IV-8 : le siège de Saint-Quentin (1557).

IV-8

 

saint quentin 1557 Munste

Vue de la prise de Saint-Quentin en 1557. Gravure sur bois publiée dans la Cosmographie de Sebastian Münster (édition de 1598)

 

Scholie Jean-Charles de Fontbrune.

 

Paris, par un assaut rapide et imprévu, sera surpris la nuit, les gardes ayant été interceptés. Les gardes et vigiles de Saint-Quentin ayant été massacrés et les portes de la ville enfoncées.

Article Wikipédia la bataille de Saint-Quentin (1557).

La bataille de Saint-Quentin (10 août 1557) est une victoire espagnole sur la France. Par cette victoire d’Emmanuel-Philibert de Savoie, lieutenant général du roi Philippe II d’Espagne, sur les troupes du roi de France, Henri II, aux ordres du connétable de Montmorency, Saint-Quentin passe aux Espagnols, la route de Paris est ouverte. Mais l’armée de Philippe II, forte de 60 000 hommes, ne marchera finalement pas sur la capitale des rois de France.

La résistance des Saint-Quentinois conduits par Gaspard de Coligny, parvenu dans la ville dans la nuit du 2 au 3 août 1557 avec 500 hommes armés fut héroïque et dura dix-sept jours, mais le massacre qui eut lieu sous ses murs laissa sa trace dans l’histoire.

La ville de Saint-Quentin, capitale du Vermandois, située à la croisée des chemins est-ouest et nord-sud, prospérait à l’époque de son pèlerinage réputé et de son commerce (blé, draps, guède…). Elle fut emportée d’assaut et s’abîma dans le sang et dans les flammes. Cependant la bataille de Saint-Quentin préfigure par plusieurs aspects la guerre moderne. Tout d’abord par l’utilisation d’un feu intense d’artillerie et d’armes portatives concentré sur une armée prise au piège, visant à l’anéantir alors qu’elle est immobilisée, démoralisée par une feinte stratégique et épuisée par une marche forcée et des contre-marches. Et aussi par la multiplicité des nationalités combattantes : si une grande partie des troupes qui combattirent à Saint-Quentin sous le drapeau espagnol était d’origine espagnole et italienne (provenant surtout de régiments napolitains), on comptait aussi dans l’armée de Philippe II bon nombre de soldats flamands et anglais, et de nombreux mercenaires (lansquenets en particulier) s’étaient engagés des deux côtés. Modernes aussi les conséquences d’un pareil massacre : il laisse les belligérants épuisés, au point que le vainqueur est incapable de pousser son avantage. Moderne enfin la crise morale et la prise de conscience humaniste chez le vainqueur : l’hécatombe à Saint-Quentin fut telle que le roi le plus puissant de l’époque, Philippe II d’Espagne, prit amèrement conscience des souffrances que la guerre fait endurer aux hommes, voulut en laisser témoignage, et décida de modérer les ambitions héréditaires de sa lignée.

L’offensive commença au début d’août par une feinte d’Emmanuel-Philibert (“La grand cité d’assaut prompt repentin“) : afin d’attirer de ce côté le gros des troupes ennemies, il laissa croire aux Français qu’il envahirait d’abord la Champagne et commença par mettre le siège devant la place forte de Guise au nord-est de la Picardie. En fait, il se dirigea vers Saint-Quentin (“saint Quintin“), autre localité de Picardie, sur les bords de la Somme. L’impact sur les Français devait être décisif : Saint-Quentin n’était qu’une petite ville mal protégée par son enceinte médiévale, même si au début du XVIe siècle, deux grosses tours d’artillerie avaient été construites et que des boulevards avaient été récemment aménagés pour améliorer sa défense. Elle ne disposait que de quinze pièces d’artillerie et n’était défendue que par les 1 200 à 1 500 hommes inexpérimentés et mal armés de la milice communale, dont les meilleurs éléments appartenaient aux quatre compagnies bourgeoises formées de notables, grands et petits archers, arquebusiers et canonniers (soit 80 hommes?) et la compagnie du capitaine François du Breil (dit Breil de Bretagne), gouverneur de la place (mais elle était presque entièrement partie à Bohain). Avant l’arrivée de l’ennemi, 100 gendarmes et 150 archers de la compagnie du Dauphin commandés par Théligny étaient rentrés dans la place ainsi que quelques nobles de la région. Le 2 août, l’assaut des Espagnols emporta le faubourg d’Isle au sud, une centaine de maisons mal défendues par des fossés et quelques batteries. Les Français envoyèrent en toute hâte un renfort : seule une poignée d’hommes (300 gendarmes et 250 fantassins), sous le commandement de l’amiral Gaspard de Coligny, réussirent à s’introduire dans la ville assiégée pendant la nuit du 3 août (“Surprins de nuict, gardes interrompus Les excubies“). Derrière ces renforts accourait à marche forcée le reste de l’armée française : 22 000 fantassins, 18 000 cavaliers et 18 canons, sous le commandement du Connétable de Montmorency, l’oncle de Coligny. Le frère de Coligny, d’Andelot, chercha à s’introduire dans la ville assiégée avec 4 500 soldats, mais une embuscade du comte de Mansfeld, un fidèle de Philippe II, fit échouer sa tentative.

Saint-Quentin était défendue par moins de 3000 combattants (après le 2 août, d’Andelot avait pu rentrer avec 450 hommes rejoints le 10 août par 120 hommes). Coligny résista jusqu’au 27 août avec ces maigres effectifs (il y avait moins de 800 soldats valides, le jour de l’assaut final). Trois colonnes (une espagnole, une flamande et une anglaise), se lancèrent à l’assaut des onze brèches ouvertes (“les pourtails rompus“) par des mines et un bombardement continuel depuis 6 jours. Les troupes anglaises qui étaient restées à l’arrière-plan pendant la bataille devant les murs de Saint-Quentin, ont eu un rôle important lors de l’assaut de la place : des nobles anglais éminents y ont trouvé la mort, en particulier des membres de la famille de lord Dudley, duc de Northumberland. Les assaillants passèrent au fil de l’épée une grande partie des défenseurs (“Trucidés, gardes), capturèrent l’amiral de Coligny et un certain nombre de nobles.

Tandis que son armée se repliait, Philippe II partit à Bruxelles présider la réunion des États généraux. Il laissa dans Saint-Quentin complètement détruite une garnison de 4 000 Allemands sous le commandement du comte d’Abresfem. La population commença son exode. Pendant deux années, la ville fut vidée de ses habitants et seulement occupée par la garnison du roi d’Espagne, qui commença des travaux de fortifications dans l’esprit du temps (bastion Saint-Jean).

Le flamand Lamoral, comte d’Egmont, joua un grand rôle dans la bataille. Ironie du sort, il fut exécuté, dix ans plus tard (1568), convaincu de rébellion par le Conseil des troubles que présidait Ferdinand Alvare de Tolède, duc d’Albe, celui-là même qui avait exigé en 1557 du Pape Paul IV, allié des Français, une capitulation formelle. Louis (I°) de Bourbon empêcha par son courage la débandade totale des troupes françaises, mais il jugea qu’il n’en avait pas été récompensé et il passa dans le camp des religionnaires, dont il devint un des chefs prééminents.

Voir quatrain VII-29 (la révolte du duc d’Albe).