II-8 : les lumières contre l’église (1750).

Temples sacrés prime façon Romaine
Rejeteront les goffes fondements,
Prenant leurs loys premieres & humaines,
Chassant, non tout, des saints les cultements.

 

Fragment du frontispice de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert : on y voit la Vérité rayonnante de lumière ; à droite, la Raison et la Philosophie lui arrachent son voile (peint par Charles Nicolas Cochin et gravé par Benoît-Louis Prévost en 1772.

 

Mon analyse :

 

Les églises (« Temples sacrés ») seront remplacées (« prime ») par la résurgence de la culture greco-romaine (« façon Romaine »). C’est pour les révolutionnaires le retour à la culture d’origine européenne (« les goffes fondements ») avant le christianisme. C’est également la mise en avant de l’homme (« Prenant leurs loys premieres & humaines »). Ce sera la négation des fondements profonds (« Rejeteront les goffes fondements ») de la culture du continent et la négation du culte des saints (« Chassant, non tout, des saints les cultements »).

 

Article Wikipédia “La Renaissance”.

 

La Renaissance est une période de l’époque moderne associée à la redécouverte de la littérature, de la philosophie et des sciences de l’Antiquité, qui a pour point de départ la Renaissance italienne. En effet, la Renaissance naquit à Florence (en Italie) grâce aux artistes qui pouvaient y exprimer librement leur art : une Pré-Renaissance se produisit dans plusieurs villes d’Italie dès les XIIIe et XIVe siècles (Duecento et Trecento), se propagea au XVe siècle dans la plus grande partie de l’Italie, en Espagne, dans certaines enclaves d’Europe du Nord et d’Allemagne, sous la forme de ce que l’on appelle la Première Renaissance (Quattrocento), puis gagna l’ensemble de l’Europe au XVIe siècle (Cinquecento). On parle de Renaissance artistique au sens où les œuvres de cette époque ne s’inspirent plus du Moyen Âge mais de l’art gréco-romain.

La Renaissance s’accompagna d’un ensemble de réformes religieuses.
Selon l’historien René Rémond, une « Renaissance » se caractérise par :
l’apparition de nouveaux modes de diffusion de l’information,
la lecture scientifique des textes fondamentaux,
la remise à l’honneur de la culture antique (littérature, arts, techniques),
le renouveau des échanges commerciaux,
les changements de représentation du monde.

(…)

Imitation de l’Antiquité.

Portrait de Thomas More par Hans Holbein le Jeune.
Il est fréquent de dire que durant la Renaissance, on s’intéressa de nouveau à l’Antiquité, ce qui accompagna le mouvement intellectuel de l’« humanisme ».
En fait, l’Antiquité était loin d’être inconnue au Moyen Âge :
une partie de la culture antique était conservée dès le haut Moyen Âge grâce à Boèce, Isidore de Séville, Bède le Vénérable et, à l’époque carolingienne Paul Diacre et Alcuin… ; Platon était déjà connu à la cour de Charlemagne ; vers le milieu du IXe siècle, on connaissait, pour l’Antiquité latine, Lucain, Juvénal, Perse, Térence, Salluste, Pline l’Ancien, Sénèque le Rhéteur, Virgile, Horace, Justin, Vitruve, Aulu-Gelle, Valère Maxime, Stace (la Thébaïde), Sénèque (les Lettres), Cicéron (œuvres rhétoriques et philosophiques) ; pour l’Antiquité grecque Aristote (la Logique), Platon (le Timée) ;
l’essentiel des œuvres d’Aristote ainsi qu’un grand nombre d’œuvres d’autres auteurs grecs parmi lesquels Euclide, Ptolémée, Galien, Hippocrate, Jean Damascène étaient déjà traduites au XIIe siècle en latin, au cours de ce que l’on appelle la Renaissance du XIIe siècle.
Les textes qui ont été sauvés de l’Antiquité l’ont été, pour ce qui est des auteurs latins, par les copistes médiévaux dans les monastères. Cette culture était réservée à une élite composée essentiellement de clercs, dans les monastères, puis, à partir du XIIIe siècle, dans les écoles urbaines, et les premières universités européennes (école scolastique) : au XVe siècle, 75 à 80 % des humanistes véritables avaient reçu le sacrement de l’ordre, et près de 100 % les ordres mineurs. Par la suite eut lieu une relative laïcisation des études humanistes, qui ne servaient plus à former essentiellement de futurs théologiens ou canonistes, mais s’adressaient à un public beaucoup plus large : grands princes, petits nobles, détenteurs d’offices, négociants ou banquiers, techniciens (médecins, juristes, artistes de haut niveau, imprimeurs), de plus en plus nombreux à venir de la bourgeoisie.
Selon Régine Pernoud, ce qui caractérise la Renaissance des XIVe au XVIe siècles, c’est d’une part qu’elle concerne une certaine Antiquité, celle de Périclès pour la Grèce, et pour Rome celle qui s’inspire du siècle de Périclès ; d’autre part, il s’agit plutôt de l’imitation de l’Antiquité considérée comme ayant déjà atteint la perfection que sa redécouverte13.
Pendant la Renaissance des XIVe au XVIe siècles, la connaissance des auteurs antiques s’ouvrit plus largement aux « humanistes » :
Pétrarque et ses amis du grand nord, dès le XIVe siècle (Trecento) élargirent la gamme des auteurs antiques connus ;
l’« humaniste » Flavio Biondo découvrit de nouvelles œuvres d’auteurs romains et entreprit des fouilles archéologiques dans le Forum romain (vers 1430) ;
en 1453, le pillage de Constantinople par les Turcs ottomans, eut pour résultat d’amener en Europe des bibliothèques d’auteurs antiques conservées à Byzance, mais selon Régine Pernoud cela n’a été aucunement déterminant14.
La même année l’invention de l’imprimerie allait permettre d’amplifier le phénomène.
Par conséquent :
L’archéologie permit de redécouvrir l’art antique : architecture, sculpture, que l’on chercha à imiter ;
La connaissance de la culture antique s’élargit à davantage d’auteurs antiques (latins et surtout grecs) et se répandit d’abord en Italie, puis en Europe. Cette culture imprégna un nouveau réseau d’« humanistes » (Érasme, Thomas More, Guillaume Budé…), qui constituèrent une nouvelle élite.
En fait, si le terme humanités existait déjà, le terme humanisme ne fut employé qu’à partir du XVIIIe siècle (selon Jean Delumeau).

 

Article Wikipédia “Philosophie des Lumières” :

 

Les Lumières est un mouvement culturel, philosophique, littéraire et intellectuel qui émerge dans la seconde moitié du XVIIe siècle avec des philosophes comme Spinoza, Locke, Bayle et Newton, avant de se développer dans toute l’Europe, notamment en France, au XVIIIe siècle. Par extension, on a donné à cette période le nom de siècle des Lumières.
Par leur engagement contre les oppressions religieuses et politiques, les membres de ce mouvement qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme, l’illusionnisme et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands événements de la fin du XVIIIe siècle que sont la Déclaration d’indépendance des États-Unis et la Révolution française.
Le mouvement de renouveau intellectuel et culturel des Lumières reste, au sens strict, européen avant tout, et il découle presque exclusivement d’un contexte spécifique de maturation des idées héritées de la Renaissance. La pensée des Lumières s’est étendue à l’Europe, quoique la traduction de ce terme, dans les autres langues européennes, ait toujours privilégié l’idée d’une « illumination » provenant de l’extérieur, alors que le terme français privilégie le fait que les Lumières viennent de soi-même. De manière très générale, sur les plans scientifique et philosophique, les Lumières voient le triomphe de la raison sur la foi et la croyance ; sur les plans politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé.