IX-18 : supplice du grand montmorency (1632).

 

Exécution du duc de Montmorency.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Celui qui tiendra le sceptre des Lis, après avoir été Dauphin de France (« le lys-Dauphois »), se rendra maître de Nancy et soutiendra jusqu’en Flandre un électeur de l’Empire. Prison neuve (« neufve obturée ») au grand Montmorency, qui sera livré à Clerepeyne (ou à une peine célèbre) hors du lieu approuvé pour l’exécution.

Louis XIII (« le lys-Dauphin ») entrera dans Nancy en 1633 et pénétrera jusqu’en Flandre, en 1635, pour soutenir la cause de l’électeur de Trèves, prisonnier des Espagnols.

Vers le même temps (« en 1632), le grand Montmorency, coupable de rébellion contre son souverain, sera enfermé dans la prison de l’hôtel de ville nouvellement bâti (« neufve obstruée ») à Toulouse ; puis il sera livré à un soldat nommée Clerepeyne, qui lui tranchera la tête dans la cour même de sa prison, hors du lieu fixé par l’arrêt pour l’exécution (« hors lieu approuvé »).

Louis XIII fut le premier à porter le titre de Dauphin de France depuis la publication de la centurie IX (en 1556).

Les troupes royales entrèrent dans Nancy le 24 septembre 1633, et Louis XIII lui-même y fit son entrée le lendemain.

La ville de Trèves s’était rendue le 20 août 1632 au maréchal d’Estrée, qui y avait rétabli l’autorité de l’Electeur. Mais l’Electeur ayant été enlevé le 26 mars 1635 par les Espagnols et conduite prisonnier à Bruxelles, Louis XIII déclara la guerre à l’Espagne et vint mettre le siège devant Louvain (« en Flandres »).

Nostredame a joué avec le double sens des mots clere peyne (Clara Poena), peine célèbre ; et clerepeyne, nom du soldat qui trancha la tête à Montmorency. Ce dernier point est attesté par Etienne Joubert et par le chevalier de Jant, tous deux contemporains du fait. M. Motret a résumé, dans une intéressante notice de quelques pages, la substance des recherches historiques qu’il a faites pour éclaircir ce point curieux. Il y expose que la famille de Montmorency, ayant vainement sollicité Louis XIII en sa faveur, ne put obtenir du roi que deux grâces de pure forme : l’une, que le condamné ne passerait pas par la main infamante du bourreau ; et l’autre, que l’exécution se ferait à huis clos dans la cour de la prison, et non pas sur la place publique de Toulouse, ainsi que l’ordonnait l’arrêt de mort. Or quand même, rejetant le témoignage de Joubert, de de Jant, du curé de Louvicamp, de Motret, du traducteur anglais de Nostredame et des plus anciens commentateurs, on voudrait s’en tenir au sens littéral et ne rien voir ici de plus que : clere peyne (clara poena), peine célèbre, le contexte de ce quatrain, ainsi mutilé, n’en resterait pas moins un oracle vraiment prodigieux.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Louis XIII, le premier à partir de la prophétie qui aura le titre de Dauphin, dirigé par le ministre-roi Richelieu, se portera dans Nancy, qu’il réunira à la France. En s’emparant de Trèves sur les Espagnols, pour maintenir cette ville sous l’obéissance de l’électeur par excellence de l’Empire, il fera que celui-ci, enlevé par les espagnols sera conduit jusques en Flandres.

Durant ces évènements la révolte du dernier et du plus illustre des grands Montmorency ayant été close aussitôt qu’ouverte, il sera livré à une exécution célèbre hors des lieux approuvés dans la condamnation.

Article Wikipédia Charles IV de Lorraine.

Au mois de juin 1632, Louis XIII envahit et occupa le Barrois et la Lorraine (“Le lys Dauffois portera dans Nansi“). Charles fut contraint de signer un traité qu’il pensait bien ne pas respecter. En septembre 1633, les troupes françaises envahissent de nouveau la Lorraine et Charles jugea plus favorable d’abdiquer le 19 janvier 1634 en faveur de son frère Nicolas François, et alla prendre un commandement des troupes impériales. Il combattit les Suédois, puis les Français, sur qui il remporta plusieurs succès.

Article Wikipédia guerre de trente ans.

Par précaution, les Espagnols occupent Philippsbourg, Spire, Landau et enfin Trèves dont l’archevêque Philipp Christoph von Sötern, l’un des Princes-Électeurs, s’est mis sous la protection de la France (“electeur de l’Empire“) : Richelieu prend ce prétexte pour déclarer, le , la guerre à l’Espagne, adversaire le plus direct des intérêts français. Les armées françaises, fortes de 120 000 hommes, vont intervenir dans quatre secteurs dont trois principaux :

  • vers le nord, où les Pays-Bas espagnols se trouvent pris en tenaille entre la France et les Provinces-Unies (“Jusques en Flandres “) ; le commandement est aux maréchaux de Châtillon et de Brézé ;
  • vers l’est (duché de Lorraine, Alsace et pays rhénans, Franche-Comté – alors possession de l’Empire) ; le commandement est au cardinal de La Valette et à Bernard de Saxe-Weimar qui escompte acquérir une principauté en Alsace ;
  • en Italie du nord, dans le Piémont sous le maréchal de Créquy et dans la Valteline sous le duc de Rohan ;
  • dans le secteur des Pyrénées ne se trouve qu’un corps d’observation.

Les combats se portent vers les Pays-Bas où Châtillon et Brézé vainquent les Espagnols à la bataille d’Avein le avant de se joindre au prince d’Orange Frédéric-Henri. Mais des atermoiements franco-hollandais permettent aux Espagnols de recevoir des renforts et de sauver leurs possessions. C’est à ce même moment qu’est négociée la Paix de Prague entre l’Empereur et plusieurs princes protestants dont l’Électeur de Saxe : les armées impériales commandées par Piccolomini peuvent alors se retourner vers les Pays-Bas. Sur le Rhin, les impériaux commandés par Matthias Gallas, alliés aux troupes de Charles de Lorraine, font équilibre aux troupes de la France et de Bernard de Saxe-Weimar. En Italie, l’invasion du Milanais ne peut se faire du fait de l’alliance peu fiable du duc de Savoie et malgré les succès des troupes stationnées en Valteline.

Article Wikipédia Henri II Montmorency.

Henri II de Montmorency (“au grand Montmorency“), né le au château de Chantilly, exécuté à Toulouse le , fils d’Henri Ier de Montmorency.

Il est filleul du roi de France Henri IV, amiral de France à 17 ans, vice-roi de la Nouvelle-France et gouverneur du Languedoc. Il est l’époux de Marie-Félicie des Ursins. Au début du XVIe siècle, la Maison de Montmorency était la famille la plus puissante du Royaume. Cependant les guerres de religion ont affaibli les ducs de Montmorency, partagés entre les deux camps et ont permis l’ascension des Guise, rivaux des Montmorency. Henri II de Montmorency hérite néanmoins de ses prédécesseurs un grand nombre de titres, de domaines et de châteaux (dont les châteaux d’Écouen et de la Grange-des-Près à Pézenas).

Il participe aux guerres contre les protestants, et bat la flotte de Benjamin de Rohan, duc de Soubise devant La Rochelle en 1625. Maréchal de France en 1630, il intrigue avec Gaston d’Orléans, frère du roi, contre le cardinal de Richelieu. Condamné à mort pour crime de lèse-majesté, il est exécuté à Toulouse le (une plaque commémorative est visible dans la cour de la mairie de Toulouse, place du Capitole). Ses biens confisqués passent à la maison de Condé. Avec lui s’éteint la branche aînée des Montmorency.

La mort du duc de Montmorency, l’un des seigneurs les plus considérables de son temps, est un signe de l’affirmation du pouvoir royal sur la noblesse et sonne la fin de la féodalité. Les précédents Ducs de Montmorency avaient en effet été extrêmement puissants : Maréchaux, Connétables, Grands maîtres de France, gouverneurs de différentes provinces… Anne de Montmorency possédait 600 places fortes, dont Chantilly et Écouen.

Le Roi Louis XIII en personne fait le déplacement pour punir les révoltés et réglemente la tenue des États. Ils se réunissent désormais la plupart du temps à Montpellier. Ils ne peuvent plus désormais discuter de l’impôt.

Henri II de Montmorency est Vice-roi de la Nouvelle-France de 1620 à 1625.

L’Édit de Nantes promulgué le 15 avril 1598 par Henri IV avait permis de mettre fin à plus de trente années de guerres religieuses qui avaient ensanglanté le Royaume. En Languedoc, il fut accueilli avec grande satisfaction. Il accordait la liberté de culte aux protestants dans tous les lieux où ce culte existait en 1557. Il leur donnait en outre des places de sûreté : Montpellier, Aigues-Mortes. Les troubles s’apaisèrent.

Le 14 mai 1610, le bon Roi Henri est assassiné par Ravaillac. Les protestants, qui se sentent alors menacés, se regroupent derrière le duc de Rohan et reprennent la lutte. En 1622, pour arrêter les combats en Languedoc, Louis XIII signe la paix de Montpellier qui confirme les dispositions de l’édit de Nantes.

Au-delà de l’intérêt pour les protestants, le duc de Rohan cherchait à satisfaire son ambition purement politique. Richelieu va se dresser devant lui. Après avoir pris La Rochelle au terme d’un siège qui frappe durement les réformés, il vient soumettre le Languedoc. Privas est prise et saccagée, Alès rend les armes. L’édit de grâce d’Alès (27 juin 1629) retire aux protestants leurs privilèges politiques et leurs places de sûreté. Le roi a les mains libres pour lutter contre les protestants.

L’armée de la Rochelle et Richelieu partent pour passer en Piedmont, c’est la guerre de succession de Mantoue. Henri II remporte la bataille d’Avigliana où il s’illustre à la tête des gendarmes du Roi capturant le général Carlo Doria, duc de Tursi. Il fait lever le siège de Casal et prend Saluzzo. Exploits qui lui valent le bâton de Maréchal de France.

En 1630, Gaston d’Orléans, le propre frère du roi Louis XIII, tente d’organiser un soulèvement général du royaume. Henri de Montmorency, influencé par la reine-mère Marie de Médicis (dont sa femme, Marie-Félicie Orsini est cousine), et malgré les mises en garde de Richelieu, le soutient. Il rallie les États de Languedoc, auxquels Richelieu a tenté d’enlever le droit de lever l’impôt, et ordonne au sieur de La Croix, capitaine de ses gardes, d’occuper le fort de Brescou, au large d’Agde. Le 22 juillet 1632, la province de Languedoc fait sécession du Royaume de France après l’arrestation, à Pézenas, par ordre d’Henri II de Montmorency, de Michel Particelli d’Emery, représentant du roi Louis XIII. En Languedoc, une partie de la petite noblesse suit Montmorency dans la rébellion mais Toulouse reste fidèle au roi. Carcassonne et Narbonne refusent d’accueillir l’armée des rebelles qui erre alors dans le Languedoc sans but précis. Une armée royale se met en route, commandée par le maréchal de Schomberg. La rencontre a lieu devant Castelnaudary, le 1er septembre 1632. Schomberg dispose de 2 000 à 2 500 hommes, les insurgés ne peuvent lui opposer que 1 200 à 1 500 nobles peu entraînés au combat. L’affrontement ne dure pas plus d’une demi-heure : grièvement blessé, le duc est fait prisonnier. Il est incarcéré au château des comtes d’Armagnac à Lectoure (suffisamment loin du Languedoc pour lui interdire des aides extérieures), d’où selon divers témoignages il aurait vainement tenté de s’évader.

Antoine de Bourbon-Bueil, comte de Moret, fils d’Henri IV et de Jacqueline de Bueil meurt au cours de la bataille.

Exécution du duc de Montmorency, par Thomas Allom, vers 1840.

Jugé par le Parlement de Toulouse présidé par le garde des sceaux Châteauneuf (“Neufve obturee“)pour crime de lèse-majesté, il est condamné à mort. Après avoir demandé pardon au Roi et rendu son bâton de maréchal et son cordon de l’ordre du Saint-Esprit, il est décapité à huis clos, dans la cour intérieure de l’hôtel de ville (“Hors lieux prouvez delivre à clere peyne“) le 30 octobre 1632. Ses derniers mots sont pour le bourreau « Frappe hardiment ». La légende n’en a pas terminé pour autant : sur cette exécution non publique, plusieurs légendes courent : le musée Paul-Dupuy conserve une sorte de grand sabre recourbé, le damas, qui aurait servi à cet effet. Selon d’autres versions, on aurait expérimenté une machine, sorte de guillotine avant la lettre, où un fer de hache tombait entre des montants verticaux. L’exécution aurait dû être répétée plusieurs fois.

Une plaque au sol commémore cette exécution.