IX-17 : La terreur (1792-1794).

Le tiers premier pis que ne fit Neron,

Vuidez vaillant que sang humain respandre :

Rédifier fera le forneron,

Siecle d’or mort, nouveau Roy grand esclandre.

 

C’est dans la salle du Manège des Tuileries que se réunit la Convention nationale jusqu’au 9 mai 1793.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Le troisième ordre (« le Tiers »), devenu le premier de l’Etat, fera pis que ne fit Néron. Voyez combien il versera de sang généreux (« sang vaillant ») ! Il fera réédifier les anciens fours à tuiles. Fin (« mort ») du siècle d’or ! nouvelle dynastie ! grand scandale !

 

La Convention nationale (« le Tiers premier ») sera plus cruelle que ne fut Néron : voyez combien de sang généreux elle fera répandre ! Elle dressera l’échafaud qui dévorera le Clergé et la Noblesse sur la place dite de la Révolution, en face le palais des Tuileries, là où furent jadis des fours à tuiles (« le forneront »). Siècle de fer ! Nouvelle dynastie ! Grand scandale !

Vuidez du latin videte, voyez.

Forneron du latin fornax, fournaise.

Métonymie : le tiers état fera réédifier le four ; c’est-à-dire que, sur l’emplacement où furent jadis des fours destinés à cuire la tuile, le tiers état fera dresser l’échafaud destiné à dévorer le clergé et la noblesse française.

Le siècle d’or étant fini (« mort »), le siècle de fer commence avec la nouvelle ère républicaine (le 22 septembre 1792).

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Le Tiers-Etat, devenu le premier des trois ordres, fera pis que Néron. Emigrez nobles qui portez l’épée, on en veut à vos jours ! La fournaise où Dieu laisse éprouver ses saints (« Tanquam aurum in fornace probavit electos Dominus), sera élevée au lieu où existèrent des fours à tuiles. Le temps de la prospérité de la paix est passé, Dieu envoie un de ses fléaux, l’exterminateur des peuples !

Article Wikipédia Convention nationale.

La Convention est le nom donné à l’Assemblée constituante qui gouverna la France du au lors de la Révolution française.

Elle succéda à l’Assemblée législative et fonda la Première République. Elle fut élue, pour la première fois en France, au suffrage universel masculin afin de donner une nouvelle constitution à la France, rendue nécessaire par la déchéance de Louis XVI lors de la journée du 10 août 1792 (“Siecle d’or mort“).

Dès sa première séance, la Convention, qui exerçait le pouvoir législatif, abolit la royauté (“nouveau Roy grand esclandre“) après les interventions de Collot d’Herbois et de l’abbé Grégoire qui déclara : « Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique. Les cours sont l’atelier du crime, le foyer de la corruption et la tanière des tyrans. L’histoire des rois est le martyrologe des nations ».

Le lendemain matin, l’an I du calendrier républicain est proclamé. La Constitution de l’an I, constitution démocratique (quoique votée uniquement au suffrage universel masculin) et décentralisatrice, élaborée par la Convention montagnarde qui la promulgua solennellement le 10 août 1793 après référendum, ne fut jamais appliquée en raison de l’état de guerre intérieure et extérieure. Le 10 octobre 1793, la Convention montagnarde consacrait l’établissement d’un régime de Terreur, déclarant : « Le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu’à la paix. »

Article Wikipédia Terreur (Révolution française).

La Terreur est une période de la Révolution française caractérisée par le règne de l’arbitraire et des exécutions de masse (“Le tiers premier pis que ne fit Neron“). Son instauration ayant été progressive, la date de son commencement varie selon les historiens, de la naissance du tribunal révolutionnaire en mars 1793, aux massacres de Septembre de 1792, voire aux premières têtes tranchées de juillet 1789. Elle voit le point culminant des massacres suivant la prise de pouvoir des députés montagnards en 1793, et s’achève le 28 juillet 1794 (le 10 thermidor de l’an II), avec la chute de Robespierre qui meurt guillotiné. À la suite de la chute de la monarchie, le et de l’arrestation des députés girondins lors des journées d’émeute des 31 mai et 2 juin 1793, les montagnards prennent le pouvoir.

La République française, alors engagée dans une guerre révolutionnaire contre une coalition européenne et une guerre civile contre les royalistes et les fédéralistes, est gouvernée par un pouvoir d’exception reposant sur la force, l’illégalité et la répression à l’encontre des opposants politiques qualifiés de « contre-révolutionnaires ». La répression touche les royalistes, les girondins, les modérés, avant que les montagnards ne se déchirent entre eux et que ne soient à leur tour frappés les Hébertistes, partisans d’une radicalisation de la Terreur et de la déchristianisation, puis les dantonistes et indulgents. À la suite de la victoire des armées républicaines, les députés de la Plaine, les anciens dantonistes et même les hébertistes ainsi qu’une partie des Jacobins s’unissent contre Robespierre et ses alliés qui sont exécutés le , mettant ainsi fin de fait à la Terreur.

Pendant cette période, environ 500 000 personnes sont emprisonnées et approximativement 100 000 sont exécutées ou victimes de massacres (“Vuidez vaillant que sang humain respandre“) ; dont environ 17 000 guillotinés, 20 000 à 30 000 fusillés, et des dizaines de milliers de prisonniers et de civils vendéens, hommes, femmes, et enfants, victimes notamment des massacres du Mans, de Savenay, des colonnes infernales, et des noyades de Nantes.

 

Article Wikipédia Palais des Tuileries.

 

Le palais des Tuileries est un palais parisien aujourd’hui détruit dont la construction commença en 1564 sous l’impulsion de Catherine de Médicis, à l’emplacement occupé auparavant par l’une des trois fabriques de tuiles établies en 1372 à côté des Quinze-Vingts et devant le Louvre. Agrandi sous les règnes successifs, il disposait d’une immense façade (266 mètres de long) et devint résidence royale de nombreux souverains (Henri IV, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI ou encore Louis XVIII), et impériale (Napoléon Ier puis Napoléon III) jusqu’à sa destruction lors d’un incendie volontaire le 23 mai 1871 par les communards Jules-Henri-Marius Bergeret, Victor Bénot et Étienne Boudin. Les ruines du Palais des Tuileries furent abattues en 1883.

Au XIIIe siècle, l’emplacement du palais était occupé par des terrains vagues et des fabriques de tuiles (“Rédifier fera le forneron“). Au XIVe siècle, le prévôt de Paris Pierre des Essarts y possédait un logis, dit hôtel des Tuileries, et quarante arpents de terre labourable. Le site se situait en dehors de l’enceinte de Charles V, construite de 1356 à 1383 et dont elle était séparée par un fossé alimenté par la Seine.

En 1500, Dupont Neufville de Villeroy, secrétaire aux Finances, y fit bâtir un hôtel. Louise de Savoie, mère de François Ier, incommodée dans l’hôtel des Tournelles, place des Vosges, par les eaux stagnantes, vint y habiter. En 1518, le roi acheta l’hôtel pour sa mère, qui en fit don au maître d’hôtel du Dauphin, Jean Liercoun, en 1527.

Henri II mourut dans l’hôtel des Tournelles en 1559. Catherine de Médicis, sa veuve, quitta alors cette propriété dont l’ordre de démolition fut donné en 1563 par Charles IX. La reine acheta alors la maison des Tuileries, plusieurs propriétés voisines, ainsi qu’un grand terrain appartenant à l’hôpital des Quinze-Vingts. Elle les fit raser et demanda aux architectes Philibert Delorme, puis à la mort en 1570 de celui-ci, à Jean Bullant, d’y édifier un palais qui devait s’élever à l’ouest du Louvre. Le projet d’origine était ambitieux : deux grands bâtiments parallèles et perpendiculaires à la Seine, réunis par quatre ailes plus courtes, compartimentant ainsi trois cours intérieures. Mais seul le bâtiment occidental fut finalement construit. Un grand jardin à l’italienne, l’actuel jardin des Tuileries, fut également aménagé entre le château et le glacis de l’enceinte (actuelle place de la Concorde).

Article Wikipédia Neron.

Néron (latin : IMPERATOR NERO CLAVDIVS CAESAR AVGVSTVS GERMANICVS), né Lucius Domitius Ahenobarbus le 15 décembre 37 et mort le 9/11 juin 68, est le cinquième et dernier empereur romain de la dynastie julio-claudienne ; il régna de 54 à 68.

Il accède au trône le 13 octobre 54, à la mort de son grand-oncle et père adoptif Claude (Claudius), Empereur de Rome. En 66, il ajoute le titre Imperator à son nom. Il est dépossédé de son pouvoir en 68 et se suicide assisté de son scribe Épaphrodite.

Bien que Sénèque ait été son précepteur, on se souvient de lui comme un despote cruel, notamment pour avoir assassiné sa mère Agrippine en 59, et pour ses persécutions arbitraires des chrétiens (“pis que ne fit Neron). Il est célèbre pour avoir bâti la Domus Aurea, après l’incendie de Rome de juillet 64, et pour être un prince poète, chanteur et musicien, un grand organisateur de célébrations sportives et artistiques (les Neronia). Il est aussi un homme d’une ambition démesurée, ayant lutté de toutes ses forces contre l’immense conjuration politique dressée contre lui. Certains historiens débattent de la folie, réelle ou mise en scène, de Néron.