VIII-67 : Succession de Farnèse en Italie (1731).

 

Charles de Bourbon à cheval à proximité d’un campement, Giovanni Luigi Rocco, vers 1734, collection privée.

 

Scholie de Fontbrune.

 

Il y aura une grande discorde ruineuse entre le duc de Parme, d’une part, et don Carlos et Elisabeth Farnèse, d’autre part. Ni l’un (le duc de Parme) ni l’autre (Elisabeth Farnèse) ne seront élus. Don Carlos (héritier des Farnèse) aura amour et concorde et sera protégé dans les états de l’Eglise.

Par. et Car. : Parme et Carlos par apocope.

Nersaf est l’anagramme de Farnèse. Certains exégètes ont fait de ce mot l’anagramme de France.

Article Wikipédia Antoine Farnèse.

Antoine Farnèse (Parme, 29 mai 1679 – Parme, 26 février 1731) fut le huitième duc de Parme (“Par.“)et Plaisance du 27 février 1727 à sa mort. Après lui, par la descendance de Élisabeth Farnèse (“Nersaf“), l’héritage des Farnèse passa à la famille des Bourbons de Naples.

Antoine Farnèse naît le 29 novembre 1679 de Ranuce II Farnèse et de Maria d’Este. Troisième fils du duc, Antoine n’avait jamais pensé porter la couronne mais Édouard était mort avant son père et François, son frère alors duc, n’eut pas d’enfant.

Le 20 janvier 1731, au terme de trois jours de souffrances, le duc meurt, à 51 ans. Les personnes présentes suspectent qu’il a utilisé un « remède chimique » et le doute d’un empoisonnement commandité par l’empereur naît. Rapidement, le comte Carlo Francesco Stampa, lieutenant impérial, maréchal de camp et délégué du comte Carlo Borromeo, s’approche du duché pour l’occuper au nom de l’Empereur. En l’absence d’un mâle, c’est la descendance d’Élisabeth, fille de Dorothée Sophie de Neubourg, qui doit en effet lui succéder. La duchesse Dorothée Sophie, jalouse gardienne du pouvoir de son petit-fils Charles (“Car.“), cherche à s’opposer à l’entrée des troupes autrichiennes (“à ruine grand discorde“), mais le 25 janvier, 3 000 fantassins et 500 cavaliers arrivent sous les ordres du prince de Wurtemberg. Dorothée Sophie en réfère au pape Clément XII pour qu’il persuade l’Empereur de retirer les troupes et elle n’hésite pas à s’adresser directement à Charles VI, lequel répond qu’il veut appliquer les pactes de la Quadruple-Alliance. C’est seulement le 17 février 1731 que Dorothée Sophie reçoit en audience le comte Stampa. Les troupes devraient partir seulement après la naissance du fils posthume du duc.

En effet, dans son testament, rédigé un jour avant de mourir, Antoine a nommé héritier universel le «ventre enceint» de son épouse et nomme un conseil de régence formé de sa veuve, de l’évêque Camillo Marazzani, du comte Odoardo Anviti, premier secrétaire d’État, du comte Federico dal Verme, majordome du palais et de deux gentilshommes de la cour, le comte Jacopo Antonio Sanvitale et le comte Artaserse Baiardi. Dans les faits, Dorothée Sophie assume la régence et impatiente de voir son petit-fils Charles devenir duc, elle suspecte l’inexistence de la grossesse d’Enrichetta. Le 19 mai 1731, accompagné du plénipotentiaire du roi d’Espagne, de l’ambassadeur d’Espagne à Gênes et du comte Neri Capi, elle vient à Parme pour soumettre en sa présence Enrichetta à l’examen de cinq sage-femmes qui la déclarent grosse après un examen attentif. Les cours de toute l’Europe sont vigilantes mais le 13 septembre, on annonce que le « ventre enceint ne donnerait pas de fruit » (“Ne l’un ne l’autre n’aura election“).

Cela met fin au règne des Farnèse.

Article Wikipédia Charles III (roi d’Espagne).

Charles III (Madrid, – Madrid, ) fut roi d’Espagne et des Indes de 1759 à 1788, à la mort de son demi-frère Ferdinand VI d’Espagne.

Fils de Philippe V d’Espagne et de sa seconde épouse, la princesse Élisabeth Farnèse, il fut d’abord duc de Parme et de Plaisance sous le nom de Charles Ier en 1731 (à la mort de son grand-oncle, le duc Antoine Farnèse, roi de Naples en 1734 puis de Sicile en 1735 sous les noms de Charles VII (Naples) et Charles V (Sicile) (par conquête du royaume de Naples et du royaume de Sicile). Il fut sacré et couronné roi de Sicile et de Jérusalem à Palerme le .

En devenant roi des Espagnes, il céda les royaumes de Naples et de Sicile en 1759 à son troisième fils Ferdinand. Il est un exemple caractéristique des despotes éclairés du XVIIIe siècle : à sa mort il laissa le souvenir d’un roi « philosophe » et « philanthrope ».

Élisabeth Farnèse décide alors de traiter avec l’Autriche qui est, depuis le traité d’Utrecht en 1713, la puissance hégémonique en Italie et le principal obstacle à l’expansion espagnole dans la péninsule. Elle propose de fiancer ses fils aux filles de l’empereur Charles VI : l’infant Charles avec l’archiduchesse Marie-Thérèse et Philippe, son second fils, avec l’archiduchesse Marie-Anne. L’alliance entre les deux puissances est confirmée par le traité de Vienne du , qui prévoit la renonciation définitive de Charles VI au trône d’Espagne au profit de Philippe V et son soutien à une tentative pour libérer Gibraltar de l’occupation britannique. Mais la guerre anglo-espagnole (1727-1729) se conclut par le maintien de la souveraineté britannique sur le rocher et, au cours des négociations de paix, Charles VI abandonne le principe du mariage de ses filles avec les infants espagnols.

Par conséquent, Philippe V rompt l’alliance avec l’Autriche et conclut avec la Grande-Bretagne et la France, le , le traité de Séville qui garantit à son fils Charles le droit d’occuper Parme, Plaisance et la Toscane, au besoin par la force. Justement, le duc Antoine Farnèse meurt le , mais il a nommé comme successeur le « ventre enceint » de son épouse Enrichetta d’Este, ce qui écarte Élisabeth Farnèse de la succession. La duchesse est examinée par un groupe de médecins et de sages-femmes qui la déclarent enceinte de six mois, mais la reine d’Espagne fait constater qu’il s’agit d’une mise en scène (“Ne l’un ne l’autre n’aura election“). En adhérant, le 22 juillet, au deuxième traité de Vienne, elle obtient de l’empereur, qui a fait occuper le duché par le comte Carlo Stampa, son lieutenant en Italie, la cession de Parme et Plaisance au jeune infant. Le 29 décembre, le gouvernement du duché est confié à Dorothée Sophie de Neubourg, grand-mère maternelle et tutrice de Charles.

À son arrivée dans la péninsule, Charles n’a pas encore seize ans. Il a reçu une éducation stricte et caractéristique des infants espagnols : il est très religieux et très respectueux de sa mère. Mais elle reste, selon ses contemporains, dans l’ensemble peu poussée : Alvise Mocenigo, ambassadeur de la République de Venise à Naples, déclare de lui que :

« il reçut une éducation éloignée de toutes études et de toutes applications qui l’auraient rendu capable de gouverner par lui-même. » « tenne sempre un’educazione lontanissima da ogni studio e da ogni applicazione per diventare da sé stesso capace di governo. »

Il en est de même de l’avis du comte Monasterolo Solaro, ambassadeur de Savoie, qui, en 1742 décrit sa formation à Charles-Emmanuel III de Savoie.

En revanche, il se consacre à la peinture, à la gravure et à diverses activités physiques, en particulier la chasse : Sir Horace Mann, diplomate britannique à Florence, affirme que sa passion pour la chasse est telle que, au palais Pitti, c’est pour lui un plaisir que de tirer à l’arc sur les tapisseries qui pendent aux murs de ses chambres et qu’il est si adroit qu’il n’est pas rare qu’il atteigne les yeux qu’il vise.

Son aspect physique est caractérisé par un nez très marqué, caractéristique des Bourbons. Il est décrit comme « un garçon brun, au visage maigre avec un nez protubérant, et disgracieux ». Il a enfin un caractère joyeux et exubérant.

Le 20 octobre, après une cérémonie solennelle au cours de laquelle son père Philippe lui donne une épée d’or qui appartenait à Louis XIV, Charles quitte l’Espagne pour l’Italie. Il voyage par terre depuis Séville jusqu’à Antibes et de là s’embarque vers la Toscane pour arriver à Livourne le . Le grand-duc Jean Gaston de Médicis est nommé son cotuteur, et bien que l’enfant espagnol lui soit imposé en tant que successeur par les puissances européennes, il lui réserve un accueil chaleureux. En route pour Florence, à Pise, Charles est atteint de la variole. Il fait une entrée triomphale dans la capitale des Médicis, le , avec une suite de plus de 250 personnes et de nombreux Italiens (“Nersaf du peuple aura amour & concorde“). Il est alors l’hôte de Jean Gaston dans le palais Pitti, la résidence du grand-duc.

Le 24 juin, jour de la fête de saint Jean-Baptiste, patron de Florence, Jean Gaston le nomme grand-prince héritier de Toscane, lui permettant de recevoir l’hommage du sénat florentin. L’empereur Charles VI réagit avec colère à la nomination objectant ne pas lui avoir donné l’investiture impériale, mais malgré les protestations autrichiennes, Élisabeth envoie Charles prendre possession de Parme et de Plaisance.

Le nouveau duc, Charles Ier, entre dans Parme en octobre 1732, où il est accueilli par de grandes fêtes. Sur le fronton du palais ducal, il est écrit Parma Resurget (« Parme renait »), et la pièce de théâtre La venuta di Ascanio in Italia, écrite pour l’occasion par Carlo Innocenzo Frugoni, est représentée au théâtre Farnèse.

En 1733, la mort d’Auguste II de Pologne déclenche une crise successorale qui rompt l’équilibre déjà précaire de l’Europe, et la guerre qui s’ensuit voit s’opposer sur le front italien les deux puissances des Bourbons, de France et d’Espagne, alliées à la dynastie de Savoie, et l’empire des Habsbourg.

Les Espagnols ont un rôle marginal dans le nord de la péninsule italienne, mais l’objectif principal d’Élisabeth Farnèse est de gagner pour son fils le plus grand nombre de territoires, et notamment les royaumes de Sicile insulaire et péninsulaire que le traité d’Utrecht (1713) avait enlevé à l’Espagne au profit de la Maison de Habsbourg (pour la Sicile péninsulaire), et de la Maison de Savoie (pour la Sicile insulaire). L’empereur Charles VI du Saint-Empire reconquerra cette dernière en 1720.

Le , le jour de son dix-huitième anniversaire, Charles se déclare majeur donc hors tutelle et « libre de gouverner et d’administrer de façon indépendante » ses États. Dans la lettre dans laquelle la reine d’Espagne lui ordonne de partir, évoquant les Deux-Siciles, elle écrit ces mots éloquents: « Élevés au rang de royaume libre, ils seront tiens. Va donc et gagne : la plus belle couronne d’Italie t’attend ». L’Infant est nommé commandant en chef des troupes espagnoles en Italie, mais le commandement suprême est en fait détenu par José Carrillo de Albornoz, comte de Montemar.

Charles quitte Parme après une période très courte, sans avoir marqué son passage.

Le 27 février, Philippe V publie une proclamation par laquelle il déclare son intention de reprendre possession du Royaume de Naples, bouleversé « par la clameur de la violence excessive, de l’oppression et la tyrannie » qu’arrache aux Napolitains, selon ses dires, le gouvernement du vice-roi autrichien. Après avoir passé les troupes en revue à Pérouse, le 5 mars, Charles commence sa marche en direction des Deux-Siciles. Le pape Clément XII lui accorde le passage dans les États pontificaux (“Ferrare, Collonne grande protection“), car il espère de l’Espagne une compensation pour l’occupation du duché de Parme et de Plaisance, qu’il revendique en qualité d’ancien fief épiscopal.

Les Autrichiens, déjà occupés en Lombardie, ne disposent pas des forces suffisantes pour défendre le vice-roi. L’empereur Charles VI, le 10 mars, n’en déclare pas moins sa foi en la divine providence qui doit lui donner la victoire. La plus grande partie de la noblesse du royaume, cependant, semble favorable à un retour des Espagnols, dans l’espoir que le roi d’Espagne renonce au trône de Naples au profit de l’Infant, mettant ainsi fin au gouvernement d’un vice-roi au service d’une puissance étrangère.

Le 19 mars, la marine espagnole prend Procida et Ischia ; une semaine plus tard, elle inflige une lourde défaite à la flotte des Habsbourg. Le 31 mars, devant l’avancée des troupes espagnoles, le feld-maréchal autrichien von Traun, se sentant encerclé, est contraint d’éviter le combat et de reculer de sa position de Mignano, ouvrant aux Espagnols la voie vers Naples. Le vice-roi Giulio Borromeo Visconti et le commandant de son armée, Giovanni Carafa, laissent quelques garnisons pour défendre les châteaux de la ville, et se retirent dans les Pouilles dans l’attente de renforts.

Les Espagnols attaquent la capitale dans les premiers jours d’avril, alors que dans l’intervalle, Charles reçoit déjà les compliments de plusieurs familles nobles napolitaines. Le 9 avril à Maddaloni, il reçoit d’une délégation d’élus napolitains les clés de la ville et le livre des privilèges.

Les chroniques de l’époque rapportent que Naples fut bombardée « avec humanité », et que les combats eurent lieu dans un climat général de courtoisie entre les deux armées, souvent sous les yeux des Napolitains qui s’étaient approchés, curieux. Le château du Carmine est le premier fort à se rendre aux Espagnols (10 avril), suivi du château Sant’Elmo (27 avril), du château de l’Ovo (4 mai) et, enfin, le Château neuf (6 mai).