III-37 : La bataille de Lodi (1796).

Avant l’assaut oraison prononcée :
Milan prins d’aigle par embusches deceuz :
Muraille antique par canons enfoncée,
Par feu & sang à mercy peu receuz.

 

 

Mon analyse :

 

Bonaparte (« d’aigle ») fera une proclamation (« oraison prononcée ») à son armée avant de s’approcher (« Avant l’assaut ») de Milan (« Milan »). La cité italienne tombera entre les mains du général français par une série d’embuscade et de mouvements militaires impromptu (« par embusches deceuz »).
Après la victoire du pont de Lodi, les français s’emparent de Milan (« Milan prins »), mais doivent assiéger le château de la ville (« Muraille antique ») a coup de canon (« par canons enfoncée »), livrant la région au feu et au sang (« Par feu & sang à mercy peu receuz »).

 

Article Wikipédia “La campagne d’Italie 1796-1797” :

 

Manœuvre de Lodi.

L’armistice de Cherasco met les forces sardes hors-jeu seulement pour le temps nécessaire au texte pour atteindre Paris, y être discuté et en revenir avec la décision du Directoire, c’est-à-dire entre 25 jours et un mois. Si les conditions de paix proposées par la capitale sont jugées trop dures à Turin, les Sardes pourraient reprendre les armes contre la France si l’armée autrichienne est toujours capable de les soutenir. L’enjeu de la campagne concerne donc l’isolement stratégique des Sardes : l’objectif du général Beaulieu est de l’éviter en se maintenant en Lombardie autrichienne, donnant la possibilité à son ancien allié de reprendre la lutte à ses côtés, voire le maintenant de force dans la Coalition. À l’inverse, l’objectif du général Bonaparte consiste à chasser les Autrichiens hors de Lombardie, ce qui contraindra le roi de Sardaigne isolé à accepter les conditions de paix du Directoire, aussi lourdes soient-elles, et sortira définitivement cet acteur du conflit.
Après leurs défaites de Montenotte et Dego, les Autrichiens se sont retirés au-delà du Pô, au point de passage de Valenza. Cette position, qui leur assure la défense de la Lombardie par l’établissement de lignes de résistance successives sur le Pô et ses affluents (l’Agogna, le Terdoppio, le Tessin), remplit les conditions propres à l’objectif de Beaulieu. L’attaque frontale de Valenza par les troupes françaises apparaît dès lors comme une action attendue, allant contre le terrain, coûteuse en hommes et en temps, qui ne constitue pas une réponse efficace à la situation stratégique du général Bonaparte. Il imagine de lui substituer une manœuvre sur les derrières adverses, qui en franchissant le Pô par surprise à Plaisance, tourne le dispositif autrichien et ne rencontre pas d’obstacle sur la route de Milan.
Le résultat minimum de cette manœuvre est la retraite de Beaulieu : pour l’atteindre, il suffit à Bonaparte de surprendre le passage du Pô à Plaisance, action réalisable puisque de Valenza à Plaisance, Beaulieu a 34 lieues à parcourir, contre 24 lieues pour l’avant-garde française à Tortone. Menacé sur ses arrières, le général autrichien n’aura plus qu’à se retourner vers les Français, soit pour les affronter en position de faiblesse, soit plutôt pour repasser l’Adda vers le Mantouan. En garantissant l’évacuation par les Autrichiens de la Lombardie, le résultat minimum de la manœuvre atteint d’emblée l’objectif stratégique de Bonaparte.
Le résultat maximum est la capture de Beaulieu : elle sera atteinte si l’armée française parvient à intercepter les lignes de retraite autrichiennes à l’endroit où elles franchissent l’Adda, c’est-à-dire à Cassano et Lodi. Coupé de ses magasins, Beaulieu se trouvera réduit soit à capituler, soit à forcer le passage à l’armée française dans une situation à front renversé où les Français occupent des positions d’une valeur stratégique plus importante.
L’exécution de cette manœuvre commence dès l’armistice de Cherasco : dans une clause secrète dont il se doute qu’elle sera divulguée aux Autrichiens, Bonaparte se fait accorder le libre passage du Pô sur le point de Valenza. C’est une feinte qui vise à pousser l’ennemi à maintenir ses forces autour de cette ville, le temps pour l’armée française de surprendre le passage du Pô à Plaisance puis de se positionner sur l’Adda pour couper la retraite autrichienne. Beaulieu à Valenza n’ayant que 24 lieues à franchir pour atteindre Lodi, contre 32 pour l’avant-garde française à Tortone, il est capital à la réussite de la manœuvre française que l’armée autrichienne se mette en marche trop tard pour venir disputer aux Français le passage du Pô à Plaisance, voire de l’Adda à Lodi et Cassano.
Le 4 mai, nous trouvons l’armée française sur les emplacements suivants :
Sérurier à Alexandrie et Valenza ;
Masséna à Tortone et Sale ;
Augereau à Castellania ;
Laharpe à Voghera.
Le corps d’élite, sous le commandement de Dallemagne et ayant pour mission de créer une tête de pont au-delà du Pô à Plaisance, formé de quatre bataillons de grenadiers réunis et de deux bataillons de carabinier réunis en avant-garde à Casteggio.
C’est le 6 mai que Bonaparte, à la tête du corps d’élite s’élance à marche forcée vers Plaisance. Suivi de toute la cavalerie, ils y arrivent le lendemain vers les 7 heures du matin. Bonaparte se rend au bord du Pô, où il demeurera jusqu’à ce que le passage fût effectué, et l’avant-garde sur la rive gauche. On s’occupe de rassembler les barques pour mener les premières troupes sur l’autre rive, tandis qu’Andréossy organise un pont volant, qui peut passer 500 hommes ou 50 chevaux à chaque voyage. Lannes est le premier à traverser. Augereau est parvenu à 6 km à l’ouest de Laharpe. Il a capturé une barge et passe le Pô. Masséna couche à Voghera à 60 km de Plaisance.
Dans la journée du 6 mai, Beaulieu, de Pavie, à connaissance par Liptay de la marche vers Plaisance de Laharpe, il se porte aussitôt sur Belgiojoso avec Schübirz, Pittoni et sept bataillons et douze escadrons. Sebottendorf resta à Pavie avec six bataillons et six escadrons pour faire évacuer les magasins. Wukassovitch suit l’armée principale jusque derrière le Terdoppio. Beaulieu envoie le colonel Wetzel avec trois bataillons pour renforcer Liptay en marche vers Corteolona.

Combats de Guardamiglio.

 

Dans la matinée du 7 mai, le détachement de reconnaissance de Liptay (150 cavaliers Napolitain du régiment Regina), s’accroche aux premiers 500 hommes qui ont débarqué. Déployé derrière la levée de terre et dans les maquis, les grenadiers subirent le feu soutenu des dragons à pied pendant quelques minutes. Mais ils se replièrent à Saint Rocco et, remonté en selle, jusqu’au-delà de Guardamiglio.
Liptay apprend pendant sa marche vers le Lombro, que le passage est commencé; il presse sa marche; à Guarda-Miglio, à 2 lieues du point de passage dans la direction de Casal-Pusterlengo, il tombe sur la pointe des Français; par un combat acharné qui ne finit qu’à la nuit close, il les repousse jusqu’auprès du fleuve. Le général Liptay craint alors de se heurter à des troupes trop nombreuses, et se retire dans la nuit jusqu’à Fombio.
Toute la nuit la division Laharpe passe et on se fortifie sur la rive gauche. L’armée poursuivra son franchissement du Pô toute la journée du 8 mai.

 

Combats de Fombio.

 

Le 8 mai, vers 1h du matin, Bonaparte lance 3 colonnes contre Liptay; deux d’entre elles le coupent de Beaulieu et Casal Pusterlengo d’une part, de Codogno et Pizzighettone de l’autre, pendant que la troisième l’attaque de front. Après un combat très vif, le corps de Liptay se dissout presque entièrement (perte de 600 hommes). Trois bataillons ont été si maltraités dans le combat qu’il leur faut se retirer à Lodi; 3 bataillons et 5 escadrons sont envoyés en exécution d’ordres antérieurs à Casal Maggiore, point où la route de Mantoue à Parme traverse le Pô; Liptay s’étant retiré sur Pizzighettone garde 2 bataillons et 3 escadrons.
Laharpe poursuit jusqu’à Codogno; Dallemagne, avec les grenadiers, jusqu’à Pizzighettone; Bonaparte revient à Plaisance.
Beaulieu, ayant rejoint Wetzel, atteignit Ospedaletto, l’avant-garde (Schubirtz) est à Casalpusterlengo. Il apprend dans la soirée que Liptay a été battu et résolu de se frayer un chemin jusqu’à lui le lendemain au point du jour.

Combats de Codogno.

 

Le lieutenant colonel Fardella, qui commandait le Régiment de cavalerie Napolitaine Roi, proposa à Schübirz d’effectuer une offensive surprise de nuit sur Codogno, éloigné de 5 kilomètres, en profitant de la connaissance excellente que les dragons avaient du pays dans lequel ils avaient bivouaqué. Le général autrichien l’autorisa, mais il ne put pas lui donner l’appui des 2 bataillons d’infanterie dont il disposait, épuisés par la marche du jour.
La nuit était sans lune mais le contour des bâtiments s’apercevait avec les étoiles. L’opération commença à minuit. Schubirtz fait contourner Codogno au 1er et 2e escadron, Fardella s’élança avec le 3e contre le village.
Fort de la surprise, en quelques minutes les dragons prirent les 2 canons à l’entrée du pays et débouchèrent au galop sur la place, renversant les faisceaux d’armes des avant-postes de la 32e demi-brigade, et sabrant les fantassins qui couraient se réfugier sous les portiques et tirant contre les fenêtres des bâtiments.
En même temps, les deux autres escadrons entrèrent aussi en action, ayant renversé dans le fossé deux autres canons, et finissant cependant embouteillés dans les étroites ruelles, où ils furent contenus aisément par la réaction française.
Laharpe, qui était en train de dîner avec l’aide de camp Lahoz et le Landrieux, accourt à cheval vers la place, en criant « France ! France ! ».
Les Napolitains ne purent pas s’emparer du village, et durent se replier au matin, couverts par le 4e escadron, sur leur point de départ Casalpusterlengo. Dans la brève action ils avaient perdu 15 prisonniers, plus 12 blessés et contusionnés. Selon la version officielle, accréditée par Bonaparte, dans l’obscurité et dans la confusion Laharpe ne fut pas reconnu et fut tué sur le coup d’un projectile français.
Bonaparte laissa son armée immobile le 9. Il n’avait pas encore de pont sur le Pô; il n’en eut que le 10, et il était toujours occupé à faire passer le Pô a ses troupes. Mesnard remplace Laharpe.
Entretemps, Beaulieu atteint le pont de Lodi avec ses propres détachements et rallie à lui par ce pont, Sebottendorf et Wukassovitch.

Bataille du pont de Lodi.

 

Le 10 mai, Bonaparte se porte sur Lodi à la tête des grenadiers et suivi par la division Masséna ; Augereau venait un peu en arrière. Ménard, resta du côté de Pizzighettone ; Sérurier marcha sur Pavie, pour s’assurer la possession de cette place ; elle devait se porter de là sur Milan.
Le matin du même jour, Liptay, installé dans Pizzighettone, s’en retira sur Crema. Beaulieu avec Pittoni marche sur Crema (6 bataillons et 10 escadrons). À l’arrivée de Sebottendorf, Schübirz avait quitté Lodi dans la nuit et marchait aussi sur Crema avec quatre bataillons et quatre escadrons. Sebottendorf a ordre de rester à Lodi seulement 24 heures avec ses 10 000 hommes, puis se replier aussi sur Crema. Il dispose de 12 bataillons, 14 canons et 16 escadrons.
Le pont doit être pris intact car Bonaparte veut franchir l’Adda rapidement pour poursuivre le gros de l’armée autrichienne, commandée par le général Beaulieu, qui se replie sur Mantoue.

 

Manœuvre de Castelnovo.

 

Mais le projet de porter la guerre en Allemagne par le Tyrol, qui est toujours l’idée dominante de Bonaparte ne peut s’effectuer avec sécurité tant que la forteresse de Mantoue sera au pouvoir de l’ennemi. La phase suivante de la guerre va se dérouler autour de Mantoue.
Le général fait ses dispositions pour exécuter les plans qu’il a combinés, et dont la réussite lui parait si certaine qu’il écrit au directeur Carnot.
Le Directoire prit la détermination de ne plus le laisser seul arbitre de la guerre et de la paix : tout en le félicitant sur sa conquête du Piémont, il le remerciait d’avoir abandonné au commissaire civil, Christophe Saliceti, le soin de traiter des préliminaires pour la paix.
Bonaparte apprit en même temps qu’on avait le projet de diviser le commandement de l’armée d’Italie entre lui et le général François Christophe Kellermann. Cette nouvelle l’affecta singulièrement. Il écrit au Directoire « J’ai fait la campagne sans consulter personne ; je n’eusse fait rien de bon s’il eût fallu me concilier avec la manière de voir d’un autre. Si vous m’imposez des entraves de toute espèce, s’il faut que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement, s’ils ont le droit de changer mes mouvements, de m’ôter ou de m’envoyer des troupes, n’attendez plus rien de bon. Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces, si vous rompez en Italie la pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous aurez perdu la plus belle occasion d’imposer des lois en Italie. Chacun a sa manière de faire la guerre : le général Kellermann a plus d’expérience et la fera mieux que moi ; mais tous les deux ensemble, nous la ferons fort mal. Je sens qu’il faut beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre ; il serait si facile de m’accuser d’ambition et d’orgueil… » mais écrivit également confidentiellement au directeur Carnot « Je crois que réunir Kellermann et moi en Italie, c’est vouloir tout perdre : je ne puis servir volontiers avec un homme qui se croit le premier général de l’Europe ; et, d’ailleurs, je crois qu’un mauvais général vaut mieux que deux bons. La guerre est comme le gouvernement, c’est une affaire de tact. »
André Masséna s’empare de Milan, et Bonaparte y fait son entrée solennelle le lendemain ; et ce jour même, est signé à Paris, un traité de paix par lequel le Duché de Savoie, Tende, le comté de Nice et autres places, sont enlevées au roi de Sardaigne et passent sous la domination de la France.
Peu de jours après, le Directoire, cédant aux instances de Bonaparte, lui abandonne sans partage la conduite des affaires d’Italie.
De ce moment date la haute influence que Bonaparte va exercer sur les affaires, tant civiles que militaires de Milan, qu’il occupe en souverain. Il poursuit l’exécution des clauses qui sont convenues avec la Sardaigne, conclut des traités avec Rome, Naples et le duché de Parme ; il réprime en personne les mouvements de la Lombardie, qui vient de se révolter et il contient dans leur neutralité les États de Gênes et de Venise.
Enfin, le château de Milan, qui avait résisté jusque-là, tombe dans les mains françaises, et le vainqueur en tire 150 pièces de canon qu’il fait diriger sur Mantoue. D’autres équipages de siège pris à Bologne, Ferrare, au fort d’Urbino sont conduits par ses ordres vers le même point. Beaulieu, avant de quitter l’Italie, avait eu le temps de jeter 13 000 hommes dans la place, et 30 000 Autrichiens, détachés de l’armée du Rhin, accouraient pour la secourir.
Enfin, Wurmser est à la tête de 60 000 hommes pour faire lever le siège, et Bonaparte n’en a pas 40 000 à lui opposer ; sa position était fort embarrassante, ayant à combattre, d’un côté, contre une armée d’un tiers plus forte que la sienne ; et, de l’autre, à contenir une forte garnison, et garder en outre, tous les passages du fleuve, depuis Brescia jusqu’à Vérone et Legnano.