VI-60 : siège de la Rochelle (1627-1628).

VI-60

 

Siège de la Rochelle, Claude Lorrain, 1631.

 

Scholie Jean-Charles de Fontbrune.

 

Le prince de Rohan (Rouan) quittera la France après avoir été trahi et trompé par un négociateur (Walter Montague).

Royan et La Rochelle seront attaquées par des troupes de Bretagne (du duc de Vendôme). Après l’expédition du Blavet, ils seront trompés par un ecclésiastique.

Article Wikipédia Siège de la Rochelle.

Le siège de La Rochelle (“Rochelle par ceux de l’Armorique“), ordonné par Louis XIII et commandé par le cardinal de Richelieu, principal ministre du roi, commence le et se termine par la capitulation de la cité protestante, le .

Si l’Édit de Nantes ramena la paix dans le royaume de France, il eut aussi comme effet de transformer les cités protestantes en un “État dans l’État”. La menace vis-à-vis du pouvoir royal est bien réelle, et Richelieu entend bien la réduire à néant. Grâce à l’édit d’Henri IV, La Rochelle est devenue un haut lieu de la religion réformée en France. Ce port, dernière place de sûreté des Huguenots, reçoit de la mer l’aide des Anglais, prompts à intervenir lorsqu’il s’agit de mettre en péril le pouvoir de leur grand rival. La principale crainte de Richelieu est que cette place forte devienne une sorte de bastion d’où les protestants, aidés financièrement par l’Angleterre, pourraient mettre en péril le pouvoir royal et étendre leur influence à l’ensemble du territoire. Il déclare : “il faut couper la tête du dragon”. Sa décision est donc prise : il faut prendre sans tarder La Rochelle.
Le roi Louis XIII aimait les campagnes militaires, mais il était surtout à l’aise dans la guerre de mouvement. Il l’avait montré en 1622 en prenant la tête de ses troupes lors de la victoire de l’île de Riez contre les protestants du duc de Soubise. Mais il avait échoué en 1621 au siège de Montauban et n’avait remporté qu’un demi-succès en 1622 devant Montpellier. Il n’était donc plus question d’engager le prestige royal dans un siège que l’on prévoyait long. Et l’entreprise fut confiée aux talents d’organisateur du cardinal de Richelieu (“par moyne & prestre“).

La Rochelle est soutenue par l’Angleterre en tant que ville protestante, mais aussi pour freiner le développement de la marine française. George Villiers, duc de Buckingham (orthographié en français de l’époque “Bouquingan”) quitte le port de Portsmouth (que le cardinal appelle “Porsemus” dans ses “Mémoires”) avec 110 vaisseaux et 8 000 hommes. Informé, Richelieu réagit immédiatement. Il débute le siège de la ville et fait fortifier les îles de Ré et Oléron. L’armée royale déploie quant à elle ses 20 000 hommes autour de la ville, coupant toutes les voies de communication terrestres. Le ravitaillement ne peut plus venir que de la mer. Le commerce est alors bloqué.

Buckingham s’installe dans un premier temps dans l’île de Ré, le 22 juillet 1627. Bien qu’étant elle aussi protestante, l’île n’a cependant pas rejoint la rébellion contre le roi. Le duc en est chassé par Henri de Schomberg et Toiras puis est battu en mer le 17 novembre. Il finit par rentrer sans gloire en Angleterre. Pour empêcher le ravitaillement par mer, Richelieu entreprend la construction par 4 000 ouvriers d’une digue longue de 1 500 mètres et haute de vingt. Les fondations reposent sur des navires coulés et remblayés. Des canons pointés vers le large sont disposés en renfort.

 

Le cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle (Henri-Paul Motte, 1881)
La flotte française, sous le commandement de l’amiral Marino Torre a bloqué le port.
Pour la première expédition, le roi d’Angleterre Charles Ier envoie une flotte de 80 navires, sous le commandement de George Villiers (1er duc de Buckingham), qui débarque sur l’île de Ré le 12 juillet1627 avec comme objectif de maîtriser les approches de La Rochelle, et d’encourager la rébellion huguenote de La Rochelle.
C’est le début de la guerre anglo-française.
La seconde expédition, dirigée par William Feilding, 1er comte de Denbigh(en), part d’Angleterre en avril 1628, et arrive à proximité de la ville assiégée en mai. Elle était composée de 60 navires et 6 ramberges. La flotte anglaise repart à Portsmouth sans avoir combattu, le comte de Denbigh déclarant qu’il n’avait pas voulu mettre en danger les vaisseaux du roi dans un combat incertain.
Une troisième flotte, qui appareille en août 1628, est envoyée, sous le commandement de l’amiral Robert Bertie, 1er comte de Lindsey, pour essayer de soulager et ravitailler la ville. Cette flotte, composée de 29 navires de guerre et 31 navires marchands, arrive en vue de La Rochelle en septembre 1628. Après avoir bombardé des positions françaises pour essayer de forcer la digue en vain, la flotte anglaise est contrainte de se retirer. À la suite de cette dernière attaque, qui échoue à nouveau, la ville se rend le 28 octobre 1628.
Les vivres commencent à s’épuiser, et les navires anglais venus en soutien sont contraints de rebrousser chemin. La décision est alors prise, comme à Alésia, de faire sortir de la ville les « bouches inutiles ». Sont ainsi expulsés femmes, enfants et vieillards. Tenus à distance par les troupes royales, qui n’hésitent pas à faire feu sur eux, ils errent pendant des jours sans ressources et décèdent de privation. Une deuxième, puis troisième expédition anglaise échouent, malgré des tirs nourris. Les Rochelais sont contraints de manger chevaux, chiens, chats… Lorsque la ville finit par se rendre, il ne reste que 5 500 survivants sur les 28 000 habitants. Louis XIII leur accorde son pardon. Ils doivent néanmoins fournir un certificat de baptême, et les murailles sont rasées.
La capitulation est inconditionnelle. Par les termes de la paix d’Alès du 28 juin 1629, les Huguenots perdront leurs droits politiques, militaires et territoriaux, mais conserveront la liberté de culte garantie par l’Édit de Nantes.

 

Article Wikipédia Henri II de Rohan.

 

Henri II de Rohan, né à Blain le et mort le , est un prince de la famille de Rohan qui est l’une des grandes familles princières bretonnes, protestantes et françaises (“Rouan“). Il fut le chef de guerre des rébellions huguenotes contre le pouvoir royal catholique.

En 1617, le libre exercice du culte catholique est rendu à tout le Béarn passé à la Réforme sous Jeanne d’Albret. Cette décision déclenche un mouvement de résistance au nom de la « cause réformée », et en juin 1620, Louis XIII, lassé par les atermoiements du parlement, décide de marcher sur le Béarn afin d’imposer l’exécution de son édit de 1617. L’émotion des Réformés est immense. En 1620, débute la première des trois rébellions huguenotes. Il reprend la lutte aux côtés de ses coreligionnaires dans tout le Sud-Ouest défendant Montauban contre Louis XIII en 1621 et l’empêchant d’assiéger Montpellier, ce que le roi ne lui pardonnera jamais complètement. Il signe le traité de Montpellier qui renouvelle l’Édit de Nantes.

Dans les provinces de Saintonge, de Guyenne et de Languedoc, des soulèvements s’organisent, et de 1621 à 1625 de véritables opérations militaires ont lieu autour de La Rochelle, Saint-Jean-d’Angély, Montauban et Montpellier. Rohan est le chef de tous les insurgés (“Rouan“). Malgré des victoires précaires et l’énergie de leur chef pour soutenir les derniers bastions, « les guerres de M. de Rohan » sont un échec. Il est battu par le roi à Privas en 1629.

Pendant ce temps, la pression sur La Rochelle, où Richelieu est décidé à en finir, s’accroît de mois en mois. Soutenu par son frère Benjamin de Rohan, duc de Soubise, acharné plus encore que lui-même à contrer les visées du Cardinal, Henri de Rohan essaie de rallier les Anglais à la cause réformée, mais leur intervention, conduite par George Villiers, duc de Buckingham, est un échec (“Sera trahy, deceu par interprete“). Et après un siège héroïque de plus de 14 mois, où la mère et la sœur de Henri de Rohan vont partager les souffrances des insurgés, la ville tombe aux mains des troupes royales en octobre 1628. En 1629, la Paix d’Alès met un terme aux rébellions huguenotes.

Après le siège de la Rochelle, la mesure étant comble, sa tête est mise à prix, et Richelieu ordonne le démantèlement de son château de Blain et sa confiscation au profit de Condé. Cette confiscation ne dure que quelques semaines, et encore Condé a-t-il bien de la peine à prendre possession de son domaine, l’intendant d’Onglepied ne voulant pas consentir à livrer les clefs du trésor. Le démantèlement du château, à peine commencé, est arrêté, la paix d’Alès venant d’être signée.

Ayant capitulé à La Rochelle, défaits dans le Midi, les réformés se voient imposer la « paix de grâce » d’Alès le 28 juin 1629, qui leur retire le droit aux assemblées politiques, et toutes leurs anciennes places de sûreté.

Au lendemain de la proclamation de la paix, Rohan est contraint à l’exil (“Le Prince hors de son terroir Celtique“). Il part alors mettre son talent militaire au service de la République de Venise, alliée de la France. Il s’installe à Venise où il écrit L’Apologie du duc de Rohan sur les derniers troubles de la France. Dans cette ville et à Padoue, il compose ses Mémoires, publiés après sa mort en 1644, où il se justifie longuement de ses échecs, par la division de la communauté réformée. Il rassemble ses discours et divers traités, dont De l’intérêt des princes et états de la chrétienté, publié en 1634, et Le parfait capitaine, en 1638, qui sont considérés comme d’excellentes contributions à la littérature politique du XVIIe siècle.

Article Wikipédia la bataillet de Blavet.

La bataille du Blavet a lieu le au Port de Blavet (“Au port de Blave“) (l’actuel Port-Louis en Bretagne) entre une force huguenote commandée par le duc de Soubise et une flotte royale française sous le commandement du duc de Nevers. La bataille fut le premier combat de la deuxième révolte huguenote des années 1620.

Le Traité de Montpellier de 1622 a mis fin à la première révolte huguenote contre le roi Louis XIII, prévoyant la garantie de quelques places de sûreté pour les protestants. Cette clause ne sera jamais réellement respectée. En même temps, les huguenots rêvaient de gagner leur indépendance du pouvoir catholique, à l’instar des protestants aux Provinces-Unies contre l’Espagne.

Une flotte de cinq navires de guerre se préparait à Blavet, pour aller faire le blocus de la ville de La Rochelle, furent envoyés à Paris pour obtenir l’exécution du traité de Montpellier, mais en vain.

Soubise se résolut à prendre des mesures. Avec quelques navires qu’il avait préparé à Chef-de-Baie, près de La Rochelle, il mit les voiles, et attaqua Blavet en janvier 1625. Il disposait de 12 petits bateaux, 300 soldats bien armés et 100 marins.” Six grands navires royaux étaient à l’ancre, tous bien armés avec des canons, mais il manquait des hommes et des munitions “.

Avec trois cents soldats et cent matelots, Soubise cingle sur Blavet, attaque le plus grand vaisseau, La Vierge, le plus grand navire de guerre connu de la période ; il jaugeait 500 tonnes, avait 80 canons de bronze, et sa construction avait coûté 200 000 couronnes. Soubise y monte l’épée à la main et s’en empare, met ensuite pied à terre pour aller attaquer le fort, y trouva plus de résistance que prévu, campe pendant trois semaines, retenu par des vents contraires, voit arriver le duc de Vendôme, gouverneur de Bretagne. Afin de lui fermer la retraite, l’entrée du port est barrée avec des chaînes et un énorme câble. Soubise soutient la canonnade, puis enfin, à la faveur du vent, force les barrières qui lui interdisent la sortie du port, et fait voile vers l’île de Ré, emmenant avec lui quinze vaisseaux de la flotte royale. Ce coup de chance le rend maître des mers de Nantes à Bordeaux. Désavoué un temps par le parti protestant, qui le traitait auparavant de corsaire ; il devient après sa victoire le héros du parti.

Après sa victoire, Soubise, désormais en possession d’une flotte formidable de 70 navires, va jeter l’ancre à l’Île de Ré. Ces événements entraînèrent une forte réaction du roi Louis XIII, qui organisa une contre-attaque en septembre 1625, aboutissant à la reprise de l’Île de Ré, et Soubise dût fuir en Angleterre[4]. Soubise revint deux ans plus tard avec une grande flotte sous les ordres du duc de Buckingham, conduisant à l’épreuve de force finale du siège de La Rochelle (1627-1628).

Voir quatrain VIII-68 (Richelieu et la conjuration de Cinq-Mars).