IX-20 : fuite de Varennes (1791).

De nuict viendra par la forest de Reines,

Deux pars vaultorte Herne la pierre blanche.

Le moyne noir en gris dedans Varennes,

Esleu cap. cause tempeste, feu, sang, tranche.

 

Le retour du Roi passant à la Barrière des Ternes le 25 juin 1791 (Duplessi-Bertaux d’après un dessin de J-L Prieur).

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Deux époux (« deux parts »), le Roi, délaissé et vêtu de gris (« le noir moyne en gris »), et la Reine (« herne »), cette pierre précieuse vêtue de blanc (« la pierre blanche »), sortiront de nuit par la porte (« fores ») de la Reine, prendront un chemin détourné (« vaultort ») et entreront dans Varennes. L’élection de Capet (« capet esleu »). Causera la tempête, le feu, le sang, le couperet tranchant (« tranche »).

Deux royaux époux (« deux parts »), Louis XVI, abandonné des siens, vêtu de gris, et Marie-Antoinette, cette souche précieuse de la lignée de Hugues Capet, vêtue de blanc, entreront dans Varennes, pendant la nuit du 21 au 22 juin 1791, après avoir quitté furtivement les Tuileries, la nuit précédente, par une porte dérobée (« fores ») de l’appartement de la Reine, et après avoir changé de route (« vaultorte »), au sortir de Sainte-Menehould, afin de fait perdre leur trace. La transformation de ce Capétien, de ce roi absolu, en roi constitutionnel des Français (« Capet esleu »), causera une révolution horrible, le feu de la guerre civile et étrangère, une grande effusion de sang, la tête tranchée par le couperet de la guillotine (« tranche ») !

Pars, Vieux mot : part, conjoint, époux.

Roman vaultorte, mot composé de vaulx, vallée, et de torte, tortueuse, c’est-à-dire : route de traverse ou chemin détourné.

Herne est l’anagramme de Reine, par métaplasme, en changeant l’h en i.

Noir est l’anagramme de roi (par aphérèse, en retranchant l’n).

Apocope, Cap. Pour Capet.

Roman, tranche, sorte de serpe, couperet.

 

Louis XVI, dans sa fuite à Varennes, portait un habit gris. On lit dans prudhomme (révolution de Paris, VIIIe trimestre, n°102, p. 544) : « le roi était coiffé d’un chapeau rond qui lui cachait presque tout le visage. Son habit était gris de fer ».

Capet esleu, c’est-à-dire : la transformation de l’antique royauté absolue des Capétiens en une monarchie élective ou constitutionnelle. Un décret de l’Assemblée nationale, du 21 juin 1791, avait suspendue Louis XVI de ses fonctions. Un autre décret, du 1er septembre contenait la disposition suivante : « article III. Si le roi se rend au vœu des Français, en adoptant l’acte constitutionnel, il sera prié d’indiquer le jour, et de régler les formes dans lesquelles il prononcera solennellement, en présence de l’Assemblée nationale, l’acceptation de la royauté constitutionnelle, et l’engagement d’en remplir les fonctions ». L’acte constitutionnel, présenté à Louis XVI le 3 septembre 1791, fut solennellement accepté et signé par lui le 14 du même mois ; et l’antique monarchie française devint ainsi constitutionnelle (« capet fut esleu »), d’absolue qu’elle avait été jusque-là.

« Blanchie par le malheur », qui l’accabla en lui tombant comme une pierre sur la tête. On lit dans les Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, par Madame Campan (Paris, 1826, t. II, p. 150) : « La première fois que je revis Sa majesté, après la funeste catastrophe du voyage de Varennes, je la trouvai sortant de son lit ; ses traits n’étaient pas extrêmement altérés ; mais, après les premiers mots de bonté qu’elle m’adressa, elle ôta son bonnet, et me dit de voir l’effet que la douleur avait produit sur ses cheveux. En une seule nuit, ils étaient devenus blancs comme ceux d’une femme de soixante-dix ans… Sa majesté me fit voir une bague qu’elle venait de faire monter pour la princesse de Lamballe : c’était une gerbe de ses cheveux blancs avec cette inscription : « blanchis par le malheur ! ».

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

De nuit, par la porte que la reine aura fait garder, sortiront deux époux en fuite : la reine souche et pierre fondamentale du parti blanc, et le monarque, roi légitime, vêtu de gris. Ils seront arrêtés dedans Varennes. Le Capétien, élu roi constitutionnel, causera une tempête terrible par sa fuite ; le feu de la sédition plus vif que jamais lui fera trancher la tête (FOREST : du latin fores, porte ; HERNE, du grec Ernos, souche ; NOIR, anagramme de Roi).

Article Wikipédia fuite de Louis XVI.

La fuite manquée des 20 et 21 juin 1791 — plus connue sous le nom de Fuite de Varennes — est un épisode important de la Révolution française, au cours duquel le roi de France Louis XVI, sa femme Marie-Antoinette, et leur famille immédiate tentèrent de rejoindre le bastion royaliste de Montmédy, à partir duquel le roi espérait lancer une contre-révolution. En accréditant la thèse de la trahison du roi, cet événement déterminant dans le cours de la Révolution française a largement contribué à rendre crédible l’idée d’instaurer une république en France.

Le départ de la famille royale de Paris est un projet récurrent depuis le 5 octobre 1789, date à laquelle il a été pour la première fois abordé en conseil, mais cette fois, la situation décide le roi Louis XVI à autoriser son entourage et celui de Marie-Antoinette d’Autriche, avec au premier rang Axel de Fersen, à lui soumettre un plan d’évasion minutieusement organisé du palais des Tuileries. Le roi n’est plus tout à fait libre de ses mouvements et se trouve même de fait avec sa famille quasi prisonnier de Paris, placé qu’il est avec les siens sous la surveillance étroite de La Fayette et de la garde nationale. C’est en effet La Fayette, en tant que général commandant de la garde nationale, qui est chargé de la protection de l’exécutif mais également de sa surveillance assidue. D’ailleurs, premier responsable mis au courant de ce départ, il prend immédiatement et seul l’ordre d’envoyer des hommes dans toutes les destinations envisageables, qui conduira ainsi à la reprise du roi. La Fayette élabore et défend une communication publique d’un prétendu enlèvement du roi en refusant de diffuser la « déclaration à tous les Français », rédigée par Louis XVI afin d’expliquer ce départ de Paris (cf le testament politique de Louis XVI, infra). La Fayette sera immédiatement suivi, dans son acte de censure, par l’Assemblée qui censurera à son tour la diffusion de ce texte du roi, adressé à l’ensemble de la Nation. Louis XVI voulait en effet s’adresser directement au peuple par cette « déclaration à tous les Français », afin de les faire juges de la situation politique où en était arrivé le pays.

L’objectif consiste à rallier discrètement la place forte de Montmédy (“vaultorte), pour y rejoindre le marquis de Bouillé, général en chef des troupes de la Meuse, Sarre et Moselle, coorganisateur du plan d’évasion. Une série de mauvaises applications de ce plan transformera cette tentative de reprise en main de la Révolution par le roi en échec, qui sera particulièrement bien exploité par les partisans de l’instauration d’une république.

Le principe consistait à se faire passer pour l’équipage de la baronne de Korff, veuve d’un colonel russe qui se rend à Francfort avec deux enfants, une femme, un valet de chambre et trois domestiques (“Deux pars). Une berline fut spécifiquement commandée (infra).

Le trajet, choisi par Louis XVI pour se rendre à Montmédy, empruntait la route de Châlons-sur-Marne. À Pont-de-Somme-Vesle un premier détachement de 40 hussards de Lauzun, aux ordres du duc de Choiseul suivrait l’équipée jusqu’à Sainte-Menehould où un détachement du régiment Royal Dragons escorterait directement la berline : à Clermont-en-Argonne, un escadron du régiment des Dragons de Monsieur aux ordres du comte Damas rejoindrait la berline. À la sortie de Varennes, un escadron de hussards de Lauzun bloquerait durant vingt-heures les éventuels poursuivants : le poste de Dun-sur-Meuse serait gardé par un escadron des hussards de Lauzun et le régiment de Royal Allemand cantonnerait à Stenay. Le roi pourrait gagner ainsi la place forte de Montmédy où l’attendrait le marquis de Bouillé.

En réalité, rien ne va se passer ainsi. Selon de nombreux passionnés de cet événement, comme Napoléon Bonaparte (dont un courrier sur le sujet a été exhumé des archives par l’historien André Castelot), le grand responsable de cet échec est le duc de Choiseul. Ce dernier n’a pas, d’une part, respecté les directives de Bouillé, mais il s’est même permis de désorganiser le plan initial. Ainsi, il a autorisé des officiers (qui attendaient un « trésor » à escorter) à quitter leur poste, en raison du retard du cortège royal. Pour ce faire, il a confié ces instructions au coiffeur de la reine, Léonard, qui les appliqua avec trop de zèle. Sans cela, toujours selon le mot de Napoléon, la face du monde aurait été changée.

À la suite de cette désorganisation et des nombreux retards, les hommes de La Fayette, à la poursuite du convoi, n’auraient pas rencontré Jean-Baptiste Drouet, maître de poste de Sainte-Menehould. Ce dernier s’est souvenu avoir vu, une heure avant, une berline correspondant à la description. Il s’est souvenu qu’elle se dirigeait vers Varennes. Aussitôt, il prit l’initiative de s’y rendre afin d’arrêter le convoi, avec l’aide des autorités locales qu’il avait convaincues de faire contrôler scrupuleusement les passeports. Bloqué une partie de la nuit, le roi refusa que la force fût employée (des hussards et une partie de la population étaient prêts à couvrir son départ). Louis XVI attendait, en vain, le renfort de Bouillé, qui aurait dû arriver. Pendant ce temps, les habitants de Varennes et de nombreuses personnes, venues des environs, alertés par le tocsin, se sont massés à Varennes pour voir le roi.

Grâce à cette situation tendue, l’aide de camp de La Fayette, Romeuf (autre homme clef de cette arrestation) eut le temps d’arriver, muni d’un décret de l’Assemblée ordonnant l’arrestation de la famille royale. Possédant la légitimité de la garde nationale et de l’Assemblée, il prit l’ascendant. Seulement, voyant qu’il jouait la montre avec Louis XVI, au lieu d’organiser sans tarder le retour du roi à Paris, son adjoint « patriote », quelques autorités locales ont alors forcé la volonté de Louis XVI. À ce moment, environ 10 000 personnes s’étaient agglutinées à Varennes. Certains scandèrent « À Paris ! À Paris ! » « Vive la nation ! », ce qui exacerba les tensions. Romeuf sera arrêté le 23 juin suivant pour qu’il s’explique sur son rôle. Il sera relâché et deviendra général et baron d’Empire. Son nom est gravé sur l’Arc de triomphe de l’Étoile.

Fersen, au nom de Mme de Korff, sollicita du ministre Montmorin un laissez-passer qu’il signa en ne soupçonnant rien. La signature du roi fut moins difficile à obtenir. Voici les identités d’emprunt des membres de l’équipée :

  • Louis XVI  : M. Durand (intendant de la baronne de Korff).
  • Marie-Antoinette d’Autriche : Mme Rochet (gouvernante des enfants de Mme de Korff).
  • Marie-Thérèse de France : une des filles de Mme de Korff.
  • Le Dauphin : autre fille de Mme de Korff (il est vêtu en fille).
  • La marquise Louise-Elisabeth de Croÿ de Tourzel, gouvernante des enfants de France : la baronne de Korff.
  • Madame Elisabeth (sœur de Louis XVI) : Rosalie, dame de compagnie de la baronne.
  • Les trois domestiques étaient messieurs de Moustier, de Valory et de Malden, gentilshommes (anciens gardes du corps licenciés en 1789). Le roi leur avait demandé de se couvrir de « livrée de courrier » (afin de devancer les changements de chevaux dans les relais). Or le choix de leur couleur, jaune, ne fut pas des plus judicieux, puisqu’elle était celle de la maison du prince de Condé parti à l’étranger au début de la Révolution et ne pouvait qu’éveiller les soupçons dans l’Argonne où elle était fort connue.

Le 22 décembre 1790, une voiture susceptible de tenir six personnes, robuste et confortable est commandée au carrossier Jean Louis, implanté quai des Quatre-Nations (quai Malaquais, aujourd’hui hôtel Parabère). La caisse et les moulures de cette berline seront peintes en vert et le train et les roues en jaune citron. Elle comportera un attelage de six chevaux. Cette demande de « fourniture » émane de la baronne Anna de Korff et c’est Fersen qui joue les intermédiaires. Durant tout l’hiver, il le fera presser son travail. La berline est terminée le 12 mars 1791, mais personne ne vient la chercher avant le 2 juin.

Il convient à cet égard d’écarter cette idée encore très présente dans l’imagerie populaire : la berline de la famille royale n’était en aucun cas un « abrégé du château de Versailles », mais un véhicule de voyage tout à fait conforme à l’usage pour effectuer un long trajet (cette berline servit d’ailleurs de diligence, assurant le Paris-Dijon, jusqu’en 1795, date à laquelle elle fut détruite dans un incendie). L’historienne spécialiste de Louis XVI, Pierrette Girault de Coursac ose la comparaison suivante : « on peut la qualifier de belle Mercédès mais certainement pas de Rolls-Royce ». Trois « gardes du corps » accompagnent la famille royale : Malden, Vallory et Moutier. Ils seront cochers ou chevaucheront devant ou à côté de la berline pour préparer les relais. Michelet voit ici une des raisons de l’échec de la fuite : la reine avait choisi elle-même ses gardes du corps, privilégiant le dévouement à la compétence. Il en va de même pour le choix de Fersen et Choiseul (22 ans à peine) comme organisateurs du plan de fuite. Bien que très loyaux, il n’en sont pas moins incompétents et très inexpérimentés pour une mission de cette nature.

C’est à Fersen que revenait l’organisation de la sortie des Tuileries. L’historien André Castelot souligne la difficulté de quitter secrètement un palais (qu’il qualifie de caravansérail) où dormaient, sur des couches à même le sol, le nombreux personnel. Les hommes de La Fayette, qui s’était engagé sur sa tête à ce que le roi ne tente pas de s’échapper, étaient vigilants.

Pour quitter les Tuileries afin de rejoindre une « citadine » (petite voiture) garée rue des Échelles, il faut donc, après avoir procédé à la cérémonie du coucher (réduite mais toujours en vigueur en 1791), connaître les mouvements des sentinelles. Vite déguisés, le roi, la reine, la gouvernante accompagnée du dauphin et de madame royale, la marquise et madame Élisabeth quittent le palais en direction de la citadine dont le cocher est le marquis de Briges. Ce dernier et Fersen les emmènent ensuite, via la rue du Faubourg-Saint-Martin, à la barrière de la Villette. Il est 1h20. Celle-ci est passée sans problème, étant donné que les responsables de la barrière fêtent le mariage de l’un d’eux. Une fois sorti de la capitale, tout le monde descend pour s’installer dans la berline qui les attend avec les trois valets en livrée … du prince de Condé ! Fersen peut alors faire ses adieux.

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22 heures 30.

Deux femmes de chambre de Marie-Antoinette, madame Brunier et madame Neuville, les premières dames de Madame et du Dauphin, quittent les Tuileries pour Claye-Souilly où elles doivent rejoindre la berline royale.

Dans le même temps, dans l’Argonne (et dans la Marne), 180 dragons sous le commandement du colonel de Damas, cantonnent à Clermont-en-Argonne et au village voisin d’Auzéville-en-Argonne. 40 hussards de Lauzun, commandés par le sous-lieutenant Boudet cantonnent à Sainte-Ménéhould. Ils doivent rejoindre le lendemain Pont-de-Somme-Vesle, premier relais après Châlons-en-Champagne.

22 heures 50

 

Axel de Fersen emmène des Tuileries le dauphin (futur Louis XVII de France), sa sœur, Marie-Thérèse de France et leur gouvernante, Louise-Élisabeth de Croÿ de Tourzel. Il fait un tour du Louvre par les quais et revient se positionner rue de l’Échelle à côté du Louvre en attendant le roi, la reine et Élisabeth.

23 heures 30

Louis XVI et Marie-Antoinette (“Deux pars) font semblant de se coucher selon le cérémonial habituel. La Fayette et Romeuf sont venus faire la visite de courtoisie habituelle retardant ainsi la fin de la cérémonie du coucher.

Fuite de la famille royale : 21 juin 1791

Minuit dix

 

Louis XVI, déguisé en valet de chambre (“Le moyne noir en gris), monte dans une « citadine » (voiture de ville) stationnée près des Tuileries, rue de l’Échelle (“De nuict“). Il y trouve sa sœur, Élisabeth de France, et Marie-Antoinette (“de Reines“) qui le rejoint à 0 heure 35. Marie-Antoinette s’était perdue dans les méandres des rues entourant le Louvre. Selon Michelet, Choiseul avait réservé la dernière place pour un de ses hommes de main. Louise-Élisabeth de Croÿ de Tourzel, fait valoir qu’en sa qualité de gouvernante elle a fait serment de ne pas quitter les enfants et qu’il doit lui céder sa place. Louis XVI intercédera à sa demande et le soldat sera forcé de descendre de la voiture. Pour Michelet, qui voit là l’une des raisons de l’échec de la fuite, l’expédition perd un homme compétent et connaissant le pays, au profit d’une femme inutile.

1 heure 50

 

La famille royale atteint la berline avec une heure et demie de retard sur l’horaire prévu.

 

2 heures 30

 

Premier relais à Bondy : Axel de Fersen qui avait accompagné la famille royale la quitte.

 

4 heures

 

Un cabriolet avec les deux femmes de chambre rejoint la berline royale à Claye-Souilly.

 

7 heures

Sur les autres projets Wikimedia : Testament politique de Louis XVI : Déclaration de Louis XVI à tous les Français, à sa sortie de Paris, sur Wikisource.

Le valet de chambre s’aperçoit que Louis XVI n’est pas dans la chambre aux Tuileries et à la place du roi il trouve, laissé par ses soins, le texte : « Déclaration de Louis XVI à tous les Français à sa sortie de Paris », document manuscrit de 16 pages rédigé de la main du roi dans les jours précédents son départ, considéré comme « le testament politique de Louis XVI ». Ce texte sera censuré sur le moment par La Fayette, puis par l’Assemblée qui ne le diffuseront pas. Il ne fut jamais connu des Français ni diffusé dans son intégralité à l’époque révolutionnaire. D’une part, Louis XVI y stigmatise les Jacobins et leur emprise croissante sur la société française. D’autre part, il y explique sa volonté : une monarchie constitutionnelle avec un exécutif puissant et autonome vis-à-vis de l’Assemblée. Ce document historique majeur, traditionnellement appelé « le testament politique de Louis XVI » a été redécouvert en mai 2009. Il est au Musée des lettres et manuscrits à Paris. Le roi commente son sentiment sur la Révolution, en critique certaines conséquences sans pour autant rejeter les réformes importantes comme l’abolition des ordres et l’égalité civile.

Le comte de Provence (futur Louis XVIII de France) quitte quant à lui Paris au petit matin avec son ami d’Avaray et arrive sans la moindre difficulté par Maubeuge et Avesnes-sur-Helpe, à Mons, en Belgique. De là il gagne Marche-les-Dames où il apprendra plus tard l’arrestation de son frère Louis XVI.

8 heures

 

La nouvelle du départ de Louis XVI se répand dans Paris. L’Assemblée constituante, après avoir hésité entre la fuite ou l’enlèvement, déclare qu’il a été « enlevé ».

10 heures

60 hussards du régiment de Lauzun aux ordres du sous-lieutenant Röhrig cantonnent au Couvent des Cordeliers à Varennes-en-Argonne : ils y sont présents depuis le 8 juin, avec un détachement principal le 19 juin. Un détachement de 100 hussards aux ordres du chef d’escadron Deslon tient le poste de Dun-sur-Meuse à 24 km de Varennes : un détachement de 40 hussards est confié au sous-lieutenant Boudet, sous les ordres du duc de Choiseul pour accueillir la famille royale à Pont-de-Somme-Vesle, à la sortie de Châlons-en-Champagne. La Berline arrive à Viels-Maisons, l’aubergiste François Picard reconnait le roi. Les Postillons et palefreniers sont mis au courant.

11 heures

Les voitures royales s’arrêtent à Montmirail. Elles ont trois heures de retard sur l’horaire prévu. À Paris, La Fayette envoie des courriers dans toutes les directions pour arrêter la famille royale. À Sainte-Menehould et Clermont-en-Argonne, la population s’inquiète de l’arrivée des cavaliers; la garde nationale prend les armes.

14 heures 30

Passage à Chaintrix, où le roi est reconnu par le maitre de Poste. À la sortie de Chaintrix, les chevaux s’affalent deux fois. Vers 16h00, arrive à Chaintrix, de Briges, un hussard qui veut rejoindre le roi dès qu’il a appris son départ. Vers 17h00 arrive Bayon, courrier envoyé par La Fayette qui interroge et retient de Briges, il repartira à 19h45 mais aura pris le soin d’envoyer un courrier (le fils de la Poste de Lagny) celui-ci relaiera jusqu’à Châlons venant ainsi conforter le passage du roi et le message de La Fayette. Le Courrier de l’Assemblée Nationale Romeuf, porteur de l’ordre d’arrestation du roi, passe à 17h00.

16 heures

La berline royale arrive à Châlons-en-Champagne par l’avenue de Paris, ils traversent la Marne et prennent la rue de Marne. Avec quatre heures de retard, ils relaient chez le maître de poste Viet au 94 rue Saint-Jacques (actuellement rue Léon Bourgeois). Puis reprennent la direction de Sainte-Menehould. Les hussards du régiment de Lauzun détachés à Pont-de-Somme-Vesle, las d’attendre le passage des voitures royales et menacés par les paysans, reçoivent l’ordre de leur jeune chef, le duc de Choiseul, de se replier à travers champs et de gagner Varennes en Argonne en évitant les routes.

19 heures 55

Le cabriolet, suivi de la berline royale, s’arrête devant le relais de Sainte-Menehould.

Le maître de poste, Jean-Baptiste Drouet, qui a séjourné à Versailles, reconnaît le roi mais ne réagit pas.

Dans son témoignage devant l’Assemblée constituante, le 24 juin 1791, il affirme :

« Je crus reconnoître la reine ; et apercevant un homme dans le fond de la voiture à gauche, je fus frappé de la ressemblance de sa physionomie avec l’effigie d’un assignat de 50 livres. »

Il ne se lance à la poursuite de la berline royale que lorsque la municipalité le mandate après délibération.

 

20 heures 10

 

Les deux voitures quittent le relais en direction de Clermont-en-Argonne (“viendra par la forest“) où les attend un détachement de dragons commandé par le colonel Damas. Ceux-ci, pactisant avec la population, refusent les ordres et laisseront passer la berline. En fait Damas ayant parlé avec le roi, celui-ci souhaite rester incognito et relayer sans autre formalité, Damas se propose de le suivre à distance. Damas ne pourra prendre la route qu’avec quelques soldats.

21 heures

Constatant « qu’après avoir demandé des chevaux pour Verdun, ces voitures prenoient la route de Varennes », Jean-Baptiste Drouet et son ami Jean-Chrisosthome Guillaume montent à cheval. Ils se dirigent par la forêt d’Argonne (“viendra par la forest“) vers le village des Islettes pour rejoindre Varennes-en-Argonne, où ils pensent que se dirigent les voitures royales. À Sainte-Menehould, les dragons sont désarmés sans résistance par la population.

22 heures 50

La berline royale s’arrête à l’entrée de Varennes (“Herne la pierre blanche. Le moyne noir en gris dedans Varennes) pendant qu’un postillon cherche le relais.

Les voyageurs sont étonnés de ne trouver aucun des cavaliers qui devaient les escorter.

Ils frappent à la maison de Monsieur de Préfontaines qui dit tout ignorer d’un relais.

En effet, ne voyant rien venir, le relais a été déplacé dans la ville basse, de l’autre côté du pont enjambant la rivière l’Aire.

22 heures 55

Jean-Baptiste Drouet et Jean-Chrisosthome Guillaume arrivent à Varennes, passent devant la berline arrêtée et avertissent le procureur-syndic, l’épicier Jean-Baptiste Sauce, que les voitures de la famille royale en fuite sont arrêtées en haut de la ville. Ils décident de barricader le pont de l’Aire, par lequel doit passer la berline royale. La garde nationale de Varennes se mobilise et son commandant, le futur général Radet, fait mettre deux canons en batterie près du pont.

23 heures 10

Les deux voitures de la famille royale sont immobilisées bien avant la barricade, avant la voûte de l’église Saint-Gégoult qui enjambe la rue.

Jean-Baptiste Sauce, sous la pression des patriotes qui se trouvaient à l’estaminet du « Bras d’or », oblige les voyageurs à descendre et les fait entrer dans sa maison qui est à quelques pas.

Le tocsin sonne, la garde nationale est mise en alerte. Bayon et Romeuf, qui depuis Paris portent l’ordre d’arrêter la famille royale, arrivent peu de temps après, ainsi que les hussards errants de Choiseul et Goguelat.

Minuit et demi – 22 juin 1791

Le juge Destez qui a vécu assez longtemps à Versailles, et que Jean-Baptiste Sauce est allé chercher, reconnaît formellement le roi. Les hussards de Lauzun, cantonnés au Couvent des Cordeliers, n’ayant pas été rassemblés par leurs officiers (dont le lieutenant Bouillé, fils du marquis de Bouillé), pactisent avec la foule. Le chirurgien Mangin monte à cheval pour porter la nouvelle à Paris.

Le détachement des hussards de Lauzun aux ordres du duc de Choiseul de retour de Pont-de-Somme-Vesle, rentre à Varennes et se place en garde devant la Maison Sauce : à la demande du duc de Choiseul, le sous-lieutenant Röhrig part pour Stenay, prévenir le marquis de Bouillé (le chevalier de Bouillé, incapable d’initiative était déjà parti rejoindre son père à Stenay).

Le tocsin sonne et de plus en plus de paysans et de gardes nationaux arrivent à Varennes.

5 heures 30

Le chef d’escadron Deslon, responsable du poste de Dun-sur-Meuse, ayant vu passer le chevalier de Bouillé vers 3 heures du matin, puis le sous-lieutenant Röhrig, comprend ce qu’il se passe à Varennes, fait monter son escadron de hussards, et arrive à Varennes vers 5h30. S’il ne peut entrer dans le village mis en alerte avec sa troupe, il rencontre néanmoins le roi et sa famille et propose une sortie en force sous la protection des hussards de Lauzun, encore fidèles. Le roi refuse et souhaite attendre l’arrivée des troupes du marquis de Bouillé.

7 heures 45

Les patriotes de Varennes, avec les envoyés de l’Assemblée législative, Bayon et Romeuf, officiers de la Garde Nationale de Paris, arrivés vers 7 heures, décident de renvoyer la famille royale à Paris. Alertée par le tocsin qui sonne partout une foule énorme vient border la route suivie par le cortège des « prisonniers », encadré par la Garde Nationale varennoise et les dragons ralliés aux patriotes : il est 8h, la berline royale reprend la route de Paris.

Le duc de Choiseul et le comte de Damas sont arrêtés par la foule. Le chef d’escadron Deslon essaye en vain de combiner une opération de la dernière chance avec les hussards présents à Varennes et son détachement bloqué devant le village, mais sans carte, il ne trouve pas un gué pour passer la rivière l’Aire avec son escadron. Le régiment Royal Allemand n’arrive à Varennes qu’à 9 heures. Il ne restait plus que l’émigration pour les officiers compromis dans cette aventure.

22 juin 1791 – 22 heures

À Paris, l’Assemblée constituante prévenue par Mangin de l’arrestation de la famille royale nomme trois commissaires, Antoine Barnave, Jérôme Pétion de Villeneuve et Charles César de Fay de La Tour-Maubourg, pour ramener la famille royale à Paris. Pétion et Barnave monteront dans la voiture de la famille royale. Aux abords de Paris, selon Michelet, Pétion (très populaire alors) se placera entre le Roi et la Reine afin de décourager un éventuel tir de mousquet dans leur direction.

23 heures

La famille arrive à Châlons-en-Champagne, par la porte Sainte-Croix, qui avait été dédiée à la Dauphine lors de son arrivée en France le 11 mai 1770, où elle passe la nuit à l’Hôtel de l’Intendance.

23 juin 1791 – 12 heures

Le cortège royal quitte Châlons-en-Champagne, après avoir reçu une délégation du directoire de la ville conduit par Louis Joseph Charlier à 10 heures et assisté à la messe qui sera interrompue.

16 heures

Le cortège arrive à Épernay, où la famille royale dîne.

17 heures 30

Les trois députés de l’Assemblée constituante, accompagnés du colonel Mathieu Dumas rejoignent la famille royale à Boursault, entre Épernay et Dormans. Ils couchent à Dormans. À Paris, le club des Cordeliers demande l’établissement de la République.

24 juin 1791 – 6 heures

Le cortège part pour Paris et s’arrête pour la nuit à Meaux. À Paris, une pétition, signée de 30 000 noms, réclame la République.

25 juin 1791 – 7 heures

La famille royale quitte Meaux. À Paris, dès l’aube, une foule immense prend la direction de Meaux. La ville est inondée de pamphlets violents, injurieux pour le roi et la reine (“Esleu cap. cause tempeste, feu, sang, tranche“).

14 heures

Les premiers Parisiens rencontrent la famille à Villeparisis. L’Assemblée nationale décrète la suspension de Louis XVI.

18 heures

Le cortège royal arrive sur les « nouveaux boulevards » (actuels boulevards de La Chapelle, Rochechouart, Clichy, etc.). Pour éviter de trop violentes manifestations, la municipalité a décidé que les fugitifs feraient le tour de Paris et rentreraient aux Tuileries par les Champs-Élysées et la place de la Concorde. La Garde nationale forme la haie, mais la crosse en l’air, comme pour un enterrement. Le silence a été ordonné : « Quiconque applaudira le roi sera bâtonné, quiconque l’insultera sera pendu ». Il est 22 heures.

19 heures

Au passage de la berline royale et de sa double haie de gardes nationaux précédés par La Fayette, on se montrait sur les sièges les trois gardes du corps du Roi (Malden, Moustier et Valory) qui arrivaient les mains liées derrière le dos. La foule était immense, mais silencieuse, ou presque : on entendait quelques cris de « Vive Drouet ! Vive la Nation ! Vive la brave garde nationale ! » En effet, La Fayette avait interdit toute manifestation de soutien ou de haine.

22 heures

Lorsque la voiture royale arriva aux Tuileries, la fureur de la foule éclata. Il s’en fallut de peu que Marie-Antoinette ne fut écharpée. Le duc d’Aiguillon et Louis-Marie de Noailles la sauvèrent de justesse.

Le retour aux Tuileries allait, dans les faits, sceller le destin tragique de la famille royale (“Esleu cap. cause tempeste, feu, sang, tranche“). Le ralliement de Louis XVI à la Constitution, et son serment de fidélité le 14 septembre, auront peu de poids face à de supposées trahisons, dont la tentative de fuite constituait un symbole éclatant.