IX-93 : les fortifications de Vauban (1655-1707).

 

Sébastien Le Prestre de Vauban, Hyacinthe Rigaud.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Quand les ennemis auront été éloignés du sol français ; que le bastion en terres rapportées (« conduict par chariots ») aura été inventé ; que le château, dit de la Grosse-Tour, qui dominait par-dessus les murs de Bourges, sera tombé en ruine (« esgrongné ») ; alors l’homme qui aura le soleil pour emblème (« l’aemathion ») entreprendra son travail d’Hercule (« bastira Hercule »).

Quand la paix des Pyrénées conclue avec l’Espagne, en 1659 aura reculé les frontières de la France ; que Vauban aura inventé le bastion en terres rapportées ; que le château dit de la Grosse-Terre, à Bourges, qui dominait par-dessus les murs de la ville, tombera en ruine et ne sera pas réparé : alors (1666) Louis XIV entreprendra un travail d’Hercule, en creusant le canal du Languedoc, destiné à joindre la Méditerranée à l’Océan.

Roman : esgrongné ou esgruné, réduit en poudre, pulvérisé.

Hyperbate ; construisez : quand l’Aemathion bastira Hercule.

Ce château, qui ne fut pas réparé sous le règne de Louis XIV, était déjà en partie ruiné, dès 1651.

Le canal du Languedoc, commencé par Riquet, en 1666, terminé en 1681, à coûté 34 000 000 de francs, somme énorme pour le temps où il fut construit.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Quand Louis XIV aura reculé les frontières de la France et forcé à la paix les ennemis qui l’assiégeaient de toutes parts, il fera fortifier ses places par un nouveau système. Vauban inventera le bastion de terres rapportées. Alors on démantèlera les places de l’intérieur. La Grosse Tour ou château de Bourges qui domine les murs de la ville, sera en partie ruinée (dès 1651) alors que Louis XIV fera un des grands travaux d’Hercule en joignant la Méditerranée à l’Océan par le canal de Riquet, commencé en 1666.

Article Wikipédia Vauban.

Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban () est un ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Il est nommé maréchal de France par Louis XIV.

Vauban préfigure, par nombre de ses écrits, les philosophes du siècle des Lumières. Comme le souligne Fontenelle dans l’éloge funèbre prononcé devant l’Académie, Vauban a une vision scientifique, sinon mathématique de la réalité et en fait un large usage dans ses activités.

Expert en poliorcétique (c’est-à-dire en l’art d’organiser l’attaque ou la défense lors du siège d’une ville, d’un lieu ou d’une place forte), il donne au royaume de France une « ceinture de fer » pour faire de la France un pré carré — selon son expression — protégé par une ceinture de citadelles. Il conçoit ou améliore une centaine de places fortes. L’ingénieur n’a pas l’ambition de construire des forteresses inexpugnables, car la stratégie consiste alors à gagner du temps en obligeant l’assaillant à immobiliser des effectifs dix fois supérieurs à ceux de l’assiégé. Il dote la France d’un glacis qui la rend inviolée durant tout le règne de Louis XIV — à l’exception de la citadelle de Lille prise une fois — jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, période où les forteresses sont rendues obsolètes par les progrès de l’artillerie.

La fin de sa vie est marquée par l’affaire de La Dîme royale : dans cet essai, distribué sous le manteau malgré l’interdiction qui le frappe, Vauban propose un audacieux programme de réforme fiscale pour tenter de résoudre les injustices sociales et les difficultés économiques des « années de misère » de la fin du règne du Roi Soleil (1692-93-94 sont des années de disette alimentaire épouvantables, qui font 3 millions de morts, soit un dixième de la population).

Douze ouvrages de Vauban, regroupés au sein du réseau des sites majeurs de Vauban, sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO le . Le musée des Plans-reliefs aux Invalides à Paris, contient un nombre important de maquettes et de plans-reliefs de ces places.

Ses talents sont alors reconnus et le 3 mai 1655, à l’âge de 22 ans, il devient «ingénieur militaire responsable des fortifications» et, en 1656, il reçoit une compagnie dans le régiment du maréchal de La Ferté. De 1653 à 1659, il participe à 14 sièges et est blessé plusieurs fois. Il perfectionne la défense des villes et dirige lui-même de nombreux sièges. En 1667, Vauban assiège les villes de Tournai, de Douai et de Lille, prises en seulement neuf jours. Le roi lui confie l’édification de la citadelle de Lille qu’il appellera lui-même la “Reine des citadelles”. C’est à partir de Lille qu’il supervise l’édification des nombreuses citadelles et canaux du Nord, lesquels ont structuré la frontière qui sépare toujours la France de la Belgique. Il dirige aussi le siège de Maastricht en 1673. Enfin, il succède le 4 janvier 1678 à Clerville au poste de commissaire général des fortifications.

Les progrès de l’artillerie révolutionnent la guerre de siège : depuis la Renaissance, l’augmentation d’épaisseur des murailles ne suffit plus pour résister aux effets de l’artillerie. Les tirs de mitraille rendant extrêmement périlleux les assauts frontaux, l’assaillant approche les fortifications par des réseaux de tranchées. Les ingénieurs italiens inventent les fortifications bastionnées (“Par chariots conduict le bastion“) et remparées : les murailles deviennent très basses, obliques et précédées d’un fossé.

Vauban, que son contemporain Manesson Mallet juge « incomparable en l’Art de fortifier et d’attaquer les places », apporte trois innovations majeures décisives aux techniques d’attaque des places fortes :

  • Il codifie la technique d’approche en faisant creuser trois tranchées parallèles très fortifiées reliées entre elles par des tranchées de communications en ligne brisée pour éviter les tirs défensifs en enfilade (technique des parallèles inventée au siège de Maastricht en 1673).
    • creusée hors de portée de canon à boulet sphérique métallique (portée utile de 600 m à l’époque mais cassant tout à 100 m) et très fortifiée, la première tranchée sert de place d’armes et prévient une attaque à revers par une armée de secours ;
    • à portée de tir, la deuxième tranchée permet d’aligner l’artillerie que l’on positionne vers un point de faiblesse des fortifications ;
    • à proximité immédiate des fortifications, la troisième tranchée permet le creusement d’une mine ou l’assaut si l’artillerie a permis d’ouvrir une brèche dans la muraille. Le retranchement doit être suffisant pour interdire une sortie des défenseurs.
  • L’éperon des forteresses bastionnées créant une zone où l’artillerie de l’assiégé ne peut tirer à bout portant, il est possible de disposer des levées de terre devant la tranchée immédiatement au contact des fortifications assiégées (très basses pour éviter les tirs d’artillerie). Ces surélévations qu’il appelle « cavaliers de tranchées » (conçus lors du siège de Luxembourg, en 1684), permettent aux assaillants de dominer les positions de tir des assiégés et de les refouler à la grenade vers le corps de place et de s’emparer du chemin couvert.
  • En 1688 au siège de Philippsburg, il invente le « tir à ricochet » : en disposant les pièces de manière à prendre en enfilade la batterie adverse située sur le bastion attaqué et en employant de petites charges de poudre, un boulet peut avoir plusieurs impacts et en rebondissant balayer d’un seul coup toute une ligne de défense au sommet d’un rempart, canons et servants à la fois.
Trois tranchées parallèles reliées entre elles par des tranchées de communications en zigzags pour éviter les tirs en enfilade. Chaque tranchée est une place d’armes qui permet de rapprocher l’infanterie sur toute la largeur du front d’attaque ; la première est hors de portée de tir des défenseurs et permet de résister à un assaut à revers ; la troisième est au pied du glacis. L’artillerie est placée sur des cavaliers, relié au réseau par des tranchées plus courtes. Des redoutes protègent les extrémités de chaque tranchée.
Sa philosophie est de limiter les pertes en protégeant ses approches par la construction de tranchées, même si cela demande de nombreux travaux. Il est pour cela souvent raillé par les courtisans, mais il est soutenu par le roi. Il rédige, en 1704, un traité d’attaque des places pour le compte de Louis XIV qui souhaite faire l’éducation militaire de son petit-fils le duc de Bourgogne. Il invente le « portefeuille de casernement » (casernes modèles) destiné à remplacer le logement du soldat chez l’habitant.
Vauban va ainsi pousser le roi à révolutionner la doctrine militaire défensive de la France en concentrant les places fortes sur les frontières du Royaume c’est la « ceinture de fer » qui protège le pays : le pré carré du roi.
Fort de son expérience de la poliorcétique, il révolutionne aussi bien la défense des places fortes que leur capture. Il conçoit ou améliore les fortifications de nombreux ports et villes français, entre 1667 et 1707, travaux gigantesques permis par la richesse du pays. Il dote la France d’un glacis de places fortes pouvant se soutenir entre elles : pour lui, aucune place n’est imprenable, mais si on lui donne les moyens de résister suffisamment longtemps des secours peuvent prendre l’ennemi à revers et le forcer à lever le siège.
À l’intérieur du pays, où le danger d’invasion est moindre, les forteresses sont démantelées (“Par sur les murs de Bourges esgrongnez“). Paris perd par exemple ses fortifications, d’une part, pour libérer des troupes devenues inutiles qui peuvent être transférées aux frontières et d’autre part, pour éviter que des révoltes puissent trouver asile dans l’une d’elles comme cela avait été le cas lors de la Fronde.
Au total, Vauban crée ou élargit plus de 180 forteresses (“Quand Hercules bastira l’Hæmathion“) et donne son nom à un type d’architecture militaire : le « système Vauban ». Système qui est largement repris, même hors de France (voir les fortifications de la ville de Cadix).
Il participe aussi à la réalisation d’autres ouvrages, tels que le canal de Bourbourg. Entre 1667 et 1707 Vauban améliore les fortifications d’environ 300 villes et dirige la création de trente-sept nouveaux ports (dont celui de Dunkerque) et forteresses fortifiés.
Édifié sur un emplacement stratégique, à partir de 1693, Mont-Dauphin est un avant poste chargé de protéger le royaume des intrusions venues d’Italie : le village-citadelle constitue l’archétype de la place forte et fait entrer les Alpes dans la grande politique de défense de la « nation France ».

Étoile de Vauban de la citadelle de Lille.

Article Wikipédia Bourges.

Au XVIIe siècle, la ville connaît un nouveau sursaut lié à deux évènements majeurs, la Contre-Réforme d’abord, dont les jésuites vont être les principaux réalisateurs et qui va se matérialiser à Bourges par la construction du collège Sainte-Marie. Et deuxièmement la présence puis son rôle en tant que gouverneur du Berry du futur prince de Condé. Nouvelles idées et influence politique transforment la ville. La cité encore médiévale s’ouvre, les murailles sont détruites (“Par sur les murs de Bourges esgrongnez“), de nombreux édifices publics sont bâtis (hôpital général, carmel) ou réaménagés (Hôtel-Dieu, hôtel des échevins). Deux hommes jouent un rôle fondamental : un architecte, Le Juge, qui réalise la plupart de ces chantiers et l’archevêque Michel Phélyppeaux de la Vrillère, grand courtisan, dont la famille est l’une des plus riches de France qui fait construire un palais archiépiscopal, des jardins à la française signés Le Notre et un grand séminaire.