et Saulce par conteaux avons d’huile.

 

peinture représentant L’arrestation à Varennes

L’arrestation du roi et de sa famille à Varennes. Toile de Thomas Falcon Marshall (1854).

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

L’époux seul (« le part solus »), affligé (« marri »), sera coiffé du bonnet phrygien (« sera mitré ») à son retour ; une attaque sera dirigée (« un conflict passera ») contre les Tuileries (« le Thuille ») par cinq cents hommes ; il sera trahi par un noble nommé Narbonne (« un tiltré Narbon ») ; un fils et petit-fils de chandeliers-marchands d’huile, nommé Sauce (« Saulce avons d’huile »), le fera mettre au milieu de gardes (« per custodes »).

Louis XVI seul (et non pas Marie-Antoinette) aura la douleur de se voir coiffé du bonnet rouge (« mitré ») par la populace, le 20 juin 1792, après son retour de Varennes. Les fédérés marseillais, au nombre de cinq cents, dirigeront l’attaque du peuple, le 10 août de la même année, contre le palais des Tuileries (« le Thuille »). Parmi les traîtres qui contribueront puissamment à la perte de Louis XVI, il y aura lieu de distinguer, dans l’ordre de la noblesse (« un tiltré »), le comte de Narbonne, son ministre de la guerre ; et dans la plèbe, un fils et petit-fils de chandeliers-épiciers (« avons d’huile »), nommé Sauce, procureure-syndic de la commune de Varennes, qui le fera arrêter (« per custodes ») dans cette ville.

Vieux mot, part, conjoint, époux.

Latin, solus, seul.

Vieux mot, marri, chagrin, affligé.

Le comte de Narbonne, ministre de la guerre de Louis XVI, du 6 décembre 1791 au 10 mars 1792.

Sauce était, de père en fils, marchand chandelier ; et c’est lui qui fit arrêter Louis XVI à Varennes, où il remplissait les fonctions de procureur-syndic de la commune. On lit dans les Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, par Madame Campan (Paris, 1826, t. II, p. 158) : « leurs Majestés descendirent chez un épicier, maire de Varennes, nommé M. Sauce… Ce maire eût pu sauver le roi. La reine était assise dans la boutique entre deux ballots de chandelles, et parlait à madame Sauce ». On lit aussi dans a Gazette nationale (moniteur universel) du 25 juin 1791, au Bulletin de l’Assemblée nationale de la veille : « M. Martinet, l’un des députés de l’administration du district de Clermont, prend la parole : Nous vous parleront, dit-il, de la conduite sage et héroïque de M. Sausse, procureur de la commune de Varennes, qui répondit aux promesses, aux caresses même que lui firent le roi et la reine :

J’aime mon roi ; mais je resterai fidèle à ma patrie ; » et dans le bulletin de l’Assemblée nationale du 18 août suivant : « L’Assemblée nationale, après avoir entendu son comité des rapports sur les récompenses à accorder à ceux qui ont empêché le plus efficacement à Varennes l’évasion du roi ; décrète : … qu’il sera payé au sieur Sauce (sic), procureur de la commune de Varennes, 20 000 livres. »

Conteaux, du latin, custos, gardien, garde.

Avons, du latin avus, aïeul, grand-père.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Des deux époux, le mari seul sera coiffé du bonnet phrygien. De retour de Varennes la famille royale, au milieu d’une populace hostile, passera sur la place des Tuileries pour rentrer au palais du même nom. Cinq cents Marseillais attaqueront ce palais et détruiront la monarchie. Parmi le grand nombre de traîtres qui entoureront Louis XVI, titré roi des Français, le minstre Narbonne et Sausse, procureur de Varennes, seront cause entre tous que le roi, rendu plus vulnérable par l’huile du sacre au milieu des gardes révolutionnaires.

Article Wikipédia Louis XVI.

Journée du 20 juin 1792

Face à la déroute de l’armée, au renvoi des ministres Servan, Roland et Clavière, et au refus du souverain d’adopter les décrets sur la création du camp de fédérés et la déportation des prêtres réfractaires, les Jacobins et les Girondins entreprennent une épreuve de force pour le , date anniversaire du serment du Jeu de paume. Plusieurs milliers de manifestants parisiens, conduits par Santerre, sont ainsi encouragés à se rendre au Palais des Tuileries pour protester contre la mauvaise gestion de la guerre.
Journée du 20 juin 1792. Confrontation entre les insurgés et Louis XVI. Bouillon et Vérité, 1796.
Seul, Louis XVI reçoit les émeutiers (“Le part solus mary“). Ceux-ci exigent du roi qu’il annule ses vetos et rappelle les ministres congédiés. Pendant cette longue occupation (qui dura de 14 heures à 22 heures), le roi ne cède rien mais garde un calme saisissant. Il affirme : « La force ne fera rien sur moi, je suis au-dessus de la terreur ». Il accepte même de porter le bonnet phrygien (“mitré“) et de boire à la santé du peuple. Pétion par lever le siège en assurant au roi : « Le peuple s’est présenté avec dignité ; le peuple sortira de même ; que votre Majesté soit tranquille »

 

Caricature de Louis XVI, coiffé du bonnet phrygien, buvant à la santé de la Nation (auteur anonyme, 1792).

 

Prise des Tuileries (10 août 1792)

Face aux avancées autrichienne et prussienne dans le nord, l’Assemblée déclare le 11 juillet la « Patrie en danger ». Le 17 juillet, quelques jours après la 3e commémoration de la Fête de la fédération, les fédérés de province et leurs alliés parisiens remettent à l’Assemblée une pétition demandant la suspension du roi.
Les événements vont s’accélérer davantage le 25 juillet par la publication du Manifeste de Brunswick où le duc de Brunswick avertit les parisiens que s’ils ne se soumettent pas « immédiatement et sans condition à leur roi », Paris sera promis « à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés […] aux supplices qu’ils méritent ». Le couple royal est dès lors soupçonné d’avoir inspiré l’idée de ce texte. Robespierre demande la déchéance du roi le 29 juillet.
Le 10 août vers 5 heures du matin, les sections des faubourgs, ainsi que les fédérés marseillais et breton, envahissent la Place du Carrousel. La défense du Palais des Tuileries (“Retour conflict passera sur le thuille”) est assurée par 900 gardes suisses, leur commandant le marquis de Mandat ayant été convoqué à l’Hôtel de ville (où vient de se former une Commune de Paris avant d’y être assassiné. Le roi descend dans la cour du palais à 10 heures et se rend compte que l’édifice n’est plus protégé. Il décide donc d’aller trouver refuge avec sa famille à l’Assemblée (“Par cinq cens un trahyr sera tiltré“). C’est alors que les insurgés s’engouffrent dans le palais et massacrent tous ceux qu’ils y croisent : gardes suisses, domestiques, cuisiniers et femmes de chambre. Le château est pillé et les meubles dévastés. L’assaut fera plus d’un millier de morts (dont 600 suisses sur 900) et les survivants seront par la suite jugés et exécutés. La Révolution vient de prendre un nouveau tournant qui aboutira à l’extinction de la monarchie constitutionnelle.
Description de cette image, également commentée ci-après
La prise des Tuileries le 10 août 1792,  tableau de Jean Duplessis-Bertaux, (musée du château de Versailles.
La Commune insurrectionnelle obtient de l’Assemblée la suspension immédiate du roi et la convocation d’une convention représentative. Le soir même, le roi et sa famille sont transportés au Couvent des Feuillants où ils vont rester trois jours dans le plus grand dénuement.

Article Wikipédia Jean-Baptiste Sauce.

Jean-Baptiste Sauce (“Saulce“), né le à Varennes-en-Argonne et mort le à Saint-Mihiel, est une personnalité de la Révolution française.

Épicier-chandelier (“avons d’huile“), il était, quoique peu instruit, estimé de ses compatriotes qui l’avaient nommé procureur-syndic de sa commune : en l’absence du maire, George, député à l’Assemblée nationale, il était le premier magistrat de Varennes. C’est en cette qualité qu’il accueille Louis XVI et sa famille le 21 juin 1791, lors de la fuite de la famille royale et son arrestation (“par conteaux“).

Il perd sa charge quand on apprend que Louis XVI lui a envoyé 20 000 livres en témoignage de reconnaissance pour les égards qu’il a eu envers la famille royale lors de cet épisode.

Sa femme tombe dans un puits et se tue en voulant échapper aux Prussiens en 1792.

Il termine sa vie comme greffier en chef du tribunal de Saint-Mihiel puis comme greffier de la cour de justice criminelle du département de la Meuse.

 

Article Wikipédia Louis Marie de Narbonne-Lara.

Louis-Marie-Jacques-Almaric de Narbonne-Lara, né à Colorno le , mort à Torgau le , est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Au début de la Révolution, il embrassa les idées nouvelles et se lia à des nobles libéraux tels que le duc d’Aiguillon. En 1790, alors qu’il se trouvait en garnison à Besançon, il parvint à maintenir l’ordre malgré des troubles et fut nommé commandant en chef de la garde nationale du Doubs. Il revint toutefois à Paris, où il devient célèbre en étant l’amant de Madame de Staël. En 1791, Narbonne accompagna à Rome les tantes de Louis XVI : Mesdames Adélaïde et Victoire, ses supposées demi-sœurs (“Narbon“).

Nommé le 4 septembre 1791, par le roi, Maréchal de camp, il devint ministre de la guerre le 6 décembre 1791. Ni Louis XVI ni Marie-Antoinette ne l’appréciaient, mais sa nomination devait barrer la route à La Fayette que la famille royale détestait. En vue de la guerre prochaine, Narbonne visita les frontières du royaume pendant son ministère, et fit, à la suite de ce voyage, un brillant rapport à l’Assemblée législative sur les ressources militaires de la France ; il organisa trois armées sous les ordres des généraux Rochambeau, Luckner et La Fayette.

Cependant, il ne cessa d’être attaqué par les brissotins et les députés cordeliers comme Chabot. Au sein du ministère, il fut la cible des royalistes comme Bertrand de Molleville. Celui-ci obtint son renvoi le 9 mars 1792.

Le comte rejoignit alors l’Armée de l’est puis l’état-major de Luckner à Strasbourg. Au cours de l’été 1792, il intrigua auprès du roi pour retrouver son ministère. Il revint pour cela à Paris et assista au Journée du 10 août 1792 aux côtés de Louis XVI.

Décrété d’accusation le 14 août 1792, il émigra à Londres avec l’aide de Madame de Staël. De là il écrivit à la Convention pour lui demander un sauf-conduit afin de venir assumer sa part de responsabilité dans les actes du gouvernement de Louis XVI. Cette dangereuse faveur lui fut refusée. L’Angleterre étant entrée en guerre contre la France, il passa en Suisse puis en Allemagne, à Hambourg.

En 1797, il tenta de faire rayer son nom de la liste des émigrés avec l’aide de ses amis comme Mathieu Dumas, mais le Coup d’État du 18 fructidor an V lui ôta tout espoir. Le sénat de Hambourg ordonna même son expulsion.