III-88 : la prise de Marseille par les Espagnoles (1596).

III-88

 

Portrait de Philippe II d'Espagne, par Sofonisba Anguissola

Portrait de Philippe II d’Espagne,  par Sofonisba Anguissola

 

Scholie Anatole Le Pelletier.

 

Une très-grande flotte partie de Barcelone fera trembler Marseille ; elle se saisira des îles qui avoisinent le port et fermera à la ville tout secours par mer ; puis le corps du traître (« du traditeur ») sera trainé dans les ruisseaux (« nagera en terre »).

 

Une flotte espagnole de douze galères, commandée par Charles Doria et envoyée par Philippe II au secours des Ligueurs, se saisira des îles du Château d’If et de Ratonneau et fermera tout secours à Marseille par mer. Charles de Casau (« le traditeur »), consul, qui voulait livrer la ville aux Espagnols, sera tué d’un coup d’épée par Pierre Libertat, et le cadavre de ce traître sera traîné par la populace dans les ruisseaux.

 

Scholie Henri Torné-Chavigny.

 

La ville de Marseille tout entière tremblera de frayeur en se voyant au pouvoir des troupes nombreuses venues d’Espagne par mer. Les Marseillais perdront tout espoir de voir arriver leur délivrance du côté de la mer, parce que les Espagnols se seront rendus maître des îles qui ferment leur port. Mais Casaux qui aura livré sa partie à l’étranger ayant été frappé par terre par Libertat, nagera dans son sang, et Marseille ouvrira ses murs au roi légitime.

Article Wikipédia Charles de Cassaulx.

Après l’abjuration du protestantisme par Henri IV le et sa reconnaissance par le parlement d’Aix-en-Provence comme roi de France le , Casaulx se trouvait de plus en plus isolé. Le , Henri IV obtenait l’absolution du pape Clément VIII. Il était évident que la cause de Casaulx était perdue et qu’il devait se rallier au roi. Casaulx rechercha alors de l’aide auprès de Philippe II, roi d’Espagne, et lui envoya fin novembre 1595 une délégation composée notamment de son frère François de Casaulx.

Étienne Bernard, ancien ligueur, fut envoyé à Marseille le pour présider la cour souveraine de Marseille mais en fait surtout pour traiter avec Casaulx. Il ne réussit pas à le convaincre de reconnaître le roi Henri IV. Casaulx voulait rester le maître de Marseille.

Charles de Lorraine, duc de Guise et fils du « balafré », avait été nommé gouverneur de Provence et fit approcher ses troupes de Marseille. Le temps pressait en effet pour le nouveau gouverneur car Charles de Casaulx s’était rapproché de Charles de Doria qui commandait en Méditerranée les galères espagnoles et avait envoyé à Marseille le quatre navires et 400 soldats. Début janvier 1596 arrivaient 8 autres galères et un millier de soldats. Le le duc de Guise tenta un premier assaut qui fut repoussé.

Geoffroy Dupré, notaire marseillais révoqué par Casaulx pour ses opinions royalistes, et Nicolas de Bausset, avocat évadé de la prison où il avait été enfermé pour ses opinions royalistes, organisèrent un nouveau complot qui réussira. Ils choisirent pour procéder à l’attentat le capitaine de la porte Réale, Pierre de Libertat, d’origine corse. Le duc de Guise et Étienne Bernard promettaient à Libertat en cas de réussite, la charge de viguier de Marseille, le commandement de la porte Réale, du fort Notre-Dame de la Garde et de deux galères et une gratification de 160 000 écus. Le jour de l’attentat fut fixé au . Ce jour-là, les cavaliers du duc de Guise arrivèrent à la plaine Saint-Michel, à l’époque hors de la cité et actuellement place Jean-Jaurès. L’alerte ayant été donnée dans la ville, Casaulx avec 16 gardes alla inspecter la porte Réale. Libertat s’avança près de lui et le tua par surprise de deux coups d’épée (“Ton traditeur en terre nagera.“). La ville fut ensuite rapidement prise par le duc de Guise (“Toute Marseille de frayeur tremblera“) qui, dès le lendemain, se rendit à la Major pour rendre grâce à Dieu. Le , douze galères espagnoles amenant 1200 hommes et les délégués marseillais dont François de Casaulx, arrivèrent au large de Marseille (“Isles saisies de mer aide fermée“). La nouvelle de la mort du dictateur étant connue, l’escadre se retira à Barcelone (“De Barcelonne par mer si grand armee“).

La légende veut qu’à l’annonce de la reddition de Marseille, Henri IV aurait dit : « C’est maintenant que je suis roi de France. ».