V-38 : décadence de la monarchie (1715-1774).

V-38

 

Madame de Pompadour.

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Celui qui succédera au grand monarque mort mènera une vie illicite et lubrique, et, par sa nonchalance, il rendra la couronne en butte aux passions révolutionnaires (« à tous concédera ») qui finiront par abolir la loi Salique.

Le successeur de Louis-le-Grand (« du grand monarque ») mènera une vie illicite et dissolue ; sa conduite soulèvera l’animadversion générale, au point qu’après lui (« à la parfin »), les français aboliront la loi Salique qui réglait l’ordre de la succession au trône, et qu’ils proclameront la République.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Celui dont il est dit : LORS FRANCE PAR MORT SUBJUGUERA, est ce Louis XV, roi à 5 ans, qui demeurera durant 60 années sur le premier trône du monde dont il aura été séparé par tant de degrés. Il donnera l’exemple d’une vie de débauche ignobles et contraires à la morale la moins sévère. Par nonchalance il concèdera aux ennemis du trône et de l’autel tout ce qu’ils demanderont de lui ; si bien qu’au-delà de son règne la loi Salique sera abandonnée et que la Liberté s’assoira au trône pour faire expier leurs fautes à la nation et à la royauté.

Article Wikipédia Louis XV.

Louis XV dit le « Bien-Aimé », né à Versailles le et mort le dans la même ville, est un roi de France et de Navarre. Membre de la Maison de Bourbon, il règne sur le royaume de France du au .

Orphelin à l’âge de 2 ans, duc d’Anjou puis dauphin de France du au , il succède à son arrière-grand-père Louis XIV à l’âge de cinq ans (“Ce grand monarque qu’au mort succedera“). Ainsi, son pouvoir est alors délégué à son cousin, le duc d’Orléans, proclamé « régent du Royaume », le , jusqu’au , date de l’entrée du jeune roi dans sa treizième année et de sa majorité, où il prend officiellement la direction du gouvernement.

Les premières années de son règne se déroulent dans un calme relatif, sous la direction prudente de plusieurs précepteurs, qui lui prodiguent une vaste culture. À sa majorité, il confie successivement le gouvernement à des proches parents, le duc d’Orléans, ex-régent, puis le duc de Bourbon, puis à l’un de ses anciens précepteurs, le cardinal de Fleury.

À la différence de Louis XIV, Louis XV n’a pas été en contact direct avec la vie politique du pays. Il ne voyait que rarement ses ministres et agissait souvent à l’encontre de leurs attentes faute de pouvoir leur donner des directives fermes et précises, d’après les informations émanant d’un réseau secret de diplomates et d’espions qu’il avait constitué. Son désintérêt pour la politique et la succession de ministres aux tendances différentes aboutissent à un affaiblissement de l’influence de la France en Europe.

Seul survivant de la famille royale stricto sensu, il bénéficie au début de son règne d’un grand soutien populaire, ce qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé » en 1744 après une maladie qui faillit l’emporter à Metz. Au fil des années cependant, son manque de fermeté, le dénigrement de son action par les parlementaires et une partie de la noblesse de cour, les intrigues incessantes impliquant sa maîtresse, la marquise de Pompadour, et son inconduite dans sa vie privée amènent la disparition de sa popularité, à tel point que sa mort – de la petite vérole – provoque des festivités dans Paris, comme à la suite de celle de Louis XIV.

Sous son règne, toutefois, la France connaît de grands succès militaires sur le continent européen et acquiert le duché de Lorraine et le duché de Bar, ainsi que la Corse. En revanche, elle perd le contrôle d’une grande partie de son empire au profit de la domination coloniale britannique : spécialement la Nouvelle-France, en Amérique, comme la prépondérance aux Indes.

Jeanne Le Normant d’Étiolles, née Poisson, rencontrée en 1745 lors du bal masqué donné à l’occasion du mariage du dauphin Louis-Ferdinand, devint la favorite la plus célèbre du règne. Le roi, pour lui permettre d’être présentée à la cour et de devenir dame d’honneur de la reine, lui attribua une terre limousine tombée en déshérence : le marquisat de Pompadour. Fille d’un financier, elle était plutôt belle, cultivée, intelligente et sincèrement attachée au roi, mais avait contre elle d’appartenir au Tiers état, étant une bourgeoise proche des milieux financiers, ce que la cour et le peuple ne pardonnèrent pas : les maîtresses officielles de Louis XIV, et celles de Louis XV jusqu’à présent, choisies dans les hautes sphères de l’aristocratie, avaient été d’autant plus tolérées qu’elles n’exerçaient aucune influence sur le gouvernement (à l’exception de Madame de Maintenon).

Le fait que le roi se commette avec une roturière provoqua un scandale orchestré par l’aristocratie, qui se sentait humiliée de l’influence grandissante de la bourgeoisie dans la société, et reprise par le peuple qui haïssait le monde de la finance qui l’exploitait… Parurent bientôt des chansons et des pamphlets injurieux appelés « Poissonades » (par allusion aux « mazarinades » du siècle précédent, le nom de jeune fille de la marquise étant Poisson), qui la brocardaient comme dans l’exemple suivant :

« Fille de sangsue et sangsue elle-même
Poisson d’une arrogance extrême
Étale en ce château sans crainte et sans effroi
La substance du peuple et la honte du Roi »

Malgré ces critiques, la marquise de Pompadour eut une influence indéniable sur l’épanouissement des Arts durant le règne de Louis XV. Véritable mécène, la Marquise amassa une imposante collection de meubles et d’objets d’art dans ses diverses propriétés. Elle fut responsable du développement de la manufacture de porcelaine de Sèvres, et ses commandes assurèrent leur subsistance à de nombreux artistes et artisans. Elle joua également un rôle important en architecture, étant à l’origine de la construction de la place Louis XV (aujourd’hui place de la Concorde), et de l’École militaire de Paris, réalisées par Ange-Jacques Gabriel, un de ses protégés. La Marquise défendit également le projet de l’Encyclopédie contre les attaques de l’Église. À sa manière, elle fut représentative de l’évolution des mentalités lors de ce siècle des Lumières, bien qu’elle ne parvienne pas complètement à convertir le roi à ses vues. L’étalage de tout ce luxe dans ses propriétés lui valut bien des reproches, bien que sa famille, très riche, fournît également une aide financière au gouvernement et sauvât la monarchie de la banqueroute.
La marquise de Pompadour était officiellement logée au troisième niveau du château de Versailles, au-dessus des appartements du roi. Elle y organisait des soupers intimes avec des invités choisis, où le roi oubliait les obligations de la cour qui l’ennuyaient. De santé fragile, et supposée frigide, la marquise devint dès 1750 une simple mais véritable amie et confidente, après avoir été amante, et elle parvint à conserver ses relations privilégiées avec le roi, jusqu’à sa mort, ce qui est exceptionnel dans les annales des maîtresses royales. Ne pouvant satisfaire la sensualité du roi et pour éviter d’être évincée par une rivale potentielle (ce qui fut sa hantise jusqu’à la fin de sa vie), elle se chargea de « fournir » discrètement au roi, avec l’accord de leur famille (bien rémunérée), des jeunes filles peu farouches, de petite vertu et de peu d’intelligence qui, occupant les sens du roi, n’occupaient en revanche ni son cœur ni son esprit. Ainsi la marquise conservait son influence sur le roi… Les rencontres se faisaient après le passage des jeunes filles dans un lieu dont le nom seul offrait au fantasme et aux ragots : le parc-aux-cerfs.
Après 1750 donc, Louis XV, qui venait d’avoir 40 ans, s’engagea dans une série d’histoires sentimentales et sexuelles de courte durée, la plus connue étant celle avec Marie-Louise O’Murphy (“Donnera vie illicite & lubrique“). Le pavillon du parc-aux-cerfs servit à abriter ces amours éphémères : les jeunes filles y étaient examinées par un médecin avant d’être menées discrètement dans la chambre du roi. La légende a exagéré les événements qui s’y sont passés, contribuant à assombrir la réputation du souverain. Cette image de roi vieillissant et libidineux accaparé par ses conquêtes féminines ne le quittera plus et entachera sa mémoire (“Par nonchalance à tous concedera“), bien qu’il n’ait été guère différent de François Ier ou de Henri IV de ce point de vue.