V-69 : la conquête de l’Algérie (1827-1830).

Plus ne sera le grand en faux sommeil
L’inquietude viendra prendre repos :
Dresser phalange d’or, azur & vermeil
Subjuguer Afrique la ronger jusques os.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Mon analyse :

 

La conquête de l’Afrique, commencé sous Napoléon le Grand (« le Grand ») avec la campagne d’Egypte, sera mis en sommeil durant de longue années (« en faux sommeil »). Mais le pillage des côtes françaises par les pirates algériens (« L’inquietude ») viendra réveiller la France dans ses ambitions de conquête (« viendra prendre repos »).
La conquête se déroulera de 1827 et 1830 (« Subjuguer Afrique la ronger jusques os »). En juin 1830, le drapeau (« Dresser phalange ») tricolore (« d’or, azur & vermeil ») flottera sur Alger.
Le quatrain est remarquable, car il donne les trois couleurs du drapeau français, blanc (« d’or »), bleu (« azur ») et rouge (« vermeil »). Le blanc est remplacé par la couleur doré, proche du blanc.

 

Article Wikipédia “conquête de l’Algérie par la France” :

La conquête de l’Algérie par la France se réalise en plusieurs étapes distinctes, du débarquement de l’armée d’Afrique à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830, commandée par le général de Bourmont, et s’achève pour l’essentiel lors de la reddition formelle de l’émir Abd el-Kader au duc d’Aumale, le 23 décembre 1847. Cette phase principale de la conquête se termine par l’annexion de l’Algérie à la République française, via la création des départements français d’Algérie en décembre 1848. Des campagnes de pacification du territoire continuent cependant de se dérouler durant les décennies qui suivent, et la conquête du Sahara n’est achevée qu’en 1902.
Dès 1830, la conquête de l’Algérie est accompagnée d’une colonisation de peuplement : les militaires français deviennent des colons en s’installant et aménageant le territoire conquis. Les pionniers sont par la suite rejoints par des compatriotes tels les Corses ou les Alsaciens-Lorrains dont la région a été annexée par l’Allemagne en 1870, et également par des immigrants étrangers arrivant par vagues successives des pays méditerranéens frontaliers, surtout d’Espagne, mais aussi d’Italie et de Malte, possession britannique depuis 1814. Les ressortissants d’Allemagne et de Suisse sont également encouragés à prendre part à la colonisation.

 

Avant la conquête

 

Situation de la régence d’Alger (1802 – 1829)

Avant la conquête française de 1830, les régences d’Alger et de Tunis font nominalement partie de l’Empire ottoman.

Bombardement d’Alger commandé par le britannique Lord Exmouth en août 1816.
La régence d’Alger, dont le territoire correspond à la partie non saharienne de l’Algérie actuelle, est théoriquement une dépendance de l’Empire ottoman, en fait totalement autonome. Elle est dirigée par le dey d’Alger, vassal du sultan de l’Empire ottoman.
Le territoire de la régence est réparti entre le « territoire du sultan » (Alger, le Sahel et la Mitidja) et trois beyliks, dont les responsables, les beys, sont des vassaux du dey : les beyliks du Titteri (chef-lieu : Médéa), d’Oran et de Constantine.
La régence est en déclin depuis le début des guerres napoléoniennes qui limitent le commerce en Méditerranée. De 1802 à 1821, le pays est en proie à la violente dissidence des tribus de l’arrière-pays et à la rébellion de certaines populations qui affichent ouvertement leur désir de se débarrasser de la Régence (révolte de Belahrach). Sur le plan militaire, la flotte d’Alger était dépassée et ne pouvait plus tenir tête aux marines des pays européens ; à partir de 1815, les flottes britannique et française dominent la Méditerranée. Cependant, Alger résiste une dernière fois à un bombardement britannique mené par Lord Exmouth en 1816. Quant à la traite des esclaves, avec le déclin de la course (corso), la chute est fulgurante : 2 000 esclaves à la fin du XVIIIe siècle, 400 en 1830.
Les revenus du dey d’Alger baissent et se retrouvent gravement compromis. Pour compenser la perte des revenus maritimes et du commerce, celui-ci accroît la pression fiscale, mal supportée par la paysannerie.
Pour échapper au pouvoir central, une partie de la population (celle des hauts-plateaux) se nomadise. Une autre partie (les montagnards) déclare la guerre au pouvoir. La production de blé algérien se heurte au monopole de spéculateurs peu scrupuleux[réf. nécessaire] et à la concurrence de l’Europe de l’Est, et la chute de l’Empire français a privé la régence d’Alger d’un grand importateur.
La crise sociale déclenche une crise politique, le dey d’Alger semble contesté par les beys. L’implosion intérieure est effective dans les années 1820. Le pays est fragilisé. Après l’Affaire de l’éventail, l’Algérie est soumise à un blocus maritime de la part de la France à partir de juin 1827, qui va durer trois ans.

Situation du royaume de France.

 

Le gouvernement français avait attendu trois ans après le « coup d’éventail » de 1827 (raison affichée de la conquête). En fait, le gouvernement ultra du prince de Polignac espérait non seulement revivre les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l’influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée15, mais aussi juguler l’opposition intérieure pour renouer avec le prestige monarchique dont rêvait Charles X.
Un blocus maritime est mis en place. L’invasion est conseillée par Polignac, afin de sauver la situation intérieure française. Charles X avoue vouloir retrouver l’esprit des victoires de Cortès[réf. nécessaire] avec l’espoir de conquérir l’Afrique.
Charles X était à court de trésorerie et la colère du peuple parisien menaçait, dès lors, l’immense pactole que constituait la fortune du Dey d’Alger attirait sa convoitise et celle de quelques aventuriers. S’emparer de ce trésor pouvait ainsi représenter un objectif majeur de cette expédition.
Charles X saisit alors l’occasion pour monter une expédition punitive sur les côtes algériennes. Cette opération militaire doit lui permettre de détourner l’attention de l’opinion publique face aux difficultés intérieures. L’une des raisons avancées pour justifier l’opération est de se débarrasser des pirates barbaresques qui infestaient la mer Méditerranée depuis trois siècles, et dont un des repaires était justement le port d’Alger, et de mettre fin à l’esclavage subi par les populations chrétiennes. Si ces deux facteurs correspondaient à des réalités historiques, et si la traite négrière continuait d’exister sous la Régence, il ne restait en 1830 qu’un petit nombre d’esclaves chrétiens en Algérie, la majorité des chrétiens dans la province ottomane étant des travailleurs libres. Quant aux pirates, ils avaient fortement réduit leurs activités depuis le XVIIIe siècle. Le Dey avait dû renoncer en 1818 à la traite des esclaves chrétiens comme à la piraterie à la suite de l’intervention de la flotte britannique deux ans plus tôt, soit plus de dix ans avant le conflit avec la France.

 

Guerre d’Alger (1827 – 1830).

 

Affaire de l’éventail

 

L’affaire de l’éventail entre le pacha Turc Hussein Dey et le consul Français Pierre Deval est le casus belli qui provoque le blocus maritime d’Alger par la marine royale française en 1827.
Les dettes de la France
Lors de la campagne d’Égypte de Bonaparte (1798 – 1799), deux négociants, Busnach et Jacob Bacri, proposent au Directoire de ravitailler en blé l’armée française. Le contrat est signé et le dey d’Alger avance l’argent pour toute l’opération18. Les caisses du Directoire sont vides et le paiement est ajourné. Une fois au pouvoir, Napoléon repousse à la fin de la guerre le paiement de ses créances. Sous la Restauration, le gouvernement de Louis XVIII rembourse la moitié de la somme, l’autre partie étant bloquée dans le cadre d’un arbitrage juridique. Trente ans après l’emprunt, en 1830, le dey d’Alger n’a toujours pas été payé.

 

L’incident diplomatique.

 

Recevant le 30 avril 1827 en audience le consul de France Pierre Deval, le dey lui demande la réponse du roi de France à trois lettres « amicales » qu’il lui avait écrites. Le consul lui répondant que le roi ne peut lui répondre, et ajoutant, aux dires du dey, « des paroles outrageantes pour la religion musulmane » (que le dey ne précise pas), celui-ci le frappe « deux ou trois fois de légers coups de chasse-mouche »19. Il n’y eut donc jamais de soufflet ou de coup d’éventail, mais un prétexte tout trouvé pour créer un incident diplomatique qui sera exploité par la diplomatie française20. Le dey refusant de présenter ses excuses, l’affaire est considérée par la France comme un casus belli entraînant l’envoi d’une escadre pour opérer le blocus du port d’Alger. L’escalade diplomatique conduira à l’expédition d’Alger.

Ultimatum au Dey d’Alger (juin 1827).

 

En juin 1827, le gouvernement français envoie deux missions à Alger, la première est chargée d’évacuer le consul Deval ainsi que tous les ressortissants français d’Alger, la seconde doit adresser un ultimatum au dey d’Alger. La mission d’évacuation est remplie le 11 juin 1827 par la goélette La Torche, tandis que le capitaine Collet, arrivé peu après à bord de La Provence, est à la tête d’une division navale chargée de la mission de négociation. Les relations diplomatiques entre Paris et Alger étant rompues, le consul de Sardaigne Datili de la Tour fait office de médiateur en adressant un ultimatum de 24 heures au dey dont le rejet entraînerait le blocus et la guerre d’Alger.
Les conditions imposées par cet ultimatum étaient :
« 1° Tous les grands de la Régence, à l’exception du dey, se rendront à bord du vaisseau La Provence pour faire, au nom du chef de la Régence, des excuses au consul de France ;
2° À un signal convenu, le palais du Dey et tous les forts arboreront le pavillon français et le salueront de cent un coups de canon ;
3° Les objets de toute nature, propriété française, et embarqués sur les navires ennemis de la Régence, ne pourront être saisis à l’avenir ;
4° Les bâtiments portant pavillon français ne pourront plus être visités par les corsaires d’Alger ;
5° Le dey, par un article spécial, ordonnera l’exécution dans le royaume d’Alger des capitulations entre la France et la Porte ottomane ;
6° Les sujets et les navires de la Toscane, de Lucques, de Piombino et du Saint-Siège, seront regardés et traités comme les propres sujets du roi de France. »
Le pacha Hussein Dey rejeta l’ultimatum, le blocus du port d’Alger fut ainsi formé.
Blocus maritime d’Alger (1827 – 1830)
L’Affaire de l’éventail est le casus belli qui provoque le blocus maritime d’Alger par la marine française.

Bataille navale dans la baie d’Alger (octobre 1827).

 

Le 4 octobre 1827 quelques embarcations de l’escadre de la régence tentent de forcer le blocus. Elles sont repoussées par la marine française.

Jusqu’à la veille du débarquement français, de petites embarcations de la régence parviennent à se faufiler de nuit et à accoster sur le littoral de la baie d’Alger.
Massacre de marins de la frégate française Duchesse de Berry
L’équipage d’une chaloupe de la frégate française Duchesse de Berry est massacré et décapité par un millier d’Algériens près de Dellys à l’est d’Alger, les têtes mutilées sont vendues au dey d’Alger 100 piastres la pièce21.

Affaire du bombardement du bâtiment La Provence (1829).

 

La Provence devant Alger, le 3 août 1829. Le bombardement du navire royal par les Ottomans est le casus belli de la prise d’Alger.
Si l’Affaire de l’éventail est une première provocation qui a pour conséquence le blocus maritime d’Alger en 1827, c’est une seconde provocation en 1829 alors que la France lève le blocus et tente de négocier qui provoque la conquête d’Alger.
Le bâtiment de la marine royale française La Provence monté par l’amiral de la Bretonnière, commandant les forces navales du roi dans ces parages, et battant pavillon parlementaire arrive dans la rade d’Alger le 30 juillet 1829 précédé du brick l’Alerte. Le 3 août 1829, les négociations entre les parlementaires et le dey d’Alger échouent, la Bretonnière quitte le port quand son navire est bombardé par les batteries d’Alger. L’amiral ne riposta pas par égard à son pavillon, « une seule bordée aurait compromis sans gloire son caractère de parlementaire », ce qui aurait provoqué la solidarité du capitaine britannique Quin commandant la corvette Le Pilorus s’écriant « Don’t fire, my boys, keep up close to the wind ! » (« Ne faites pas feu, mes enfants, serrez le vent ! »). Mais l’insulte faite à la France constitua un échelon supplémentaire vers l’opération de représailles terrestres qui eut lieu en 1830 avec le débarquement de Sidi-Ferruch.
L’objectif d’une opération militaire demeure flou. On parle d’indemnités que la France ferait payer au dey. Mais déjà certains songent à la conquête de ces terres, au riche potentiel.

 

Campagne d’Alger (1830).

 

Le débarquement de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830 suit le plan de 1808 par l’espion Boutin et marque le début de la conquête française de l’Algérie.

Bombardement d’Alger par mer le 3 juillet 1830. La Provence (à droite) montée par l’amiral Duperré participe à la manœuvre.
Reconnaissance d’Alger par l’espion Boutin (1808)
L’État-major français bénéficie d’un plan de débarquement, Reconnaissance des forts et batteries d’Alger, dressé par un officier du génie sous le Premier Empire, Vincent-Yves Boutin. Le capitaine Boutin est envoyé en espion dans la régence en 1808 sur ordre de Napoléon ; celui-ci prépare l’après campagne d’Égypte (1798 – 1801) avec un débarquement à Alger et une colonisation de l’Afrique du Nord. Afin de ne point éveiller les soupçons des Ottomans, Boutin est officiellement envoyé auprès du consul général français à Alger Dubois de Thimville (le frère du général).
Il accomplit sa mission d’espionnage du 24 mai 1808 au 16 juillet 1808, ses relevés lui permettent non seulement d’établir Sidi-Ferruch comme lieu propice au débarquement mais également d’élaborer un plan de contournement d’Alger dont l’itinéraire emprunte Staoueli, Sidi Khalef et le Fort de l’Empereur. Du reste, son rapport suggère l’emploi d’une force d’invasion s’élevant à 35 000 / 40 000 hommes et contient des recommandations à l’adresse de la future armée d’occupation. Quinze ans après l’assassinat de Boutin par les hashashins syriens, le commandant en chef du corps expéditionnaire contre la régence d’Alger Louis de Bourmont (ministre de la Guerre), assisté du commandant de la flotte Duperré mettent en application son travail de 1808 ; travail qui du reste sert de base au géographe Charles Picquet pour son Aperçu historique, statistique et topographique sur l’état d’Alger : à l’usage de l’armée expéditionnaire d’Afrique publié par le dépôt de la guerre en 1830. À l’occasion du centenaire du débarquement français, les autorités d’Alger rendent hommage à Boutin avec l’inauguration d’une table d’orientation à son nom.