X-40 : le règne des Stuart (1603-1714).

 

Jacques Ier et ses descendants, d’après Willem de Passe.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Après la mort (« iceluy mort ») du jeune prince né dans une des îles Britanniques, et que son père, avant de mourir, aura recommandé aux grands de l’Etat, l’homme de destruction déduira sa rhétorique captieuse (« donnera topique »), et il fera perdre le royaume au fils de ce jeune prince (« le règne sera demandé à son fils »).

Après la mort de Jacques VI, roi d’Ecosse, fils de Marie Stuart (cet enfant que son père, Henri Darnley, avant de périr assassiner par Bothwell, aura recommandé à la fidélité des seigneurs écossais, et qui sera monté, en 1603, sur le trône d’Angleterre, sous le nom de Jacques Ier), l’usurpateur Cromwell (« Lonole ») séduira le peuple anglais par des discours artificieux et fera perdre la couronne et la vie à son fils, Charles Ier.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

Le jeune enfant de Marie-Stuart, qui devra posséder un jour le gouvernement de la Grande-Bretagne sous le nom de Jacques Ier, sera roi d’Ecosse à l’âge de treize mois. Son père, le premier de la branche des Stuarts-Lenox, porté au trône, l’aura recommandé, étant malade, à ses partisans, qui forceront sa mère à abdiquer. Après sa mort Cromwel, pour perdre Charles Ier par des discours plins d’une vaine rhétorique, séduira le peuple de qui il obtiendra le pouvoir de ce fils de Jacques Ier, qui mourra sur l’échafaud.

Article Wikipédia Jacques VI et Ier.

Jacques Stuart (19 juin 1566 – 27 mars 1625) est roi des Écossais sous le nom de Jacques VI (Seumas VI Stiùbhairt en gaélique écossais) à partir du 24 juillet 1567, ainsi que roi d’Angleterre et d’Irlande sous le nom de Jacques Ier (James I Stuart en anglais) à partir du 24 mars 1603. Jacques règne en union personnelle sur les trois royaumes, qui conservent leur indépendance et leurs institutions propres, jusqu’à sa mort.

Jacques devient roi d’Écosse à l’âge d’un an, après que sa mère, Marie Ire, a été contrainte d’abdiquer en sa faveur. Quatre régents se succèdent jusqu’à sa majorité, en 1578, mais il ne prend réellement en main les rênes de l’État qu’en 1583. En 1603, il succède à Élisabeth Ire, dernière représentante de la maison Tudor, sur le trône des royaumes d’Angleterre et d’Irlande. À compter de cette date, il s’installe en Angleterre, ne retournant qu’à une seule reprise en Écosse en 1617, et se donne le titre de « roi de Grande-Bretagne et d’Irlande ». C’est sous son règne que débutent les plantations en Irlande et la colonisation britannique des Amériques.

Son règne en Écosse, le plus long de l’histoire du pays (57 ans et 246 jours), s’avère couronné de succès dans l’ensemble, mais il rencontre davantage de difficultés en Angleterre : il s’oppose fréquemment au Parlement anglais et fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat, dont la Conspiration des poudres en 1605. Culturellement, « l’âge d’or » élisabéthain se poursuit durant l’« ère jacobéenne », avec des écrivains comme William Shakespeare, John Donne, Ben Jonson ou Francis Bacon. Jacques lui-même est l’auteur de plusieurs traités et recueils de vers, et il est à l’origine de la traduction de la Bible qui porte son nom, la Bible du roi Jacques.

Jacques et sa femme Anne de Danemark ont sept enfants. Son deuxième fils, Charles, lui succède à la tête des trois royaumes à sa mort.

En atteignant la cinquantaine, Jacques souffre de plus en plus d’arthrite, de la goutte et de calculs rénaux. Il perd ses dents et se tourne vers l’alcool. La dernière année de son règne voit Buckingham renforcer son autorité sur Charles, tandis que le roi, souvent très malade, devient un personnage secondaire, rarement présent à Londres. Il est possible qu’il ait souffert de porphyrie, une maladie dont son lointain descendant George III du Royaume-Uni présente également les symptômes : il décrit ses urines au médecin Théodore de Mayerne comme étant de « la couleur rouge foncé du vin d’Alicante ». Cependant, il est également possible que ses calculs rénaux soient à l’origine de sang dans ses urines, ce qui expliquerait leur couleur rouge, sans lien avec la porphyrie.

Au début de l’année 1625, Jacques est frappé par des crises sévères d’arthrite et de goutte. En mars, il tombe malade, avec de fortes fièvres et une crise cardiaque. Il meurt finalement à Theobalds House dans le Hertfordshire le 27 mars, d’une crise de dysenterie, avec Buckingham à son chevet. Ses funérailles ont lieu le 7 mai. L’évêque de Lincoln John Williams assure le sermon, en comparant le défunt au roi Salomon. La tombe du roi en l’abbaye de Westminster, perdue pendant plusieurs siècles, est redécouverte au XIXe siècle : son cercueil de plomb se trouvait dans le caveau d’Henri VII.

Article Wikipédia Charles Ier.

Charles était moins estimé que son frère aîné Henri-Frédéric qu’il adorait et essayait d’imiter. En 1605, Charles fut fait duc d’York comme cela est la coutume pour le second fils du monarque. Henri mourut néanmoins soudainement d’une fièvre typhoïde à l’âge de 18 ans en 1612, deux semaines avant le 12e anniversaire de Charles (“Le jeune nay au regne Britannique“). Ce dernier devint alors prince héritier et reçut automatiquement plusieurs titres dont ceux de ducs de Rothesay et de Cornouailles (“Qu’aura le pere mourant recommandé“). Quatre ans plus tard, en novembre 1616, il devint prince de Galles et comte de Chester.

Au printemps 1642, les deux camps rassemblèrent leurs forces en vue de la conflagration à venir. En avril le roi part à Hull pour prendre possession de l’arsenal, mais le gouverneur de la ville fidèle au Parlement le repousse. Pour ne pas apparaître comme un fauteur de guerre, le Parlement envoya au roi début juin 1642 ses « Dix-Neuf propositions » pour que la paix soit préservée. Le roi rejeta globalement les demandes, refusant par déclaration du 18 juin ce qu’il considérait, à juste titre, comme une transformation radicale du gouvernement traditionnel du royaume. En conséquence le 12 juillet les Communes votaient la levée d’une armée. Charles Ier partit pour Nottingham où il entreprit de lever une armée contre le Parlement, s’y s’installant le 22 août 1642 puis à Oxford d’où il contrôlait les Midlands, le Pays de Galles, le West Country et le Nord de l’Angleterre. Le Parlement conservait Londres, l’Est et le Sud-Est de l’Angleterre. Charles Ier rassembla ses troupes en utilisant la méthode archaïque de la Commission of Array par laquelle les commissaires, qui étaient des officiers expérimentés, pouvaient enrôler tous les hommes valides de leur comté.

La première guerre civile éclata véritablement le 26 octobre 1642 avec la bataille de Edgehill qui se révéla indécise. Aucun camp ne parvint à prendre l’avantage jusqu’à ce que la bataille de Naseby le 14 juin 1645 ne fasse définitivement pencher la balance du côté des parlementaires. Le roi avait quitté Oxford en avril 1646 avant que la ville ne soit assiégée et il chercha refuge auprès de l’armée presbytérienne écossaise à Newark-on-Trent avant d’être emmené à Southwell où il resta le temps que ses « hôtes » ne décident de son avenir. Les Écossais décidèrent finalement de le livrer au Parlement en 1647.

Il fut emprisonné à Holdenby House dans le Northamptonshire jusqu’à ce que l’officier George Joyce ne l’emmène de force à Newmarket au nom de la New Model Army créée en 1645 pour professionnaliser l’armée parlementaire. À ce moment, la New Model Army se sentait négligée et ignorée par le Parlement et Charles Ier était impatient de profiter de ces tensions. Il fut transféré à Oatlands puis au château de Hampton Court où des négociations se poursuivirent sans résultats. Il considéra qu’il serait dans son intérêt de s’évader et de s’enfuir peut-être en France ou de se mettre sous la protection du colonel Robert Hammond, le gouverneur parlementaire de l’île de Wight dont il pensait qu’il lui était favorable. Il choisit cette seconde option et s’échappa le 11 novembre. Cela se révéla une erreur car Hammond le fit emprisonner dans le château de Carisbrooke.

Depuis sa cellule, Charles Ier continua de négocier avec les différents groupes. Le 26 décembre 1647, il signa un traité secret avec les Écossais par lequel ces derniers envahiraient l’Angleterre pour le restaurer en échange de quoi le presbytérianisme deviendrait la religion officielle pendant trois ans.

Les royalistes se soulevèrent à nouveau en juillet lors de la deuxième guerre civile et comme convenu avec Charles Ier, les Écossais entrèrent en Angleterre. La plupart des soulèvements en Angleterre furent rapidement écrasés par les troupes parlementaires loyales à Oliver Cromwell mais les révoltes dans le Kent, l’Essex, le Pays de Galles et le Cumberland ainsi que l’invasion écossaise entraînèrent des batailles rangées et des sièges prolongés. Néanmoins après la défaite écossaise lors de la bataille de Preston en août, les royalistes avaient perdu tout espoir de remporter le conflit.

Le « Long Parlement » n’était initialement pas favorable au renversement du roi. La biographie d’Henry Vane le jeune, « un membre influent de toutes les commissions qui fut chargé du devenir du roi » indique que « durant les négociations avec le roi, il démontra qu’il voulait faire tout ce qui était possible pour profiter de l’opportunité de sécuriser les bienfaits de la liberté ». Finalement, Charles Ier accepta les réformes proposées par les parlementaires et elles furent acceptées par la Chambre des Communes par 129 voix contre 83 le 1er décembre 1648. Cela aurait permis la restauration du roi avec des pouvoirs limités et la fin de la guerre civile mais Cromwell et Thomas Pride étaient opposés à ces mesures et demandaient que le roi soit jugé pour haute-trahison. Le 6 décembre, Pride entra dans le Parlement avec deux régiments de l’armée et exclut tous ceux qui étaient favorables au roi. Le reste des députés forma le « Parlement croupion ».

Charles Ier fut emmené au château de Hurst à la fin de l’année 1648 puis au château de Windsor. En janvier 1649, le Parlement créa un tribunal spécial pour juger Charles Ier pour haute-trahison. Après la première guerre civile, les parlementaires avaient accepté l’idée que le roi, bien qu’ayant agi injustement, avait été capable de justifier son combat et qu’il avait toujours le droit de régner avec des pouvoirs limités au sein d’une monarchie constitutionnelle. Néanmoins, en provoquant la seconde guerre civile alors qu’il était en détention, Charles Ier s’était rendu coupable d’un bain de sang injustifiable. Le traité secret avec les Écossais était jugé particulièrement inexcusable.

L’idée de juger un roi était néanmoins inédite car dans des situations similaires, Édouard II, Richard II et Henri VI avaient été renversés et assassinés sans procès par leurs successeurs. Charles Ier fut accusé de trahison contre l’Angleterre pour avoir utilisé son pouvoir pour ses gains personnels plutôt que pour le bien de la nation. Les accusations contre Charles Ier spécifiaient que le roi, « pour accomplir ses desseins et pour se soutenir, lui et ses adhérents, dans les coupables pratiques auxquelles il se livrait à cette intention, a traîtreusement et malicieusement pris les armes contre le présent Parlement et le peuple qu’il représente » et que les « desseins pervers, guerres et pratiques pernicieuses dudit Charles Stuart, ont eu et ont pour objet de soutenir l’intérêt personnel de sa volonté, de son pouvoir et d’une prétendue prérogative attribuée à lui et à sa famille, au préjudice de l’intérêt public, des droits et des libertés du peuple, de la justice et du repos de cette nation ».

Selon les estimations contemporaines, 84 830 personnes seraient mortes durant les deux guerres civiles et environ 100 000 autres auraient été victimes des maladies et des pénuries liées aux combats. En 1650, l’Angleterre comptait 5,1 millions d’habitants et ces pertes représentaient environ 3,5 % de la population totale. Les charges contre le roi le tenaient également « responsable des dites guerres dénaturées, cruelles et sanglantes et par là coupable de tous les meurtres, trahisons, rapines, incendies, ravages, désolations, dommages et méfaits à l’égard de cette nation »

La Haute-Cour de Justice présidée par John Bradshaw comprenait 135 commissaires mais seulement 68 y participèrent réellement (tous de fervents parlementaires) ; l’accusation était menée par l’avocat général John Cook. Le procès de Charles Ier pour haute-trahison et « autres hauts-crimes » commença le 20 janvier 1649 mais Charles Ier refusa de se défendre en avançant qu’aucun tribunal n’avait le pouvoir de juger un monarque. Il considérait que son autorité venait de Dieu et des traditions et lois d’Angleterre et que le pouvoir revendiqué par ceux qui le jugeaient venait simplement de la force des armes. Charles Ier insista sur le fait que le procès était illégal en expliquant que « quant aux lois du pays, aucun jurisconsulte instruit n’affirmera, j’en suis certain, qu’on puisse porter une accusation contre le roi puisque toutes se font en son nom. Une de leurs maximes est que le roi ne peut faire mal ». Lorsqu’on lui imposa de plaider, il réaffirma son objection en déclarant « Faites moi donc connaître par quelle autorité légitime je suis ici et je ne refuserai pas de répondre ». À l’inverse, le tribunal proposa une interprétation de la loi qui légitimait le procès : « la proposition fondamentale est que le roi d’Angleterre n’est pas une personne mais une fonction dont chaque occupant reçoit un droit limité à gouverner « par et selon les lois du pays et non l’inverse » ».

Durant la semaine du procès, Charles Ier refusa à trois reprises de plaider. Il était alors courant de considérer que le refus de plaider était équivalent à une admission de culpabilité. Le roi fut déclaré coupable lors d’une audience publique le 27 janvier 1649 et condamné à mort. Après le jugement, il fut emmené du palais St. James où il était emprisonné au palais de Whitehall où un échafaud fut installé en face de la Maison des banquets.

Gravure représentant le procès de Charles Ier en janvier 1649.

Charles Ier fut décapité le 30 janvier 1649. Il fut rapporté qu’il portait des vêtements chauds pour empêcher le froid de le faire trembler, ce que la foule aurait pu interpréter comme de la peur. Charles Ier était séparé de la foule par plusieurs rangs de soldats et son dernier discours ne fut entendu que par ceux présents sur l’échafaud. Il déclara qu’il avait comme beaucoup désiré la liberté de son peuple mais « je dois vous dire que la liberté consiste à avoir un gouvernement… elle ne consiste pas pour le peuple à gouverner lui-même ; un sujet et un souverain sont deux choses clairement différentes ». Il posa sa tête sur le billot après avoir récité une prière et fit signe au bourreau qu’il était prêt ; il fut décapité d’un seul coup de hache et ses derniers mots furent « Je vais d’une corruptible à une incorruptible Couronne, où aucun dérangement ne peut être ».

Le prêtre Philip Henry nota qu’après l’exécution, un gémissement de la foule fut entendu et certains spectateurs trempèrent leurs foulards dans le sang du souverain, initiant ainsi le culte du roi martyr ; néanmoins, aucun autre témoignage, dont celui de Samuel Pepys, ne corrobore ces affirmations. Le compte-rendu de Henry fut rédigé durant la Restauration, douze ans après l’événement, et sa famille et lui étaient des écrivains propagandistes royalistes. Le bourreau portait un masque et son identité fait l’objet de débats mais le nom de Richard Brandon, le bourreau du peuple de Londres, est le plus souvent cité. Il était courant que la tête d’un traître soit prise et montrée à la foule avec la phrase « Observez la tête d’un traître ! ». Même si la tête de Charles Ier fut montrée, la phrase ne fut pas utilisée. Oliver Cromwell (“Iceluy mort Lonole donra topique“) demanda également que la tête soit recousue sur le corps pour que sa famille puisse lui rendre hommage.

Article wikipédia Charles II.

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Charles II (né le au palais St. James à Londres – mort le au palais de Whitehall à Londres) est roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande de 1660 à sa mort.

Il est le fils du roi Charles Ier, exécuté au palais de Whitehall en 1649, au paroxysme de la Première Révolution anglaise. Bien que le Parlement d’Écosse ait proclamé Charles II roi d’Angleterre et d’Irlande à Édimbourg quelques jours plus tard, le Parlement d’Angleterre vote une loi interdisant une telle succession et entre dans un interrègne où le pays, devenu Commonwealth d’Angleterre, devient de facto une république dirigée par Oliver Cromwell. Charles est vaincu par Cromwell à Worcester en 1651 et doit fuir l’Angleterre. Tandis que Cromwell gouverne le pays en quasi-dictateur, Charles passe près d’une décennie en exil en France, dans les Provinces-Unies et dans les Pays-Bas espagnols. La mort de Cromwell, en 1658, donne lieu à une crise politique qui permet la restauration de la monarchie. Invité à rentrer en Grande-Bretagne, Charles est acclamé lors de son entrée dans Londres, le jour de son trentième anniversaire (“Et à son fils le regne demandé.“).