III-15 : Minorité de Louis XV (1715-1723).

III-15

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Au changement de règne, le cœur, la force et la gloire du royaume changeront, ayant en tous points leur contraire (« son adversaire »). Alors un enfant (« enfance ») gouvernera (« subjuguera ») la France par suite de la mort de ses ascendants, et un grand Régent sera encore plus contraire que lui au roi son prédécesseur.

Après la mort de Louis XIV, le cœur, la force et la gloire qui avaient illustré son règne changeront, ayant en tous points leur contraire dans son successeur. Par suite de l’extinction des héritiers directs du trône (« par mort »), un enfant de cinq ans, Louis XV (« enfance »), gouvernera la France, sous la tutelle de Philippe d’Orléans (« un grand regent ») que ses vices et son immoralité rendront encore plus dissemblable (« plus contraire ») à Louis XIV que ne le sera Louis XV même.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

Le règne de cœur, de vigueur et de gloire de Louis XIV changera en tombant, malgré un testament entre les mains du Régent, adversaire avoué du Grand-roi, dont il prendra en tous points le contre-pied. Alors un enfant de cinq ans prendra le pouvoir absolu de Louis XIV par la mort de ses frères, de son père, de son grand-père et de ses oncles, dont trois auront été Dauphins. Alors ce qui sera pour l’Etat et la religion plus funeste que cette enfance d’un Roi sera l’élévation à la Régence, malgré un testament et la coutume, du premier prince du sang, héritier présomptif de la couronne, qui préparera la chute du trône et de l’autel.

Article Wikipédia Louis XV.

Louis XV dit le « Bien-Aimé », né à Versailles le et mort le dans la même ville, est un roi de France et de Navarre. Membre de la Maison de Bourbon, il règne sur le royaume de France du au .

Orphelin à l’âge de 2 ans, duc d’Anjou puis dauphin de France du au , il succède à son arrière-grand-père Louis XIV à l’âge de cinq ans. Ainsi, son pouvoir est alors délégué à son cousin, le duc d’Orléans, proclamé « régent du Royaume », le , jusqu’au , date de l’entrée du jeune roi dans sa treizième année et de sa majorité, où il prend officiellement la direction du gouvernement.

Les premières années de son règne se déroulent dans un calme relatif, sous la direction prudente de plusieurs précepteurs, qui lui prodiguent une vaste culture. À sa majorité, il confie successivement le gouvernement à des proches parents, le duc d’Orléans, ex-régent, puis le duc de Bourbon, puis à l’un de ses anciens précepteurs, le cardinal de Fleury.

À la différence de Louis XIV, Louis XV n’a pas été en contact direct avec la vie politique du pays. Il ne voyait que rarement ses ministres et agissait souvent à l’encontre de leurs attentes faute de pouvoir leur donner des directives fermes et précises, d’après les informations émanant d’un réseau secret de diplomates et d’espions qu’il avait constitué. Son désintérêt pour la politique et la succession de ministres aux tendances différentes aboutissent à un affaiblissement de l’influence de la France en Europe (“Cueur, vigueur, gloire le regne changera De tous points contre aiant son adversaire“).

Seul survivant de la famille royale stricto sensu, il bénéficie au début de son règne d’un grand soutien populaire, ce qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé » en 1744 après une maladie qui faillit l’emporter à Metz. Au fil des années cependant, son manque de fermeté, le dénigrement de son action par les parlementaires et une partie de la noblesse de cour, les intrigues incessantes impliquant sa maîtresse, la marquise de Pompadour, et son inconduite dans sa vie privée amènent la disparition de sa popularité, à tel point que sa mort – de la petite vérole – provoque des festivités dans Paris, comme à la suite de celle de Louis XIV.

Sous son règne, toutefois, la France connaît de grands succès militaires sur le continent européen et acquiert le duché de Lorraine et le duché de Bar, ainsi que la Corse. En revanche, elle perd le contrôle d’une grande partie de son empire au profit de la domination coloniale britannique : spécialement la Nouvelle-France, en Amérique, comme la prépondérance aux Indes.

Louis XV est né le au château de Versailles. Arrière-petit-fils du roi Louis XIV, il est le troisième fils de Louis de France, duc de Bourgogne, surnommé le Petit Dauphin, et de Marie-Adélaïde de Savoie et, à ce titre, le quatrième prince en ligne successorale. De ses deux frères aînés, également prénommés Louis, le premier (titré duc de Bretagne) est mort en 1705 à l’âge d’un an, le second (reprenant le titre de duc de Bretagne), est né en 1707.

Immédiatement, le futur Louis XV est ondoyé, dans la chambre de la Duchesse de Bourgogne, par le cardinal Toussaint de Forbin-Janson, évêque de Beauvais, grand aumônier de France, en présence de Claude Huchon, curé de l’église Notre-Dame de Versailles.

La naissance de cet enfant permet au roi d’affirmer encore plus les droits de la Maison de Bourbon au trône d’Espagne. En pleine guerre de Succession d’Espagne, le futur Louis XV est titré duc d’Anjou, titre porté précédemment par son oncle, Philippe de France, prétendant français au trône d’Espagne et futur roi Philippe V (1700-1746).

Le petit prince est immédiatement confié à sa gouvernante, la duchesse de Ventadour, secondée par Madame de La Lande, sous-gouvernante. Il n’est alors pas destiné à régner, se plaçant au quatrième rang dans l’ordre de succession dynastique. Avant lui, doivent logiquement régner le fils de Louis XIV, le Grand Dauphin, puis le Petit Dauphin, petit-fils de Louis XIV, et enfin le frère aîné du futur Louis XV, le duc de Bretagne. Mais entre 1710 et 1715, une série de morts dans la famille royale met brusquement le jeune prince en première ligne dans la succession de Louis XIV : le Grand Dauphin meurt de la variole le . L’année suivante, une « rougeole maligne » emporte le Petit Dauphin et son épouse les 18 et .

Les deux fils aînés du duc de Bourgogne, les ducs de Bretagne et d’Anjou, contractent également la maladie. L’aîné, Bretagne, meurt le . Le jeune duc d’Anjou, âgé alors d’à peine deux ans, devient l’héritier du trône de France avec le titre de dauphin de Viennois, abrégé en dauphin. Malade, sa santé est scrutée avec attention par Louis XIV, roi vieillissant et suffisamment affecté par les pertes familiales récentes pour se laisser aller à pleurer devant ses ministres. On craint longtemps pour la santé du jeune prince, mais, petit à petit, il se remet, soigné par sa gouvernante et protégé par elle des abus de saignées qui ont vraisemblablement causé la mort de son frère.

Le futur Louis XV est baptisé le en l’appartement des Enfants de France au château de Versailles par Henri-Charles du Cambout, duc de Coislin, évêque de Metz, premier aumônier du roi, en présence de Claude Huchon, curé de l’église Notre-Dame de Versailles : son parrain est Louis Marie de Prie, marquis de Planes, et sa marraine est Marie Isabelle Gabrielle Angélique de La Mothe-Houdancourt. Baptisé en même temps que son frère Louis de France (1707-1712), et les deux enfants étant en danger de mort, le roi avait ordonné qu’on prenne pour parrains et marraines ceux qui se trouvaient alors dans la chambre.

En 1714, Louis est confié à un précepteur, l’abbé Perot. Celui-ci lui apprend à lire et à écrire, et lui enseigne des rudiments d’histoire et de géographie et, bien sûr, lui donne l’enseignement religieux nécessaire au futur roi très chrétien. En 1715, le jeune dauphin reçoit également un maître à danser, puis un maître à écrire. Son confesseur est le père Le Tellier.

Le futur Louis XV commence sa vie publique peu de temps avant la mort de son bisaïeul Louis XIV. Le , Louis XIV reçoit en effet en grande pompe dans la galerie des Glaces de Versailles l’ambassadeur de Perse. Il associe son successeur, qui vient d’avoir cinq ans, à la cérémonie, le plaçant à sa droite. En avril 1715, l’enfant participe avec le vieux roi à la cérémonie de la Cène du Jeudi saint et participe au Lavement des pieds. Il est toujours accompagné de sa gouvernante, Madame de Ventadour. Dans les derniers temps de la vie de Louis XIV, le futur roi participe à plusieurs défilés militaires et cérémonies visant à lui donner l’habitude de la vie publique.

Le 26 août, sentant la mort venir, Louis XIV fait entrer le jeune Louis dans sa chambre, l’embrasse et lui parle avec gravité de sa future tâche de roi, dans des mots qui sont par la suite passés à la postérité, qui y a vu une sorte de testament politique du grand roi et des remords concernant sa propre action :

« Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d’être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre : c’est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela ; j’ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l’ai soutenue par vanité. Ne m’imitez pas, mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets. »

Louis XIV meurt six jours plus tard, le .

Les 3 et , Louis XV accomplit ses premiers actes de roi, d’abord en se rendant à la messe de requiem célébrée pour le feu roi à la chapelle de Versailles, ensuite en recevant l’assemblée du clergé venue célébrer son propre avènement. Le 12, il enchaîne sur un lit de justice, l’une des cérémonies les plus solennelles de la monarchie, le 14, sur les harangues du Grand Conseil, de l’Université de Paris et de l’Académie française, les jours suivants, sur les réceptions d’ambassadeurs venus présenter leurs condoléances, etc. Malgré son jeune âge, il doit se plier à la mécanique du gouvernement et de la cour et jouer son rôle de représentation.

Au jour anniversaire de ses sept ans (“Lors France enfance par mort subjuguera“) le , ayant atteint l’âge de raison, son éducation « passe aux hommes » : elle est désormais confiée à un gouverneur, le duc François de Villeroy (un ami d’enfance de Louis XIV et fils de Nicolas V de Villeroy, gouverneur de Louis XIV) qui lui impose tous les rituels de la Cour de Versailles mis en place par Louis XIV. Il y a également un précepteur, André Hercule de Fleury, évêque de Fréjus. On lui apprend désormais le latin, les mathématiques, l’histoire et la géographie, la cartographie, le dessin et les rudiments d’astronomie, mais aussi la chasse. L’éducation manuelle n’est pas non plus négligée : en 1717, il apprend un peu de typographie, et en 1721, il s’initie à tourner le bois. Depuis 1719, il avait des maîtres de musique. Contrairement à Louis XIV, il n’avait que peu d’affinités pour la musique mais était attiré par l’architecture.

La monarchie française a, depuis le Moyen Âge, fixé de manière stricte les règles de succession. Elle a cependant peu de règles concernant les régences. Ces périodes sont redoutées comme propices aux troubles à cause de la faiblesse alors présentée par le pouvoir royal. Louis XIV, voyant ses descendants mourir avant lui, a donc réglé les problèmes de régence qui allaient se poser après sa mort. Il songeait également que, le petit Louis XV étant seul de sa lignée et fragile, il fallait assurer une succession au trône. Cela entraîna donc, à la fin du règne de Louis XIV, plusieurs modifications des coutumes, et notamment le fait que les enfants bâtards de Louis XIV aient été déclarés « successibles ».

Mais le régent fait casser le testament de Louis XIV et devient le successeur potentiel de Louis XV. Le principal danger dynastique vient, pour lui, de l’Espagne, dotée d’un roi Bourbon qui, normalement, avait (par le traité d’Utrecht) renoncé à tout droit au trône, mais qui aurait bien pu évoquer l’indisponibilité de la couronne pour faire valoir ses droits en cas de décès de Louis XV sans enfant.

Le Régent, Philippe d’Orléans, à qui Louis XIV a confié le jeune roi, est donc conduit à prendre quelques libertés avec les instructions de l’ancien roi, ce afin de protéger Louis XV et de commencer à assurer son autorité (“Le grand regent sera lors plus contraire“).

La première mesure prise par le Régent est de ramener Louis XV et la Cour à Paris. C’est aller contre les volontés de Louis XIV, mais se rapprocher du peuple. Le souvenir de la Fronde est encore vif, et le Régent souhaite construire un lien fort entre le peuple de Paris et le jeune roi, afin d’éviter tout trouble. Après un passage par Vincennes de septembre à décembre 1715, Louis XV s’installe au palais des Tuileries tandis que le Régent gouverne le royaume depuis le Palais-Royal. Le peuple parisien se prend alors d’affection pour ce jeune roi alors que la noblesse, désormais dispersée dans les hôtels de la capitale, jouit sans contrainte ni mesure de sa liberté.

Un des premiers actes politiques de Philippe d’Orléans est également sa volonté de donner des garanties au Parlement pour compenser le retour à Paris de la Cour et la liberté prise par le Régent avec les instructions de Louis XIV. Il lui redonne notamment le droit de remontrance, que Louis XIV avait fortement réduit en le cantonnant à des remontrances postérieures à la prise de décision royale. En ces temps de faiblesse du pouvoir, les parlements (et principalement le Parlement de Paris) se présentent comme des représentants du peuple, malgré la vénalité de leurs charges et leur composition quasi exclusivement issue de la noblesse de robe. Cela leur donne le pouvoir de s’opposer au Régent, notamment par des grèves, appelées « cessations d’activité ». Le premier conflit apparaît en 1717-1718, à propos des soucis financiers dus à la banqueroute de Law. Par ailleurs, entre 1715 et 1718, le gouvernement central est réorganisé: les secrétaires d’État sont supprimés et remplacés par des conseils qui redonnent un rôle politique à la haute noblesse: c’est la polysynodie. Ce système est abandonné en raison de sa lourdeur.

D’autres conflits apparaissent régulièrement, liés notamment au problème janséniste et à l’application de la Bulle Unigenitus. En rompant avec la mainmise de Louis XIV sur les droits des parlements, le Régent ouvre la porte à une ère de contestation, que Louis XV aura bien du mal ensuite à contrer.

La Régence marque aussi un changement d’alliances pour la France. Alors qu’elle avait auparavant noué une solide alliance avec l’Espagne des Bourbons, voisine géographique et alliée catholique, le Régent opte au contraire pour un éloignement d’avec l’Espagne et un rapprochement avec les puissances du nord de l’Europe, revenant à la politique du siècle précédent alors que le risque d’encerclement des Habsbourg n’existe plus. C’est ainsi qu’il renoue des contacts avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, pourtant protestants. En 1717 est formalisée la Triple alliance de La Haye, liant France, Pays-Bas et Angleterre. Ce retournement d’alliance du régent est même complété en 1718, par une alliance innovante avec l’Autriche des Habsbourg (quadruple alliance). Tout cela inquiète le roi Philippe V d’Espagne à tel point qu’il tente de faire renverser le régent par le duc du Maine et que cela entraîne une courte guerre entre la France et l’Espagne en 1719. La victoire des puissances européennes contraint l’Espagne à rejoindre leur alliance et à organiser des fiançailles ou des mariages franco-espagnols. Le roi est un temps fiancé à Marie-Anne-Victoire d’Espagne, renvoyée en Espagne par le duc de Bourbon.

Sur le plan économique, la Régence est une période de vitalité et d’expérimentations. Mais l’échec du système de Law et les réticences qui suivent concernant le crédit et l’investissement ralentissent, à terme, la modernisation de l’économie.

Las des critiques des Parlementaires qui commencent à agiter en sous-main les Parisiens et de l’hostilité de la foule qui lance injures et projectiles sur son carrosse, le Régent, sans l’annoncer officiellement, décide de faire revenir la Cour au château de Versailles. Le , Versailles redevient résidence royale et symbolise le retour à la politique louis-quatorzienne.

La Régence laisse ainsi au jeune roi Louis XV, lorsqu’il prend effectivement les rênes du pouvoir en 1723 un royaume à la fois héritier de la monarchie absolutiste de Louis XIV et des ouvertures parfois « fragilisantes » du Régent. Cela influence considérablement le règne de Louis XV.