VIII-55 : La bataille de la Bérézina (1812).

Entre deux fleuves se verra enserré,
Tonneaux & caques unis à passer outre :
Huict ponts rompus chef à tant enferré ,
Enfans parfaicts sont jugulez en coultre.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Mon analyse :

 

Napoléon (« chef ») se verra pressé (« se verra enserré ») entre deux fleuves (« Entre deux fleuves »), les tonneaux de vivres et les barils de poudre (« Tonneaux & caques ») ayant été liés (« unis ») pour passer sur l’autre rive (« à passer outre ») ; de nuit les ponts sont rompus et incendiés (« Huict ponts rompu »), le chef (« chef ») étant encerclé (« à tant enferré »), des jeunes hommes à peine adultes (« Enfans parfaicts ») seront égorgés (« sont jugulez en coultre »).

 

Article Wikipédia “La bataille de la Bérézina” :

 

La bataille de la Bérézina également appelée passage de la Bérézina ou bataille de Borisov eut lieu du 26 au 29 novembre 1812 près de la rivière Bérézina, aux alentours de la ville de Borisov dans l’actuelle Biélorussie, entre l’armée française de Napoléon Ier et les armées russes de Koutouzov, de Wittgenstein et de Tchitchagov, durant la retraite de Russie qui marque la fin de la campagne de 1812.
Pour l’historien Jacques-Olivier Boudon, la bataille de la Bérézina est restée, à tort ou à raison, dans la mémoire collective française comme « le symbole le plus marquant de la campagne de 1812 » ; dans son ouvrage Napoléon et la campagne de Russie : 1812, il la définit comme une bataille victorieuse menée dans une campagne perdue : « En France comme en Russie, la campagne de Russie reste présente dans les esprits, même inconsciemment. Un mot la résume : « C’est une Bérézina », fréquemment utilisé pour caractériser une déroute sur le plan sportif ou électoral, alors que la bataille de la Bérézina est considérée comme une victoire militaire. C’est le signe qu’au-delà des combats de la campagne de 1812, le souvenir qui en est conservé est surtout celui de la retraite et de l’épreuve humaine qu’elle a représentées. Pour les Russes, la perspective est autre, puisque la campagne de 1812 marque avant tout pour eux une victoire et un sursaut national ».

 

Contexte.

 

Cinq mois après le franchissement du Niémen le 24 juin 1812, la Grande Armée bat en retraite et se trouve devant une rivière marécageuse, la Bérézina. Les armées russes comptent sur cet obstacle naturel pour bloquer l’armée de Napoléon et ainsi l’anéantir.
La retraite de Napoléon se fait dans de mauvaises conditions : l’hiver n’est pas précoce mais sera très rigoureux ; les températures atteignent −30° au thermomètre de Réaumur, soit −37,5 °C. Malgré ces températures, la rivière n’est toutefois pas entièrement gelée. Exposée sur son flanc aux coups de l’armée de Wittgenstein, poursuivie par celle de Koutouzov, et bloquée par la Bérézina dont l’armée de Tchitchagov maîtrise le pont de Borissov depuis la veille, la Grande Armée se trouve, le 22 novembre 1812 au matin, dans une situation désespérée.

Déroulement.

 

Le 23 novembre, les Russes attendent les Français à Borisov. Napoléon décide d’y organiser une manœuvre de diversion pour permettre le franchissement de la Bérézina 15 km en amont, face au village de Stoudienka (ou Studzionka), où le général Corbineau a identifié un passage possible. À cet endroit, la largeur de la rivière n’est que de 20 m et sa profondeur est de l’ordre de 2 m.
Le succès de l’opération passe par la très rapide construction de deux ponts à Stoudienka. Travaillant dans l’eau glacée les 26, 27, 28 novembre, les pontonniers néerlandais du général Eblé réalisent et entretiennent ces deux ouvrages que la Grande Armée franchit le 26, dès 13 h, malgré l’opposition des trois armées russes.

Dans la nuit, Tchitchagov se rend compte de la manœuvre mais ne peut intervenir immédiatement. Lui, Wittgenstein et l’avant-garde de Koutouzov prennent l’offensive le 28 vers 8 heures du matin.
Le maréchal Victor, avec 10 000 hommes, défend toute la journée les hauteurs de Stoudienka face à l’armée de Wittgenstein, dont les effectifs se renforcent à mesure que le temps passe. Fournier emmène 800 cavaliers à la charge à de multiples reprises pour repousser la cavalerie et l’infanterie russes. Alors que la traversée s’achève, la nuit interrompt les combats et Victor en profite pour passer à son tour sur la rive droite. Ce même jour (28 novembre), Tchitchagov attaque sur le côté droit. Là, la bataille se déroule dans une forêt de pins et se poursuit toute la journée du 28 : les maréchaux Oudinot et Ney à la tête de 18 000 vétérans dont 9 000 Polonais commandés par les généraux Joseph Zajonchek, Jean Henri Dombrowski et Charles Kniaziewicz, culbutent l’amiral Tchitchagov qui se replie sur Bolchoï Stakhov et lui font 1 500 prisonniers, ce qui permet à la Grande Armée de passer le fleuve. Pour que cette armée puisse se replier, le 126e régiment d’infanterie de ligne se sacrifie volontairement pour permettre aux éléments qui n’ont pas encore traversé de le faire, il n’y aura que quelques survivants.

Plus tard, alors que le gros de l’armée a déjà franchi la Bérézina, de nombreux retardataires sont encore sur l’autre rive. Eblé envoie plusieurs fois dire autour des bivouacs que les ponts vont être détruits dès l’aube du 29 pour protéger la retraite. Des voitures sont incendiées pour convaincre les retardataires de l’urgence à traverser, mais la plupart des traînards, épuisés, préférant attendre le jour, restent sourds à ces injonctions.
Après avoir autant que possible reporté l’échéance, les deux ponts sont incendiés sur l’ordre de Napoléon entre 8 h 30 et 9 h. La rive gauche de la Bérézina offre alors le spectacle tragique d’hommes, de femmes et d’enfants se précipitant à travers les flammes des ponts ou tentant de traverser la rivière à la nage.
Parmi les 400 hommes qui ont construit les ponts, seuls le capitaine George Diederich Benthien (nl), commandant des pontonniers, le sergent-major Schroeder et six de leurs hommes survivront à la bataille.
Les cosaques russes, trouvant le passage libéré après le départ de Victor, arrivent à 9 h 30. Ils s’emparent du matériel abandonné par la Grande Armée et font de nombreux prisonniers (les Russes prendront en tout environ 10 000 prisonniers).

Conséquences.

 

Même si la Grande Armée, grâce à cette victoire militaire, évite l’anéantissement, après le passage de la Bérézina, sa situation est critique. Il n’y a guère plus de quelques milliers de soldats en état de combattre (surtout des grenadiers de la Vieille Garde), alors qu’environ 50 000 traînards se replient sur Vilnius. Lors de la bataille, les soldats français et polonais ont fait preuve d’une grande bravoure et d’un esprit de sacrifice : malgré leur supériorité numérique et leurs initiatives, les Russes n’ont pas réussi à anéantir l’armée impériale éprouvée par la retraite. Les formations combattantes, l’état-major et l’artillerie de la Grande Armée ont franchi la Bérézina, mais ce succès militaire a coûté de nombreuses pertes, évaluées à environ 45 000 morts ou prisonniers.

 

La blessure.

 

Ces œuvres et les récits terribles des soldats ont fait de la traversée de la Bérézina le symbole de la tragique retraite de Napoléon et de la débâcle que fut la campagne de Russie. Au point que les livres d’histoire français s’étendent très peu sur les deux campagnes suivantes (Allemagne et France) où le sort de la guerre a pourtant été sur le point de basculer à plusieurs reprises. La Bérézina est ainsi restée une profonde blessure dans l’imaginaire français, un désastre national au cours duquel la neige a enseveli les rêves de conquête de Napoléon. Le mot de « bérézina » est d’ailleurs passé dans le langage courant comme synonyme de déroute, d’échec cuisant, en dépit de la victoire de l’armée française lors de cette bataille.